Thursday thunder: petite musique grinçante

« C’est terrible ce qui se passe en Ukraine, vous avez vu? On peut pas laisser faire ça… » La terre entière (presque) s’est émue et le magnifique élan de solidarité spontanée qui s’est levé partout a pu redonner foi en l’humanité au milieu de cette tragédie sans nom. On peut évidemment se lamenter qu’il ait fallu attendre que Poutine frappe en Europe pour que les gens s’émeuvent alors que la même chose ailleurs, ne les a pas autant touchés, mais il n’y a pas de palmarès dans l’horreur. Au moins, ils réagissent.

Et puis très vite, trop vite, sur les RS, dans la rue, au détour de conversations anodines, une petite musique grinçante commence à se faire entendre. Doucement, plus ou moins timidement, très minoritaire encore, mais bien réelle.

« Le prix de l’essence, c’est un scandale, il faut arrêter cette guerre, tant pis pour les ukrainiens! On peut plus faire le plein, nous…»

« Les ukrainiens l’ont pas un peu cherché aussi? Ils ont provoqué les russes! »

« On dit que Poutine est fou mais c’est la faute des américains tout ça! »

« C’est que de la propagande, les Ukrainiens en rajoutent beaucoup. Ils disent les civils sont visés, mais on sait pas, et puis qui c’est qui les a mis là, les civils? Faut arrêter de croire les médias»

« Aider les ukrainiens d’accord, mais les accueillir chez soi quand même…c’est pas des gens comme nous »

« Et qui va payer pour eux, hein? C’est encore nos impôts! »

« Ils vont nous ramener des maladies »

« C’est toujours pareil en France, vaut mieux s’appeler Mouloud ou Dimitri pour avoir droit à quelque chose! »

« déjà, on sait pas si c’est pas des terroristes… »

L’ONU confirme 516 civils tués dont 37 enfants au 8 mars. Des villes entières sont détruites sous les bombes, 2 millions de femmes, enfants et personnes âgées ont fui, laissant mari, père, fils. Avant eux, toujours selon l’ONU, 1271 civils syriens, dont 299 enfants ont été tués en 2021. Mais allez-y, continuez votre petite musique grinçante, goutte à goutte. Fermez vos frontières, vos cœurs et vos cerveaux.

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La phrase de la semaine #11

La phrase de cette semaine vient du collège, les conversations entre ados sont toujours captivantes, On n’a certes plus le droit d’attendre Princessechipie devant le portail du collège depuis à peu près son deuxième jour de sixième mais, manque de chance pour elle, c’est aussi le portail de l’école primaire. Et Wizzboy ne sort pas seul. Bref, on se retrouve donc tous les soirs à attendre au milieu d’un troupeau de boutonneux, pour le plus grand désespoir de Princessechipie qui fait semblant de ne pas nous connaître malgré les hurlements très discrets de son frère. J’en ris encore. Tout ça pour dire que jeudi dernier, un groupe d’ados discutaient anniversaire er date de naissance, et l’un d’eux a fait une remarque qui a plongé ses congénères dans des abîmes de réflexion:

Clairement, c’était l’intellectuel du groupe puisque personne n’a rien trouvé à redire à ses calculs. Au contraire, il a déclenché une sorte de brouhaha béat et admiratif, aaah, ouais, trop cool. C’est sûr. J’aurais dû naître un 29 février, tiens…

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Girly bullsh*t reloaded

Généralement, le 8 mars m’énerve beaucoup, mais comme je ne peux pas faire un Thursday thunder le mardi, je ressors un billet qui résume assez ce que je pense de cette journée. Je sais que ça ne saute pas aux yeux, mais je prends sur moi pour rester calme pour la journée des droits des femmes. Oui, parce que je ne veux pas me répéter mais ce n’était pas la fête des mères ou un truc équivalent…les sombres crétins qui se fendent d’un « bonne fête à toutes les femmes » méritent des baffes. Comme beaucoup de publicitaires débiles qui n’ont pas l’air de comprendre. Comment ça, vous réclamez l’égalité des salaires? Tenez voilà un coupon pour une manucure gratuite si vous achetez des faux cils. Ahaha. Vous protestez contre les violences, pour l’avortement, contre la culture du viol, pour l’éducation des filles? Aucun problème. On a pensé à vous avec une promo speciale pour une crème hydratante, et juste pour célébrer dignement le jour des femmes, paf, on l’a mis dans un emballage rose. Allez, et surtout bonne fête, hein. Un instant, je vais hurler au fond du jardin et je reviens.

