Les clichés sont fourbes

Je parle souvent des clichés sur les français en Angleterre, et ceux sur les anglais vus de France. Ils me font rire parfois, ils m’énervent assez souvent, et ils me dégoûtent profondément quand ils versent ni plus ni moins dans la xénophobie. Cela dit, j’ai une réaction beaucoup plus épidermique face aux clichés sur les irlandais perpétués par les anglais. Il faut dire qu’il y a un certain passif historique entre ces deux pays, et qu’il n’y a que quelques décennies, on trouvait encore des affiches à l’entrée des pubs, des magasins, voire de certains logements proclamant « no irish, pas d’irlandais». A vomir donc. En ma qualité de pondeuse de trois irlandais, ça m’a toujours défrisé. Mais je n’ai jamais pensé qu’il y avait des clichés anti irlandais en France, au contraire. J’ai toujours eu l’impression que les irlandais étaient plutôt appréciés ici. L’Ado, en sa qualité de Franco-irlandais n’a pas la même analyse.

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Déjà, il est assez choqué de la multitude de pubs pseudo irlandais qu’on trouve dans le moindre bled paumé de France. Effectivement, ils n’ont d’irlandais que l’enseigne, en mauvais anglais en plus. Je n’y avais jamais rien vu de mal, c’est plutôt sympa non? Ben non, l’Irlande, c’est pas Disneyland-pour-ivrognes non plus. L’Ado n’a pas tout à fait tort. Toutes ces irisheries de pacotille ont beau partir d’une sympathie envers l’Irlande, elles donnent quand même une image simpliste, voire arriérée, très restrictive, pour ne pas dire alcoolique de ce pays. L’Ado a aussi eu le bonheur de découvrir « les lacs du Connemara » (la chanson, pas le county autour de Galway-qui se prononce gÔalway d’ailleurs) en fréquentant des étudiants français en erasmus. Il est outré. Sérieusement. C’est normal de bramer que tous les irlandais sont des cretins consanguins toujours bourrés et totalement débiles? C’est quoi cette chanson à la con? Devant son indignation, je me suis précipitée sur Google pour trouver les paroles, je n’en avais qu’une vague idée mais ça ne m’avait jamais choquée. L’Ado n’apprécie pas trop non plus les images de « meilleurs supporters du monde » qu’on prête aux irlandais à chaque tournois international de foot ou rugby. Bien sûr, il est persuadé qu’effectivement les supporters irlandais, en majorité (précision importante), sont bien les plus sympas, mais il trouve qu’on en parle de façon extrêmement stéréotypée et condescendante, style ils sont bien gentils avec leur folklore un peu bébête…là encore, je n’avais jamais vu les choses comme ça avant que L’Ado en parle.

On pourrait simplement croire que L’ado est susceptible, mais justement, il ne l’est pas. Comme quoi, tout est subjectif, et on peut vexer des gens sans le vouloir en propageant des clichés qu’on croit innocents. Sauf que les clichés ne le sont jamais tout à fait, innocents. Je me dis que L’Ado a raison: évidemment, les clichés qu’on véhicule en France sur l’Irlande et les irlandais sont beaucoup plus positifs que ceux sur les anglais. Mais ils sont tout aussi réducteurs, caricaturaux et au final un peu racistes. Non, on ne peut pas mettre tous les ressortissants d’un même pays dans la même case, aussi jolie soit-elle, avoir le même passeport que son voisin ne veut pas dire avoir la même personnalité stéréotypée. C’est totalement idiot de penser que tous les gens nés dans un pays quelconque sont identiques, et répondent automatiquement à deux ou trois traits de caractères simplistes. Comme dit L’Ado, faut arrêter avec ça, les irlandais, on n’est pas les concons trop sympas et toujours bourrés de l’Europe non plus. Vous trouvez ça drôle d’être représenté par des anglo-saxons meme bien attentionnés comme portant systématiquement une baguette sous le bras, un béret et un collier d’ail? Ben c’est pareil pour les irlandais! Ce ne sont pas de sympathiques leprechauns roux dansant la gigue et buvant des Guinness en continu.

