J’aime beaucoup les commerçants du village, et pas que pour la qualité de la nourriture. On y fait aussi des rencontres curieuses, sympathiques, amusantes…comme ce très vieux monsieur à la boucherie, en pleine commande. Il s’est arrêté net. La vendeuse, un peu interloquée, lui a demandé:
Et il n’a plus ouvert la bouche. La vendeuse est restée plantée, la bouche ouverte, à attendre en vain. En même temps, ce brave monsieur a bien répondu à la question, ça n’est pas sa faute si elle n’a pas été plus explicite. Il est resté tranquille, devant l’étal, les mains croisées, sans rien dire, et elle a continué à le fixer, ébahie. La tension montait, j’attendais la suite avec impatience. Finalement, la vendeuse a juste répété « vous voulez autre chose? » avec un air un peu désespéré quand même. Le monsieur a daigné continuer sa commande, comme si de rien n’était, et le trou dans l’espace temps qui serait ouvert d’un coup dans une boucherie du fin fond du Pas de Calais s’est refermé.
C’est la première fois depuis que L’Ado a commencé l’école, c’est à dire depuis longtemps, que je ne fais pas de cadeau de fin d’année à une enseignante. Même avec la sombre abrutie qu’a justement eu L’Ado en junior infant (à 4 ans en Irlande), qui voulait l’obliger à écrire de la main droite alors qu’il est gaucher, je n’ai pas osé ne rien faire (en plus de lui expliquer ma façon de penser bien sûr). Certains enseignants n’ont eu que des cadeaux de fin d’année à l’arrache, ou juste une participation symbolique au cadeau collectif (dont l’irlandaise au dessus), mais là, c’est la première fois que je ne fais strictement rien.
Bref, pas de cadeau pour l’institutrice de Wizzboy, à la différence de celles des années précédentes, dans la même école. J’étais tellement reconnaissante de leur travail formidable, surtout avec le Covid, que j’avais fait fort. J’ai aussi remercié par écrit, après chaque période d’école à la maison, pas pour fayoter mais en tant qu’ancienne prof de FLE, j’ai mesuré tout le boulot admirable qu’elles ont fait. Et bien cette année, non. Attention, je ne veux pas accuser la malheureuse instit de Wizzboy, cette pauvre femme est probablement juste dépassée par les événements. Elle n’est pas complètement incompétente, juste débordée depuis plusieurs décennies, par sa classe, son métier, les parents, la vie en général. Sincèrement, j’ai même essayé d’aider toute l’année, en allant faire de l’anglais dans sa classe, ce qui m’a permis aussi de la voir in situ, et c’est peut être le problème.
Enfin bref, peu importe, je ne vais pas m’acharner sur cette pauvre femme. Je voulais juste parler du non cadeau de fin d’année. Ceux des deux années précédentes étaient tellement offerts de bon cœur et avec une vraie reconnaissance, que cette fois, alors que j’allais sacrifier machinalement à la coutume, je me suis dis non. Ça ne va pas le faire. J’insiste, je n’ai aucune antipathie pour cette malheureuse enseignante, mais sérieusement, on a dû pratiquement tout refaire à la maison. Elle n’a pas vraiment mal fait son boulot (ce n’est pas l’avis de tous les autres parents), mais elle n’a rien fait de notable non plus, à part stresser inutilement Wizzboy. Alors pourquoi lui faire un cadeau de fin d’année? Pour la remercier de quoi au juste? Est-ce que Wizzboy en gardera un souvenir ému, comme de son instit remarquable de l’année dernière? Non. Est-ce qu’elle va lui manquer? Non. Est ce qu’elle l’a fait progresser? Non. Bref, pourquoi hypocritement faire un cadeau obligé, par politesse? Quelle politesse? Je dis bonjour, merci, au revoir et même bonnes vacances, ça n’est pas assez poli? Qui a décidé qu’il fallait offrir un cadeau de fin d’année pour répondre aux convenances, hum?
Ben voilà, pas de cadeau cette année! J’étais très contente de ce petit acte de rébellion scolaire jusqu’à hier, dernier jour d’école pour Wizzboy. Mais forcément, depuis ce matin, je culpabilise un peu. C’est pénible.
Cette semaine passée, on a profité de la météo moins pluvieuse pour partir en ballade, et ça fait du bien.
On a rencontré des écossais lors d’une reconstruction médiévale. GeekAdo était en transe: ça lui rappelle « toute son enfance » et nos sorties aux reenactments anglais. Wizzboy a adoré aussi bien sûr, il a même pu faire une initiation aux combats de chevaliers. On s’est d’abord demandé si c’était une bonne idée, de lui apprendre à se servir d’objets contondants (parce que bon, une épée en bois, ça coupe très peu mais ça peut assommer), mais il est tellement peu manuel qu’on a vite été rassuré.