Mais il faut reconnaître que ces génies du marketing ne prennent pas les femmes pour de pauvres connes qu’une fois par an, pas du tout, c’est en continu. La preuve, je suis tombée il y a quelques années, sur un produit extraordinaire qui résume à lui tout seul ce qui ne va pas. Ça existe vraiment et ça se vend. La girlie glue. Déjà, rien que le nom met en confiance. Cette invention remarquable sert à coller sur le crâne de votre bébé un noeud ou n’importe quel accessoire de préférence rose pour montrer que c’est une fille. Voilà.


Source je previens les âmes sensibles, si vous cliquez là, vous allez vous retrouver sur le site d’officiel de la marque. C’est très mauvais pour les nerfs. 

Ça commence fort, puisque le slogan de cette chose atroce c’est : it’s never too early to be girly, il n’est jamais trop tôt pour être pouffe, en gros, ahaha, j’en ris encore. Je vous rassure tout de suite, c’est un produit naturel compatible avec le véganisme, c’est dire si c’est bio. C’est quand même important comme précision, par ceux qui voudraient le bouffer. Et donc ça sert à coller sur la tronche de votre nourrisson un noeud rose, ou à lui flanquer des fausses boucles d’oreille. À trois semaines, c’est l’accessoire indispensable de tout bébé fille. C’est évident, je ne vois même pas comment on a pu s’en passer avant. Figurez-vous que la créatrice (oui, c’est une femme) a eu cette idée géniale parce qu’elle en avait marre que sa fille nouvelle née soit chauve. Elle avait beau lui mettre des bandeaux (roses probablement) sur la tête, ça ne tenait pas. Pas moyen de lui mettre la moindre barrette à noeud, paillettes et fanfreluches sooo girly non plus. Franchement, c’est mal conçu tout ça, voilà que les bébés filles ne sont pas livrées avec long cheveux inclus, comme les barbies. C’est un scandale. Sans compter que du coup, tout le monde demandait à cette pauvre femme si elle avait pondu un garçon ou une fille. Ça l’a contrarié. Heureusement, c’était une petite maligne qui a donc inventé une colle révolutionnaire pour martyriser sa gosse décorer mieux qu’un œuf de pâque le crâne de son bébé fille. C’est tout simplement admirable. Et sinon, ça n’a rien à voir, mais que font les services sociaux?

Je trouve ce truc infâme et le marketing autour à vomir. Des accessoires pour toutes les occasions? Ahaha, parce qu’à trois mois, on a une vie sociale débridée qui demande de changer de fausses boucles d’oreille collées plus souvent que de couches? Mais ce qui m’énerve, c’est que ce sont des mamans qui éprouvent le besoin de coller un bout de feutrine sur le crâne de leur bébé, pour en faire dès la naissance des apprenties poufiasses. Pourquoi? Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête de ces mères? Un bébé de quelques semaines garçon ou fille, a besoin qu’on le nourrisse, qu’on le change, qu’on le câline, pas qu’on lui colle littéralement sur le front le poids de ses préjugés sexistes. Je n’ai rien contre les girly girls mais si ça vient des gamines, pas si ça leur est imposé par une mère décérébrée pour qui féminisme doit être un gros mot. Bien sûr, même si je déteste ça, mes filles ont eu des barbies et des petits poneys, parce qu’elles les avaient demandés. PrincesseChipie a une chambre mauve. C’est elle qui a choisi. PrincesseDiva a eu une chambre rose, à sa demande (puis ses murs sont passés verts et noirs et maintenant c’est violet-catacombe. C’est horrible aussi). Mais elles ont aussi joué avec des dinosaures, des playmobils de pirates ou de pompiers. Bref ce qui leur plaisait, pareil pour les garçons. Je ne comprends pas ce besoin de faire de ses gamines des petasses dès le berceau. Ça me sidère tellement que je ne sais pas quoi dire. Et après, on se demande pourquoi les publicitaires confondent la journée internationale pour le droit des femmes avec une grande braderie rose…

Le seul truc qui me console, c’est que je connaissais une maman niaise et anti féministe comme ça. Elle a nunuchifié sa fille depuis la naissance aussi. Ça a marché au début. Mais à l’adolescence, la gamine est devenue goth et à exprimé le désir d’être mécanicienne pour motos ou tatoueuse. J’ai adoré, sa mère beaucoup moins. You go girl!

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Sunny Monday #10: mars printanier

On change de thème en mars, Bernie nous propose le printemps et c’est une excellente idée. C’est frais et optimiste, le printemps, on en a besoin en ce moment.