Décidément les clichés, c’est le mal, même quand ils veulent être gentils. Le cliché est fourbe et toujours xénophobe, même si il ne l’assume pas. Vous ne me croyez pas? Vous pensez que L’Ado exagère? Alors, comme je vis pas loin de la Belgique maintenant, si on parlait un peu des clichés qui pullulent de chaque côté de la frontière sur le pays d’à’cote ? …et voilà, L’Ado a bien raison, à bas les clichés.

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Bayham Old Abbey

Un nouveau mardi tourisme en Angleterre…il faut en profiter pendant que le brexit est en période de transition, on peut encore y entrer comme avant, simplement avec une carte d’identité. Je vous amène donc à Bayham Old Abbey, qui comme son nom l’indique est une ancienne abbaye. C’est un peu à l’écart des circuits touristiques, donc pas très fréquenté, alors que c’est charmant.

Les ruines de Bayham Abbey, qui date du treizième siècle sont à la frontière entre le Sussex et le Kent, près de Tunbridge, au sud de Londres. Le monastère a été fondé en 1207 par Robert de Tumehan (un migrant français) qui l’avait baptisé Beaulieu parce que c’est très bucolique, il y a même une rivière pas loin, mais les locaux n’ont jamais été fichus de prononcer le nom correctement. Ça a évolué en Begham puis finalement Bayham. On est loin du Beaulieu de départ.

Henry VIII, encore lui, étant passé par là, l’abbaye est tombée en ruines qui ont été incluses dans le domaine de Bayham mansion. On en serait resté là si un sombre crétin paysagiste, Humpfry Repton n’avait pas décidé au dix-huitième d’en faire une attraction romantique dans le parc du domaine. Il a détruit un peu plus l’abbaye, pour qu’elle fasse plus délabrée, il ne faut pas chercher… Cela dit, c’est ce massacre qui a permis de conserver l’abbaye, quand beaucoup ont tout simplement été détruites pour récupérer les pierres ou le terrain. Les restes que ce brave monsieur a bien voulu nous laisser sont très impressionnants.

Les propriétaires, la famille Pratt, vivaient dans Bayham House, qu’on aperçoit sur une des photos, considéraient donc les ruines de l’abbaye comme un vulgaire nain de jardin. Heureusement, English Héritage a repris les choses en mains en 1967 et Bayham Old Abbey se visite aujourd’hui pour la modique somme de £0. C’est gratuit, on se demande vraiment pourquoi c’est aussi désert, mais c’est agréable!

Bref, n’hésitez pas à faire un petit détour et à vous arrêter à Bayham Old Abbey si vous allez à Londres, c’est pratiquement sur la route en venant de Douvres. Et c’est vrai que Repton n’avait pas tout à fait tort, c’est assez romantique finalement.

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Sunny Monday 2020 #6

Nouveau mois, nouvelle couleur: Bernie nous propose de passer un mois de février en violet. Il a beau faire relativement doux, on n’a pas encore de fleur dans le jardin, je suis donc allée dans les archives pour trouver ça. Mes fleurs sauvages sont en plein dans le thème, violet foncé, violet vif, violet bleuté, violet rosé, il y a de tout.

Bonne semaine à tous!

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Projet 52: bouton (s)

Il y a beaucoup de choses (et de gens) qui me donnent des boutons en ce moment, mais je ne crois pas que Ma‘ pensait à ça en choisissant le thème. En manque total d’inspiration, j’ai demandé à Marichéri. Des boutons? Tu en veux combien?…euh…je sais pas. Et hop, il m’a envoyé une photo avec plein de boutons, lumineux en plus. Quand on appuie dessus, ça met en route des tas de trucs musicaux. Bref, il a pris en photo un petit coin de son bureau, et une toute petite partie de ses jouets. Marichéri, à fond dans le thème, a proposé de continuer, des boutons comme ça, il en a encore plein d’autres! Ça ira, merci…

