Thursday thunder: pro lifers shame


Il y a longtemps, je vivais dans un pays où l’avortement était interdit, complètement. Du coup, les médecins ne faisaient pas d’échographie au premier trimestre de grossesse, pour ne pas encourager les femmes à aller se faire avorter ailleurs, de l’autre côté de la mer d’Irlande. On n’avait la première échographie qu’après que le délai légal soit dépassé en Angleterre, dans le deuxième trimestre.

Du coup, sans échographie, impossible de savoir si il y a un problème, si la grossesse, voulue, se déroule normalement, si il n’y a pas un danger. Impossible de savoir que ça n’est pas une grossesse viable, qu’il n’y aura jamais de bébé, qu’on fait juste courir des risques considérables à la santé d’une femme, pour rien. A la différence des irlandaises, j’ai eu la chance de partir en vacances dans la famille, en France où j’ai été prise en charge presque par hasard, puisque je pensais que tout allait bien. Le curetage et autres joyeusetés qui ont suivi, ont, je crois, été bien plus traumatisants, à plus de 4 mois de grossesse (quand on pensait déjà prénom et chambre de bébé), que ne l’aurait été un avortement thérapeutique dès le début, pour j’insiste, une grossesse qui n’était pas viable. Par contre, sans le savoir, je suis restée avec des tissus morts à l’intérieur de moi pendant quelques jours, et ça, j’en ai fait des cauchemars pendant longtemps. J’aurais pu aussi avoir une infection, des lésions graves, et d’autres que je n’ai pas eu le courage d’écouter. Je me suis juste raccrochée au fait que j’avais eu « de la chance », que ça avait été pris à temps, que je pourrais avoir d’autres enfants.

On est reparti et Maricheri a failli faire bouffer mon dossier au médecin qui nous a expliqué qu’en Irlande (à l’époque), on ne faisait pas comme ça. On laissait faire. On m’aurait laissé, sans soin, à attendre que ça passe tout seul. Ou pas donc. Avec tous les risques que ça comportait. Et bien aujourd’hui, alors que l’avortement est maintenant autorisé en Irlande, certaines américaines n’ont plus cette chance. On préfère les voir crever en pleine fausse couche plutôt que d’intervenir, au nom du « respect de la vie ». Elles effacent frénétiquement tout leur historique de recherche, les apps pour compter les jours de règles, toutes les apps de santé même. Elles utilisent des noms de code pour désigner des choses tout à fait naturelles. Elles doivent se méfier des médecins, des proches, des voisins. Parce que non seulement on interdit l’avortement, tous les avortements, mais on récompense ceux qui les dénoncent. On en est là. En 2022, dans un pays qu’on croyait évolué, les femmes sont obligées de se cacher, d’utiliser des ruses qu’on croyait réserver à des mouvements clandestins de résistance, juste pour préserver leur santé. C’est effroyable.

Et pour les pro Life qui passeraient par hasard par ici, déjà fuck off, et ensuite, c’est grâce à l’intervention des médecins français que j’ai eu 4 enfants par la suite (L’Ado était déjà là). En laissant se poursuivre une grossesse non viable ils auraient donc empêché la naissance de 4 enfants qui vont très bien merci. C’est pro Life ça?

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3 commentaires pour Thursday thunder: pro lifers shame

  1. ELLA dit :

    Je ne décolère pas depuis vendredi ! Quel bond dans le passé, c’est une horreur. Bien sûr, les femmes de condition modeste n’auront pas d’autres solutions que de pratiquer des avortements clandestins avec tous les risques (pour leur santé et pour leur liberté) !

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  2. Gaëlle dit :

    Je déteste ce terme de « pro life » qu’ils ont choisi… Si on est pour la liberté de choix de la femme, on est quoi, « anti life » ??
    Ça ne cesse de m’indigner cette manière de choisir pour les autres… Personnellement sauf si grossesse non viable je ne pense pas que je pourrais avorter (mais j’ai été marquée par les fausses couches de ma maman), mais jamais je ne conseillerais quoi que ce soit à quelqu’un d’autre… Chacun ses choix et son corps !
    Et franchement, la grossesse, l’accouchement et la petite enfance, c’est pas une promenade au parc : si on n’a pas choisi l’arrivée de cet enfant mais qu’on a été forcée, je vois pas comment on peut élever son enfant dans de bonnes conditions pour lui… (J’ai un bébé de 10 jours, je suis en plein dedans 😊) Ce qui est magique doit vite devenir un cauchemar…

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  3. carrie4myself dit :

    Sideree, atterrée, je ne comprends pas. Qu’ils se coupent leur organe reproducteur ces hommes qui decident pour les femmes

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