Pendant des années, quand on était en angletrrre , l’arrivée du printemps voulait dire réouverture des fermes pédagogiques et/ou touristiques (ça me manque beaucoup, je n’ai pas tourné de véritable équivalent dans le coin). Sous prétexte de faire plaisir aux enfants, je trainais tous le monde admirer les bébés animaux de la ferme, avec le secret espoir toujours déçu de persuader Maricheri d’en adopter eux. Alors pour illustrer le printemps, je ne vais pas mettre des fleurs ou des bourgeois, mais un agneau anglais et tout mignon.

Bonne semaine à tous!

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Projet 52: bonne nuit

Pour une fois, je ne vais pas faire la maligne pour illustrer le thème choisi par Ma’. Attention, je ne dis pas que je n’ai pas essayé, c’est juste que je n’ai pas trouvé d’idée. J’ai pensé aux chats qui dorment, mais je ne peux pas les faire participer toutes les semaines non plus. Un lit à baldaquin dans un château touristique? Bof…ou carrément un gisant ? C’est peut être un peu trop poussé le thème, même pour mon esprit tordu. Bref, j’ai séché. Du coup, j’ai demandé à Maricheri (puisque c’est lui le photographe de toute façon) et il a été logique: ben, le soir qui tombe sur le jardin. En effet, c’est en plein dans le thème.

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Friday feelings #359

Le vendredi, c’est états d’esprit, imaginés par ma copine Zenopia.

Fatigue: disons que les nuits à cogiter, ça n’aide pas.

Condition physique: toujours sidérée. Si, si, c’est une condition physique.

Humeur: gelée. Si,si, c’est une humeur.

Esprit: pas mieux.

Culture: rien du tout, c’est désertique, par manque d’envie cette fois.

Boulot: il faut bien qu’il y est un point positif dans tout ça mais je ne l’attendais pas là. Comme quoi…

Avis perso: je ne pensais pas que Johnson irait aussi loin dans le cynisme et les mensonges éhontés, surtout vu les circonstances. J’étais naïve.

Message perso: bon courage pour la reprise!

Loulous: L’Ado rentre finalement ce week-end, c’est pas trop tôt, il doit ramener du chocolat. GeekAdo n’avance pas du tout dans sa recherche de stage, il est stressé. Mangagirl a fait un tour dans les anciens vêtements de L’Ado, elle est ressortie de là avec sa collection de t-shirts à tête de mort. Oui, elle les porte maintenant…C’est ma faute, j’aurais dû les brûler quand L’Ado a arrêté de les mettre. Princessechipie est très contrariée, toujours à cause du sport: franchement, les trajectoires au volley, c’est n’importe quoi. Bref, elle s’est envoyée le ballon elle-même dans le nez. Wizzboy s’entraîne pour son prochain tournoi de judo avec Marcel. Il paraît que le chat triche…

Divers: les travaux de la rue avancent, youpidoo.

Amitié: il faut qu’on s’organise un resto.

Love: il a dû aller à Londres cette semaine, ça ne l’a pas fait rire et moi non plus. Il a pu constater que pratiquement personne n’y porte le manque dans le métro.

Envie de: pfff….

Penser à: arrêter de penser.

Pic: avec tout ça, on en oublie presque que le printemps arrive.

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Thursday thunder: brexit generosity for Ukraine. Or not.

Johnson et les brexiteurs se répandent en grands discours, c’est admirable: Poutine est méchant et les ukrainiens ont besoin d’aide et la Grande Bretagne va montrer au monde entier qu’ils sont les meilleurs pour régler tout ça. Mais verbalement uniquement. Pendant que l’Europe accueille les réfugiés du mieux possible, l’Angleterre dit qu’il faut le faire, mais ferme la porte au nez de gens qui fuient des massacres sans nom.

Quand l’Europe recueille les réfugiés Ukrainiens sans visa, par simple humanité, Londres refuse. Le ministre de l’immigration (si, si, ça existe) a même suggéré que les Ukrainiens n’ont qu’à aller faire une demande de visa provisoire pour travailleur saisonnier agricole, si ils veulent venir en UK. Le vice premier ministre a insisté devant un journaliste (qui a fait preuve d’une maîtrise remarquable en ne le frappant pas malgré son envie manifeste): il faut aller déposer une demande à l’ambassade, parce que c’est clair que les chars russes vont laisser passer les gens et arrêter de les bombarder d’un déluge de feu, le temps qu’ils règlent leurs petits problèmes administratifs. En plus, les transports et les communications ne sont absolument pas désorganisés par la guerre, c’est bien connu.