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Friday Feelings #252

Je vous préviens de suite, ces états d’esprit ne vont pas être joyeux. Je me sens ramenée à ce vendredi de juin 2016 qui a boulversé nos vies… voilà, on y est: brexit day. Alors on ne vit plus en Angleterre, mais c’est justement à cause de ce brexit que de sombres abrutis célèbrent aujourd’hui. Je n’arrive pas à faire complètement le deuil de notre ancienne vie, pré brexit et ça m’empêche toujours de me sentir chez moi ici. Aujourd’hui, j’ai mal pour mes amis en UK, j’ai mal à mes idéaux, parce que le brexit, c’est la victoire de la xénophobie, du repli sur soi, de l’intolérance et j’ai mal à mon humanité aussi, quand je vois le déferlement de bêtises crasses qui s’étalent complaisamment en Angleterre…du fermier qui fête la « libération  » de la Grande-Bretagne mais qui se demande comment il va faire pour embaucher des saisonniers maintenant, de l’hôtelier qui crie victoire mais qui comptait sur les subventions européennes pour refaire la route qui mène à son établissement, de l’ouvrier qui est extatique mais qui vient de perdre son boulot parce que sa boite étrangère déménage, du retraité anglais en Espagne qui hurle de joie mais ne va plus avoir droit de se faire soigner…personne ne voit le rapport, personne ne comprend qu’il s’est tiré une balle dans le pied, ils sont juste délirants de bonheur à l’idée de pouvoir enfin dégager de leur île tous les étrangers. Je vais vomir. Comment peut-on être aussi stupide? Et fier de l’être? Comme disait Desproges  » je me heurte parfois à une telle incompréhension de la part de mes contemporains qu’un épouvantable doute m’étreint : suis-je bien de cette planète? » . Je suis non seulement en pleine nostalgie personnelle, mais aussi terrifiée jusqu’au plus profond de moi par cet étalage de racisme, par ce triomphe du populisme, par ces tentations fascistes célébrées complaisamment et ce que ça dit de l’état du monde. Bref, je vais moyen…

Fatigue: sans commentaire.

Condition physique: j’ai froid, mais c’est dans la tête.

Humeur: sombre

Esprit: pareil. Pire…

Estomac: noué.

Boulot: bureau, quel bureau?

Culture: actualité commémorative oblige, j’ai regardé beaucoup de documentaires cette semaines. Au milieu de ces commémorations de la libération des camps de concentration, est-ce qu’on a entendu les avertissements des survivants?

Avis perso: voir l’introduction. Le monde actuel est fou, il me fait peur, et ça va bien au delà du brexit.

Message perso: à tout à l’heure.

Loulous: triste jour pour L’Ado qui est à Londres. Il commence doucement à se faire à l’idée que ce sont ses derniers mois en Angleterre…GeekAdo est en plein parcoursup. Il sait ce qu’il veut, c’est déjà beaucoup par rapport à ses copains. Le problème c’est qu’il est têtu, il ne veut pas mettre d’autres choix pour assurer ses arrières. Je savais bien que ça allait finir par me stresser aussi, cette histoire…MangaGirl est inquiète pour une camarade de classe d’origine chinoise, ce n’est pas vraiment une copine, mais les gens sont tellement bêtes maman…si elle voit que personne ne s’assoit à côté d’elle, elle ira. Elle sait ce que c’est, d’être mise à l’écart à cause de ses origines, de subir la bêtise et les préjugés des autres. Pareil pour PrincesseChipie, qui a également un camarade d’origine asiatique dans sa classe. Je suis à la fois désolée que mes enfants « sachent ce que c’est » (c’est aussi pour ça qu’on est parti de Brexitland), et extrêmement fière d’elles. Je trouve ça aussi atterrant qu’on en arrive là, mais bon je ne reviens pas encore une fois sur mon intro et sur la connerie humaine. Wizzboy est loin de tout ça. Grand moment: il a fait un bisou à son amoureuse! Mais pas sur la bouche quand même, c’est beurk…

Divers: tiens, je devrais relire Desproges, ça me changeait les idées…

Amitié: merci de vos messages

Love: c’est lui qui a raison, il le dit tout le temps: les gens (pas nous, pas vous, les autres!) sont cons.