Cette semaine passée, toujours en pleine nostalgie anglaise, on a mangé des cookies à la carotte. Wizzboy a été horrifié d’apprendre qu’il a déjà mangé des carrot cakes! Bref, alors que l’école se termine bientôt, on est déjà passé en mode pré vacances et on en est tous très content.
On se demandait, en prenant le café dans la cuisine (précision importante), quoi choisir comme photo pour le thème de la semaine du projet de Ma’ Et là, paf, on a eu une illumination: les étagères! C’est à dire que j’ai toute une collection de livres de cuisine d’un peu partout sur des étagères à côté de la porte. Plusieurs viennent d’Angleterre et sont anglais, comme le Essex cookbook, mais d’autres ne sont pas des recettes anglaises comme le Mexican cookbook, les recettes asiatiques ou pas mal de livres de cuisine française sur lesquels je sautais avec joie quand on était de l’autre côté de la Manche. D’autres viennent bien du pays dont ils ont les recettes: le Irish cook book, celui de Rome, les recettes de tapas…j’ai aussi des recettes du sud ouest, mais aussi des livres de cuisine ch’ti. Bref, on a de quoi voyager gastronomiquement sans bouger de chez nous!
Le vendredi, c’est états d’esprit, imaginés par ma copine Zenopia.
Fatigue: les vacances scolaires approchent…plus besoin de se lever à des heures indues pour le school run, mais un Wizzboy extrêmement matinal et qui s’ennuie en continu.
Humeur: dubitative.
Condition physique: pareil, mais là, c’est à cause de la météo.
Esprit: s’est déjà mis en vacances, c’est important de se préparer correctement.
Estomac: jaloux des oiseaux qui pillent les branches trop hautes du cerisier.
Boulot: voir esprit.
Culture: justement, on prévoit une sortie cultuelle ce week-end, si il ne pleut pas.
Avis perso: sérieusement, qui gère la météo ici? C’est quoi ces manières de prendre ou perdre 10 degrés en une journée, hum?
Message perso: félicitations à Tata F! On espère te voir cet été.
Loulous: L’Ado et GeekAdo ont bien profité de leurs vacances, même si il y a deux ou trois épisodes mystérieux qu’ils ne veulent pas raconter, dont une marche de 20 kilomètres…mais bon ils se sont bien amusés. Mangagirl est officiellement en vacances. Elle a fêté la fin du bac de français en se levant à midi le lendemain, pour récupérer de tous ses efforts bien sùr, Princessechipie ne comprend pas pourquoi il n’y a pas cours pendant que les troisièmes passent le brevet, elle thrice ça scandaleux, Wizzboy compte les heures avant les vacances. Il est déjà surexcité.
Divers: bon, ça se sent que les vacances sont encore dans plus d’un mois et que je suis légèrement impatiente?
Amitié: à cet après midi?
Love: lui aussi attend les vacances…
Penser à: faire des stocks de bricolages à faire en cas de pluie, il va falloir occuper Wizzboy.
Envie de: chaleur et soleil, ahaha.
Pic: on continue à découvrir du street art autour de l’école, sur les trottoirs.
Il y a longtemps, je vivais dans un pays où l’avortement était interdit, complètement. Du coup, les médecins ne faisaient pas d’échographie au premier trimestre de grossesse, pour ne pas encourager les femmes à aller se faire avorter ailleurs, de l’autre côté de la mer d’Irlande. On n’avait la première échographie qu’après que le délai légal soit dépassé en Angleterre, dans le deuxième trimestre.
Du coup, sans échographie, impossible de savoir si il y a un problème, si la grossesse, voulue, se déroule normalement, si il n’y a pas un danger. Impossible de savoir que ça n’est pas une grossesse viable, qu’il n’y aura jamais de bébé, qu’on fait juste courir des risques considérables à la santé d’une femme, pour rien. A la différence des irlandaises, j’ai eu la chance de partir en vacances dans la famille, en France où j’ai été prise en charge presque par hasard, puisque je pensais que tout allait bien. Le curetage et autres joyeusetés qui ont suivi, ont, je crois, été bien plus traumatisants, à plus de 4 mois de grossesse (quand on pensait déjà prénom et chambre de bébé), que ne l’aurait été un avortement thérapeutique dès le début, pour j’insiste, une grossesse qui n’était pas viable. Par contre, sans le savoir, je suis restée avec des tissus morts à l’intérieur de moi pendant quelques jours, et ça, j’en ai fait des cauchemars pendant longtemps. J’aurais pu aussi avoir une infection, des lésions graves, et d’autres que je n’ai pas eu le courage d’écouter. Je me suis juste raccrochée au fait que j’avais eu « de la chance », que ça avait été pris à temps, que je pourrais avoir d’autres enfants.