La ministre de l’intérieur reste campée sur ses positions, personne ne rentre, réfugié ou pas. Face à la pression internationale, Johnson a d’abord consenti du bout des lèvres, à accueillir 100 000 ukrainiens, à condition qu’ils aient un conjoint vivant en UK. Juste un conjoint, pas une sœur ou un cousin, faut pas rigoler non plus. Devant la levée de boucliers, il a cédé: ça sera 200 000 et pas un de plus, le 200 001ieme peut crever sur place. Johnson veut bien pousser jusqu’à accepter les enfants et les parents, mais vraiment, on sent que ça lui fend le cœur malgré ses grands discours. Un honorable député clame pendant ce temps que ça suffit comme ça, il y a déjà assez d’européens de l’Est en UK, réfugiés ou pas, on n’en veut pas. Le vice premier ministre toujours lui, prétend que de toute façon, c’est le choix des ukrainiens de rester chez les 27, parce que c’est plus près de chez eux. Sauf qu’ils n’ont plus de chez eux, connard, Poutine pillonne les civils, c’est bien pour ça qu’ils fuient!

Pendant ce temps, les oligarques russes sont toujours aussi bien installés à Londres. On ne confisque pas vraiment leurs biens, comme partout ailleurs, même si on fait la morale aux autres pays. On leur laisse le temps de vendre tranquillement tout ce qu’ils veulent, biens immobiliers ou financiers, club de foot ou actions, et d’empocher leurs profits. Ça s’appelle du blanchiment d’argent et ça fonctionne très bien depuis 15 ans, d’où les surnoms de Londongrad ou de « machine à laver russe » de certains quartiers de Londres. On vend offre aussi des passeports britanniques à tour de bras et même des places à la chambre des Lords à tous ces sympathiques oligarques aux portefeuilles si bien remplis. L’ampleur de la chose est très bien décrite dans un long et minutieux article du Guardian ici, pour ceux qui veulent les détails. Les chiffres font mal aux yeux tellement ils sont énormes et terrifiants. Les tories, le parti au pouvoir, auraient en outre, reçu plus de 2 milliards de livres de dons des oligarques russes selon un député au sérieux reconnu. Depuis 2019, Johnson a par exemple, accepté 700 000 livres d’une généreuse donatrice mariée à un ancien vice ministre des finances de Poutine, un autre oligarque, co propriétaire d’une entreprise sur les listes des sanctions internationales, a donné 375 000 livres. Les deux avaient précédemment reçu des passports britanniques, mais c’est sûrement un hasard. Là encore, la liste est longue, je ne vais pas tous les citer.

Alors voilà, Johnson continue à se foutre du monde en faisant de grands discours à Westminster mais ne bouge pas d’un pouce. Il reste aussi assis sur le rapport d’enquête prouvant l’interférence russe dans la campagne du Brexit qui a fini par le porter au pouvoir. Il fait de grandes envolées lyriques et moralisatrices, mais n’agit surtout pas. Après tout, son gouvernement a fait passer une loi pour laisser se noyer les « migrants » dans la Manche, ça n’est quand même pas pour sauver des enfants ukrainiens. On ne va pas s’embarrasser de simples réflexes d’humanité, n’est ce pas? Welcome to Brexit Britain.

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La phrase du mercredi #10

La phrase de la semaine vient encore d’un de mes enfants. Promis, je vais arrêter, mais je n’ai pas pu m’empêcher de citer GeekAdo, tellement il résume bien ma pensée en ce moment. Il fréquente énormément d’étudiants étrangers, par choix, et parce que ses cours sont en anglais, d’ailleurs l’accent des profs le fait bien rire. Bref, il a plein d’amis qui viennent d’un peu partout, notamment d’Europe de l’Est. Il est donc rentré hier avec une martenitsa bulgare nouée au poignet. C’est une sorte de bracelet fait de deux fils, un rouge et un blanc, mêlés. GeekAdo nous a expliqué:

GeekAdo a de suite accepté le bracelet offert hier, pendant que le reste de son groupe de potes, resté interloqué. Il connaît, on a accroché dans nos chez nous successifs, la version à suspendre dans les maisons depuis de nombreuses années. Elle nous a été offerte par une amie bulgare en Angleterre, c’est traditionnel. La Martenitsa est un porte-bonheur qu’on offre donc le premier mars en Bulgarie en souvenir de khan Asparukh (le fondateur du pays en 681 quand même). Il aurait chargé un pigeon de prévenir sa femme qu’il avait gagné une bataille en lui nouant un fils blanc à la patte (celle du pigeon je veux dire, pas de sa femme!). Et comme il s’était légèrement blessé, une partie du fil s’est taché de sang, d’où le rouge, c’est très frais. On doit laisser la martinesta suspendue dans les maisons ou nouée au poignet, ça porte malheur de l’enlever. En bon geek cartésien, GeekAdo balaie généralement ce genre de chose d’un revers de clavier méprisant. Mais bon, en ce moment…alors il garde sa martinesta, déjà par amitié et puis, ça ne peut pas nuire « au point où on en est ».