Penser à : rien. Fermement.

Courses: beurre, lait, farine, œufs…on va faire des crêpes. Wizzboy ne sait pas exactement pourquoi, mais la maîtresse a dit que c’est la fête des crêpes dimanche, je ne vais pas y couper. Il veut aider.

Sorties: dimanche sûrement

Envie de: pffff…

Pic: souvenirs, souvenirs…

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Thursday thunder: brexit assholes

Oui, je sais, je suis vulgaire. Et encore, je me retiens. Ça y est, c’est inéluctable. le brexit, le vrai est là….enfin le vrai, disons plutôt que le brexit débute à peine. Le 31 janvier à minuit (heure de Bruxelles, et toc!) le Royaume-Uni quitte les institutions européennes, mais doit toujours leurs obéir pendant la période de transition, jusqu’au 31 décembre donc. C’est comme de vous dire que jusqu’à présent vous étiez dans un club où vous étiez partie prenante dans les décisions et maintenant, par choix en plus, vous êtes relégués dans le placard à balais. Vous ne pouvez plus décider de rien ni profiter des avantages du club, mais vous devez quand même suivre les règles du jeu. On se demande bien pourquoi ces connards de brexiters crient victoire…et pourtant, ils sont extatiques.

Source cartoon de The Guardian

Dans un grand élan de réconciliation nationale (c’est Johson qui l’a dit), ils ont déjà commencé à narguer les remainers, qui représentent juste la moitié de la population. Le gouvernement à l’agonie financièrement, n’a pas hésité à dépenser des millions pour mettre en circulation de magnifiques pièces commémoratives pour cette date historique. Si. Un sombre député trépané a lancé une cagnotte pour faire sonner les cloches de Big Ben (ça a raté, mais bon), pour marquer je cite, la « libération ». D’ailleurs de grandes fêtes sont prévues pour demain soir…un instant je vais vomir. La libération?!? De quel droit ces immondes fachos osent-ils utiliser ce mot? La libération de quoi? Quitter, en dépit de son opinion publique, un projet de paix, d’amitié entre 28 pays qui ont choisi de vivre ensemble alors qu’au cours de leur histoire, ils se sont étripés, c’est une libération? S’enfoncer dans le fascisme, déchirer la charte européenne des droits de l’homme, flirter avec la dictature (Johnson veut « réformer » la loi électorale, et ainsi rester indéfiniment au pouvoir), c’est une libération? S’assoir sur les droit sociaux, faire crever une partie de sa population avec son Universal Credit (parce que c’est connu, les malades, les vieux et les pauvres ne sont rien que des parasites), c’est une libération? Mettre en place un racisme d’état, deporter ses propres citoyens parce qu’ils sont noirs (je ne reviens pas sur la Windrush Generation), menacer les gens du voyage, ficher plus de 3 millions de personnes en raison de leur origine ethnique, c’est une libération? Et qu’on ne me dise pas qu’ils ont le droit de quitter l’Union européenne…oui effectivement, mais il n’y avait pas besoin que ça se passe dans ces conditions. Il n’y avait pas besoin que ça tourne à la haine et au proto fascisme.

Ah, ces fucking assholes veulent comparer le brexit avec la chute du nazisme, vraiment? Mais très bien, allons-y! De quel droit osent-ils cracher sur les descendants des aviateurs polonais qui sont venus volontairement mourir en Angleterre pour la défendre? De quel droit osent-ils traumatiser les rescapés de la Shoah qui se sont réfugiés en Angleterre, il y a plus de 80 ans, en leur faisant revivre le même fichage qui a débuté leur martyr? De quel droit osent-ils traiter le parlement européen d’hitler (ce sont les mots de Johnson)? De quel droit osent-ils se comparer à tous ces hommes et ces femmes qui sont morts justement en luttant contre ce qu’ils mettent eux-même en place? Par quelle perversion sinistre, par quelle inversion cynique veulent-ils nous faire oublier que cette fois, ce sont bien eux les méchants de l’histoire? Mes grands-parents ont vécu la Liberation. Mon grand père s’est battu pour. Il s’est même retrouvé face aux légions de Klaus Barbie… et bien, à la libération, ça ne l’a pas empêché, au contraire même, de sauver la vie de ses prisonniers allemands que la foule voulait lyncher. C’est ça, la libération. C’est s’être battu contre la haine et tendre la main à son ennemi d’hier pour ne plus jamais revivre ça. C’est la volonté de vivre en paix, ensembles. C’est l’inverse absolu du brexit.