On est reparti et Maricheri a failli faire bouffer mon dossier au médecin qui nous a expliqué qu’en Irlande (à l’époque), on ne faisait pas comme ça. On laissait faire. On m’aurait laissé, sans soin, à attendre que ça passe tout seul. Ou pas donc. Avec tous les risques que ça comportait. Et bien aujourd’hui, alors que l’avortement est maintenant autorisé en Irlande, certaines américaines n’ont plus cette chance. On préfère les voir crever en pleine fausse couche plutôt que d’intervenir, au nom du « respect de la vie ». Elles effacent frénétiquement tout leur historique de recherche, les apps pour compter les jours de règles, toutes les apps de santé même. Elles utilisent des noms de code pour désigner des choses tout à fait naturelles. Elles doivent se méfier des médecins, des proches, des voisins. Parce que non seulement on interdit l’avortement, tous les avortements, mais on récompense ceux qui les dénoncent. On en est là. En 2022, dans un pays qu’on croyait évolué, les femmes sont obligées de se cacher, d’utiliser des ruses qu’on croyait réserver à des mouvements clandestins de résistance, juste pour préserver leur santé. C’est effroyable.
Et pour les pro Life qui passeraient par hasard par ici, déjà fuck off, et ensuite, c’est grâce à l’intervention des médecins français que j’ai eu 4 enfants par la suite (L’Ado était déjà là). En laissant se poursuivre une grossesse non viable ils auraient donc empêché la naissance de 4 enfants qui vont très bien merci. C’est pro Life ça?
Il y a longtemps que Wizzboy n’avait pas participé à cette rubrique. J’essaie d’éviter, mais cette semaine, je n’ai pas pu m’empêcher de le citer. Hier soir, il nous a expliqué son programme du mercredi:
On ne sait pas où il a pris cette expression, on ne l’utilise pas, mais ça nous a fait rire. Et puis, même après 4 ans en France, on est encore ravi quand un des enfants parle « franchouillard » . J’ai déjà essayé d’expliquer: ça a l’air normal mais ça n’est jamais arrivé avant dans notre famille.
Même si les enfants fréquentaient d’autres petits francophones, ils ne parlaient pas « enfant » entre eux. Forcément, non seulement leur français était loin d’être naturel, mais ils copiaient celui des adultes. Pendant des années, on a été le point de référence francophone de nos enfants, ils ont donc appris à parler comme nous, avec directement des expressions d’adultes et pas des tournures de phrases enfantines. Comme j’ai aussi insisté lourdement pour leur faire des cours de grammaire et de conjugaison françaises (après tout, c’était mon boulot!) malgré leur enthousiasme extrêmement limité, ils avaient aussi un français très scolaire. Soyons clair, ce n’était pas fastoche du tout, pour parler comme Wizzboy maintenant. Ils ne risquaient pas d’employer ce genre d’expression qu’ils ne connaissaient même pas. Le seul qui avait un langage jeune, c’était L’Ado…sauf qu’il avait notre langage jeune, légèrement (à peine) anachronique pour sa génération. Aujourd’hui, MangaGirl nous parle naturellement d’un gars trop nul. Wizzboy a les mêmes expressions que tous ses copains et on est surpris, ravi et donc même un peu ému alors que ce n’est pas toujours très poli. Nos enfants sont devenus de vrais francophones de leur âge!
Alors qu’en France, on se remet à peine de Roland Garros, en Angleterre , on s’extasie devant Wimbledon. Pour s’échauffer, il y a eu le tournois de Queen’s, à Londres aussi, que j’adorais suivre. Comme tous les ans, on subit admire en boucle les images du triomphe de Andy Murray, qui commence à dater un peu. Vous savez, ce grand moment où il est définitivement devenu un joueur britannique, alors qu’avant, c’était juste un vague tennisman écossais. (Pour ceux qui ne suivent pas, il a gagné Wimbledon, ça faisait 1500 ans qu’ils attendaient ça, au moins. La dernière fois qu’un british avait gagné, on n’avait même pas découvert le feu, c’est dire!)