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Racisme ordinaire et réflexion nocturne

Hier, j’ai eu une conversation qui m’a perturbée, avec une dame que je ne connais pratiquement pas pourtant. Elle parlait de la guerre en Ukraine, ou plutôt, je cite « de la guerre à Macron ». Ah. J’ai essayé d’expliquer, c’est mon côté ancienne prof, mais elle n’a rien voulu entendre, puisqu’elle savait tout, grâce à un célèbre animateur d’une chaîne que je préfère ne pas nommer pour ne pas faire de pub à Bolloré.

Devant sa logorrhée verbale sans queue ni tête, mélangeant vaccin, immigration, Mitterand (?!?), Russie, États-Unis, et beuglant « on n’en veut pas des ukrainiens chez nous, c’est leur faute », j’ai failli lui éclater la tête contre un mur en espérant faire démarrer son cerveau. C’était tout à la fois risible et terrifiant. Dérisoire et xénophobe. De plus en plus xénophobe au fur et à mesure qu’elle déblatérait: « C’est un coup monté de l’Europe pour nous forcer à laisser les ukrainiens venir chez nous, ils vont nous ramener des maladies». J’étais au bord de l’explosion. Et puis, elle a continué: « avec tout ça, tout devient plus cher ». C’est pas faux. Elle a prévenu ses enfant, elle peut plus suivre. Deux repas par jour, c’est trop, maintenant le soir, ils mangent du pain avec du beurre et c’est assez…alors j’ai fermé ma grande gueule de privilégiée. J’ai rangé mon indignation, mes tentatives d’explication et mon complexe de supériorité intellectuelle. J’ai eu honte. Jusqu’à ce matin.

Ce matin, après avoir réfléchi toute la nuit, je suis en colère. Après les gens qui bourrent le crâne de cette pauvre femme. Après elle aussi, parce qu’elle se laisse faire. Oui, sa vie est infiniment plus difficile que la mienne et c’est facile de critiquer dans ma position bien confortable. Je ne me fais pas de souci pour les repas, mais devoir manger du pain n’a aucune raison de rendre raciste non plus. Il ne s’agit pas de nier qu’elle et d’autres sont manipulés, qu’on leur ment, qu’on les endoctrine, qu’ils sont le jouet plus ou moins consentant des pires populistes. Il ne s’agit pas non plus de nier leurs problèmes, leurs difficultés, leur misère sociale…mais à la limite, confronté à leur haine de tout ce qui est étranger, on s’en fout. Ce n’est pas le propos. Rejeter des gens qui fuient un déluge de feu et des atrocités sans nom, c’est ignoble. C’est tout. Il faut arrêter de dire ah ben oui, bouh c’est méchant, mais le pauvre petit qui a dit ça, il est au chômage et puis il a eu des problèmes à l’école et il ne se rend pas compte et il faut le comprendre…Non.

Juste non. Déjà, c’est effroyablement méprisant pour les gens qui comme cette dame, ont des difficultés dans la vie, ça n’empêche pas d’avoir un cerveau, un cœur, d’être tolérant, d’être ouvert. Alors finalement, je regrette d’avoir fermé ma grande gueule de privilégiée. Pas pour essayer de lui expliquer, ça n’aurait servi à rien, elle ne m’aurait pas cru. Mais parce que rien, absolument rien, ne justifie la xénophobie. Rien n’excuse de vouloir laisser mourir des gens parce qu’ils sont d’ailleurs.

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Sunny Monday #9: février au nord

Pour le dernier lundi nordiste du défi de Bernie, j’ai choisi de terminer avec du ch’timi, ça manquait. Alors certes, je n’y comprends toujours rien et j’ai encore beaucoup de mal avec l’accent local, mais ça m’intéresse vivement. J’ai donc adoré tomber sur des petits ardoises avec les noms Chti des plantations dans un potager de l’éco musée. Après enquête, il semblerait que les pos d’chuc soient des haricots vert.

Bonne semaine à tous!

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