Je ne suis pas en colère, je suis folle de rage. Je pense très, très fort à mes amis en UK, européens, britanniques remainers et même pauvres illuminés qui gobent la propagande officielle et vont le payer cher, très cher. Encore une fois, les brexiters auraient pu choisir de quitter l’Union européenne autrement, sans détruire leur démocratie, leur cohésion sociale, les droits acquis, ou mettre en péril l’existence même de leur United Kingdom. Ils en ont décidé autrement, sans que Bruxelles n’y soit pour rien. Le 31 janvier, ce n’est pas la libération de la Grande-Bretagne, c’est le début de sa plongée dans l’abime.

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British passport dilemma

Je réagis à chaud à une conversation que j’ai en ce moment même avec une amie profondément anglophile mais qui vit en France, sur FB. J’ai posté un message parlant d’un monsieur de 95 ans, survivant de la Shoah et arrivé à 13 ans comme réfugié en Angleterre, qui doit aujourd’hui demander le settle status, avec toutes les réminiscences d’un autre fichage que cela peut provoquer chez lui. Cette amie me demande pourquoi, après plus de 80 ans en Angleterre, ce monsieur n’est pas devenu anglais. Je me rends compte que vu de France, la situation des européens en UK et cette histoire de naturalisation ne sont pas faciles à comprendre, même pour quelqu’un familier de la Grande Bretagne. Ce n’est pas si simple sur place, pour des raisons autant émotionnelles que pratiques.

Je ne suis pas avocate spécialisée, je n’ai aucune qualification en droit, mais malheureusement, le brexit a fait que j’ai dû m’intéresser aux droits des étrangers en UK de très près. Trop près même, parce que ce n’est pas beau à voir. On va parler uniquement des européens, c’est encore autre chose pour les autres. Les européens arrivés en UK avant 1973 et l’entrée du Royaume Uni dans l’Union ont reçu un ILR, soit un permis de séjour illimité. Ils sont donc installés tout à fait légalement, depuis plus de 40 ans. Beaucoup ont pu demander la naturalisation, après 3 ans, ou 5 ans, mais tous ne l’ont pas fait. Parce qu’ils n’en voyaient pas l’utilité, parce qu’ils pensaient peut-être repartir un jour, par manque de temps ou parce que leur pays d’origine ne leur permettait pas. Quand on vit à l’étranger, on a besoin de savoir qu’on peut retourner à tout moment dans son pays d’origine pour voir sa famille en cas de problème. Si on n’en a plus le passeport parce qu’on a dû l’abandonner pour prendre la nationalité de son pays d’accueil, on se retrouve à devoir demander un visa pour retourner dans son pays de naissance! Lorsque le Royaume-Uni est entré dans l’Union, les autorités ont dit à tous ces gens qu’ils n’avaient plus besoin de rien. On n’a pas renouvelé le tampon justifiant leur statut dans leur nouveau passeport par exemple, pas de problème vous êtes des européens en Europe maintenant! Sauf qu’on leur demande aujourd’hui de justifier de ce statut alors qu’ils n’ont plus de preuve (C’est arrivé à la Windrush Génération, ces britanniques originaires des Caraïbes qui ont été deportés vers des pays qu’ils ne connaissaient même pas).