Les anglais sont très polis. Ils reconnaissent donc sans mal que le tennis vient du jeu de paume français. Mais c’était un bazar incompréhensible quand ils l’ont récupéré bien sûr, et c’est grâce à eux qu’il y a des règles limpides. D’ailleurs, il suffit de voir la façon dont on compte les points au tennis, c’est d’une simplicité enfantine et d’une logique imparable (pourquoi 15, 30 et 40? Ça devrait être soit de 15 en 15, soit de 10 en 10…), un peu comme les scores de cricket. Les accessoires indispensables pour pratiquer le tennis en Angleterre ne sont pas des balles et une raquette, mais des fraises, de la crème et du Pimm´s (c’est une boisson, c’est alcoolisé). Sérieusement, Wimbledon, on n’y va pas pour le tennis, mais pour les fraises et la crème. Chaque année, 28 tonnes de fraises sont englouties accompagnées de 7000 litres de crème. On ne va pas se laisser abattre. Éventuellement, si le temps est beau, on peut aussi se munir d’un grand chapeau, pour mieux cacher la vue aux spectateurs derrière.
Quelques agités, probablement dangereux, préfèrent cependant jouer au tennis, plutôt que de le regarder poliment en trempant leurs fraises dans la crème fouettée, comme tout être civilisé qui se respecte. A part Murray et Emma Raducanu, on ne peut pas dire que le pays regorge de champions. Vous avez donc toutes les chances de vous retrouver classé parmi les 10 meilleurs joueurs britanniques simplement en réussissant à ramasser une raquette qui trainait par terre. Je ne plaisante pas (enfin pas beaucoup). En 1878, un anglais s’ennuie pendant ses vacances, ça peut arriver. Désœuvré, il décide pour rire de s’inscrire à Wimbledon, bien qu’il n’ait pratiquement jamais joué au tennis. Et donc Franck Hadow remporte le tournoi et invente le lob par la même occasion. Et bon, toutes bonnes chose sont une fin, à commencer par ses vacances. Il repart à ses activités habituelles et ne joue donc plus jamais au tennis. C’est motivant. J’ai donc essayé, à une lointaine époque, avec mon sens sportif inné, qui me permet de me faire un croc en jambe à moi même quand je cours, m’étalant avec la grâce d’une baleine échouée sur un banc d’oursins.
A ma décharge, il faut savoir que Marichéri mesure 32 centimètres de plus que moi, et qu’il a refusé que je mette des talons pour jouer. Forcément, ses balles me passaient largement au dessus de la tête. Et comme je me suis déjà tordu la cheville en dormant, je préfère ne pas sauter. Il paraît que le fait que je tienne la raquette comme une poêle à frire n’aide pas. Je ne vois pas le rapport, c’est clairement le filet qui est trop haut. Heureusement, je peux jouer avec L’Ado. Il a pris des leçons quand il était petit, ce fut un échec. Il servait systématiquement derrière lui, et était incapable de renvoyer la moindre balle, on aurait dit sa mère. Pourtant, il faisait exactement comme le coach, et tenait bien sa raquette de la main droite. Il est gaucher. Un fois ce léger problème réglé, son jeu ne s’est pas amélioré beaucoup pour autant. Il a abandonné et s’est mis au rugby.
Bref, je continue à suivre Wimbledon depuis mon canapé, en regrettant de n’avoir jamais pu y aller quand on vivait en Angleterre. Cela dit, je vais continuer à m’entraîner pour les fraises et la crème fouettée, on ne sait jamais.
Cette semaine passée, on a exploré les alentours de l’école pour voir tout ce que l’artiste de rue avait fait (on l’avait vu à l’oeuvre la semaine avant, mais on sait qu’elle est restée plusieurs jours)…Wizzboy a pris ça comme une chasse au trésor, et il a été très fier de découvrir ce petit collage, bien caché derrière le gymnase de l’école.
Cette semaine passée, Princessechipie a fait une sortie scolaire à Paris. Elle a visité l’opéra Garnier et elle a été tellement impressionnée par le plafond de Chagall qu’elle a fait une photo « pour que tu mettes dans ton truc, là, sur ton blog ».
Cette semaine passée, les poules ont pris la pluie et c’est drôle. Ça n’a pas l’air de les déranger plus que ça et j’adore leur look de punk rebelles. Poule Power!
Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’étais très inspirée par le thème choisi par Ma’ cette semaine. Trop inspirée même, puisque je n’ai pas su quoi choisir: j’adore les vieilles pierres, des photos de portes et fenêtres, on en a des tonnes. Les magnifiques portes anciennes à Madrid? Les portes géorgiennes colorées à Bath? Des fenêtres à meneaux ? Des vitraux? Des portes de villes fortifiées? …finalement, j’ai demandé à Maricheri de choisir, puisqu’après tout, c’est lui le photographe. Eh bien, il a opté pour une porte landaise, il va devenir plus chauvin (par alliance du coup) que moi! Mais c’est vrai qu’elle est magnifique, cette église à côté de Mont de Marsan, à Mazerolles, et on ne sent pas du tout qu’il nous tarde les vacances landaises, avec un choix comme ça…