Pour les européens arrivés après 1973, c’était beaucoup plus simple. Il n’y avait rien à faire, aucune démarche. Notre droit d’être là, c’était notre passeport européen. C’est facile, mais c’est aussi contraire aux directives européennes: passé un délai de 3 mois, un ressortissant européen doit justifier de son indépendance financière (salaires, pensions, retraites…) pour avoir le droit de s’installer dans un autre pays de l’Union. Le Royaume-Uni n’a jamais appliqué cette directive, et aujourd’hui, les brexiters justifient leur politique anti-européens par leur propre incapacité à appliquer la législation européenne, c’est un comble! Cela dit, on pouvait encore facilement demander la nationalité britannique. Il y a plusieurs années, j’ai failli le faire. Mais ça coutait £750 et je trouvais qu’on avait autre chose à faire avec cet argent. Surtout que ça ne servait strictement à rien. En tant qu’européen, on avait exactement les mêmes droits et devoirs que les britanniques, sauf la possibilité de voter aux élections législatives. C’est tout (on votait aux élections locales et européennes). On était légalement, socialement et culturellement considéré comme les britanniques….pourquoi se noyer sous des tonnes de formulaires, passer des tests et débourser des sommes folles, alors que ça ne nous servait à rien?

Et puis est arrivé l’hostile environment de Theresa May. Tout à coup, pour demander la nationalité britannique, dont le coût a augmenté, il a fallu passer par un nouveau document: le PR. J’ai déjà expliqué maintes fois l’imbécilité et la lourdeur des démarches pour avoir ce précis sésame. Beaucoup d’européens ont été refusés. On nous demandait rétroactivement tout un tas de justificatifs qui n’existaient pas. Comme beaucoup, je me suis retrouvée dans la situation ubuesque de remplir les conditions de la naturalisation, mais pas celles du PR devenu un préalable indispensable. Aujourd’hui, il faut passer par la case settle status, qui je le rappelle est une demande pas un enregistrement: le home office peut le refuser sans justification et sans qu’on puisse faire appel. Avoir un/e conjoint/e britannique ne change rien. Être marié/e à un/e britannique n’empêche aucunement d’être deporté/e. On doit ensuite passer un test de langue et un test de culture générale British auquel même les locaux n’arrivent à répondre. Tout ça est payant bien sûr. Il faut aussi payer pour la cérémonie où l’on doit prêter serment à la reine, c’est obligatoire. En tout, si on rajoute les frais de courriers (parce que plusieurs kilos en recommandé, ce n’est pas gratuit), les frais de traductions, les frais de transport (il n’y a pas de centre partout), on arrive à presque £2000 par personne, imaginez pour une famille! Alors oui, beaucoup n’ont pas demandé la naturalisation…par peur aussi de se voir refusé, pour ne pas renoncer à leur passeport d’origine pour ceux issus de pays qui ne reconnaissent pas la double nationalité, pour pouvoir continuer à voyager en Europe, par sentimentalité, peu importe. Parce que avoir un passeport britannique ne gomme ni l’accent étranger ni le lieu de naissance et qu’en Brexitland, ça n’empêche pas de se sentir considéré comme un citoyen de seconde zone, ça n’arrête pas les insultes xénophobes.

Je comprend que cela interroge, vu de France, mais non, ce n’est pas simple. La charge émotionnelle est peut être un frein encore pire que le prix et les tracas administratifs. Pour beaucoup d’européens en UK aujourd’hui, qui se croyaient chez eux et parfaitement intégrés, devoir demander la naturalisation non par choix, mais par peur, sous la contrainte, c’est une démarche extrêmement difficile à vivre. Quand c’est possible. Ça ne l’était pas pour moi, je suis partie. Comme plus de 150 000 européens qui se sont sentis rejetés par un pays qu’ils aimaient profondément même si ils n’en avaient pas le passeport.

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Deux ans d’école en France

Il y a deux ans, les enfants faisaient leurs premiers pas à l’école en France. Je reviens sur leurs premières impressions et ce que ça donne aujourd’hui. Comme on ne recule devant aucun sacrifice, on avait testé du lycée à la maternelle, en passant par le collège et le primaire. GeekAdo s’était retrouvé à sauter une classe et Wizzboy était descendu d’un cran comme le système anglais ne fonctionne pas par année calendaire mais scolaire. GeekAdo était le plus vieux de sa classe, il est devenu momentanément le plus jeune et c’était l’inverse pour Wizzboy. Mais vu qu’il refusait absolument de speak la France, ce n’était pas plus mal.

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Alors donc, pour le premier jour, MangaGirl était stressée mais c’est parce que pour la première fois, elle avait dû choisir une tenue pour l’école. PrincesseChipie était impatiente et Wizzboy hurlait. C’est à dire qu’il était cramponné à moi en pleurant et criant à pleins poumons qu’il refusait d’aller à la French school et de speak la France. J’étais très sereine. En tout cas, je n’ai pas mordue son instit, je suis d’un self control admirable. Mon bébéééé. Le soir même, on a récupéré un petit garçon ravi qui a bien joué. Il s’était même fait des friends. Et ils s’appellent comment tes nouveaux friends? I don’t know, but they are humans. Me voilà rassurée. Il n’y a pas de martien dans son école. Depuis, Wizzboy speak tellement bien la france qu’il refuse de parler anglais. Il est maintenant en CP, ce qui est normal pour son âge, il adore lire en français, il a des tas de copains et une amoureuse, et un début d’accent chti…bref tout va très bien et son instit n’aurait jamais su qu’il venait d’ailleurs si elle n’avait pas eu son dossier.

PrincesseChipie avait aussi passé une très bonne première journée. Elle s’était faite remarquer dès le départ en math, en étant la seule à savoir répondre, mais elle ne comprenait pas pourquoi on lui donnait les mêmes exercices que le reste de la classe. Même qu’il y a une fille qui était la meilleure de la classe….elle lui a laissé 3 semaines, en toute modestie, pour la dépasser. Ce qu’elle a fait, en s’adaptant à toute vitesse. Ça c’est confirmé par la suite. Elle a écrasé la concurrence, elle caracole en tête même en français, elle s’éclate au collège où elle est rentrée en septembre. Elle a dompté ses profs, à tel point qu’ils sont persuadés de tenir un génie et veulent lui faire sauter une classe (on est plus que réticent). Bref, le changement de pays n’a absolument pas perturber sa scolarité ni entamer son enthousiasme. Tout va bien pour PrincesseChipie, qui est en option anglais, où elle s’amuse beaucoup.

On a eu plus de mal le premier jour avec MangaGirl , mais juste parce qu’elle s’était perdue dans les couloirs. C’est tout. Sinon, elle s’était éclatée, notamment en cours d’anglais. Elle en pleurait de rire en nous racontant. Et tu as un super accent en fait Maman. Elle avait aussi infligé sans le vouloir un grand moment de solitude à la prof de français. Visiblement, la pauvre femme était paniquée à l’idée de communiquer avec MangaGirl . Elle a demandé si quelqu’un parlait bien anglais dans la classe parce qu’elle ne savait pas. MangaGirl a donc naturellement levé la main:

-euh, moi….je parle anglais…

-comment?!? Mais tu parles français?

-euh, oui…je suis française…

Mais passé ce premier enthousiasme, les débuts de MangaGirl ont été laborieux, surtout en cours de français, même si l’organisation du collège à française lui a beaucoup plu. Elle s’y est sentie bien plus à l’aise qu’en secondary school anglaise. Deux ans plus tard, elle a trouvé sa voie, elle est en option anglais bien sûr, mais aussi arts. Elle se sent bien au milieu de sa petite bande de copains et copines qui se prennent pour des artistes. Elle galère toujours énormément en dictée, mais pour le reste, elle a des résultats équivalents à ce qu’elle avait en Angleterre, la bonne humeur en plus.

Les premiers temps ont été plus difficiles pour GeekAdo, pas vraiment académiquement mais organisationnellement. Il aime que tout soit carré, structuré, que tout file droit et là, et au départ, c’était un peu la pagaille au niveau des options et de l’emploi du temps. Ça le mettait dans un état de nerfs pas possible, on aurait dit sa mère. GeekAdo est maladivement maniaque. Si il y a le moindre grain de sable dans son organisation, ça ne va plus. Sinon, il trouvait les maths difficiles, les sciences trop faciles (ce n’est pas pour faire son malin), le français vraiment pas aussi dur qu’il le pensait, et l’anglais très, mais alors très comique…Finalement, le rectorat refusant d’inscrire GeekAdo au bac de français quand on est arrivé (apparement, c’était trop tard), il a choisi de reprendre le cours normal de sa scolarité (puisqu’il avait sauté une classe en arrivant), et donc, il a fait un an et demi en première. Ça l’a beaucoup aidé. Les six premiers mois lui ont permis de trouver ses marques et de s’adapter au système français, et il a attaqué ensuite une première « normale », avec d’excellents résultats au bac de français. Il est aujourd’hui en terminale, et se prépare à la suite, comme il l’aurait fait en restant en Angleterre. Il a toujours un français que son prof de philo qualifie de très personnel, mais correct. Il s’éclate en math et en physiques, il s’ennuie ferme en anglais (surtout qu’il est en option anglais lui aussi). Il s’en sort très bien, il a des potes, des projets, bref c’est un gamin complètement équilibré en plus d’être bilingue. Il a même un avantage énorme par rapport à ses copains (et leurs parents) totalement paniqués par parcoursup…ça ressemble vraiment beaucoup au système anglais auquel il s’était déjà préparé, ça ne l’inquiète donc pas plus que ça. On en reparlera au printemps…je sens que je vais bien stressée, tout comme je l’avais fait en Angleterre quand L’Ado y est passé, ce n’est donc pas une question de pays. GeekAdo est aussi ravi de savoir qu’il pourra partir en erasmus, ce qui ne sera plus le cas pour ses copains anglais.

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Sunny Monday 2020 #4

Dernier lundi en blanc pour le défi de Bernie, et je ne suis pas mécontente que ce mois de janvier si long se termine. Pour fêter ça et me mettre de bonne humeur, je vous propose un animal de la ferme. Ceux qui me connaissent savent pas passion pour les vaches, mais pas que. J’ai un côté Marie-Antoinette-avec-là-tête totalement assumé, et je rêve d’avoir une mini ferme toute belle et toute propre dans le jardin, avec des animaux bien peignés et potty trained. Maricheri me soutient depuis des années que ça ne va pas être possible, alors pour être gentil, il prend plein de photos de jolis animaux, juste pour moi. Il n’a pas tort cela dit, le mouton sur la photo est moyennement blanc, je doute qu’il soit tout propre. Mais il reste dans le thème!

Bonne semaine à tous!

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La phrase de la semaine #48

J’ai un peu délaissé cette rubrique ces derniers temps, mais j’ai entendu une bride de conversation cette semaine qui m’a fait m’arrêter net dans la rue. J’ai fait semblant de me captiver pour la vitrine d’une agence immobilière (alors que vraiment, j’ai donné…) pour suivre discrètement le dialogue de deux types qui avaient l’air tout à fait innocent. Je voulais être sûre d’avoir bien compris, mais oui, pas de doute. Celui qui m’a fait tendre l’oreille avait bien une voiture, et la conduisait déjà. J’ai eu raison de m’arrêter en entendant ça:

Donc ce brave monsieur, d’une trentaine d’année à en juger par son reflet dans la vitrine (je n’ai pas osé me retourner), conduit sans permis, mais il n’est pas inconscient pour autant puisqu’il compte le passer prochainement. Nous voilà rassurer. Ou pas. Ça m’a fait penser à un incident quand j’étais étudiante. Je sortais de l’auto école où j’étudiais le code, en centre ville, pas dans une zone mal famée, et un des autres jeunes en formation m’avait proposé de me ramener. En voiture. Euh…comment dirais-je…tu as une voiture, toi? Non, je peux pas payer l’essence. Quand elle est à sec, j’en vole une autre. Ah…bon, ben, merci mais j’habite pas loin, je vais rentrer à pied. Youpidoo.

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