Le principe de cette rubrique, c’est de collectionner des bribes de conversation entendues par hasard dans la rue, à l’école, chez les commerçants et qui m’inspirent, m’émeuvent ou m’amusent. Cette semaine, j’ai croisé (en allant à la pâtisserie, mais ça n’est pas le sujet) une dame dans la rue, qui s’énervait toute seule au téléphone. J’étais pressée, je n’ai fait que passer mais j’ai eu le temps d’entendre cette réflexion d’une logique implacable:
Exactement! Et d’un coup, sans m’arrêter, je me suis sentie solidaire de cette pauvre dame que je n’ai même pas vraiment vue. C’est vrai ça, quel abruti au téléphone ne comprend pas que si elle est pas dedans, c’est qu’elle est dehors? Ça m’a fait sourire, et voilà c’est exactement pour ça que j’aime bien collectionner les bouts de conversations…j’étais de très bonne humeur quand ça m’a inquiété d’un coup: pour m’enthousiasmer d’un rien comme celui-là, est-ce qu’au fond de moi (tout au fond) je n’aimerais pas un peu (un tout petit peu) les gens?
On va parler de Capucine, alias the grumpiest cat in the universe (trademark). Capucine est arrivée toute petite dans nos vies. il y a presque 15 ans…enfin non, Capucine esr arrivée dans la vie de L’Adulte. C’est simple, on est allé chercher un des autres chatons de sa portée, mais ça a été un véritable coup de foudre entre L’Adulte (qui était même pas L’Ado, c’est dire si il était jeune) et la bestiole. Et la chose a débarqué chez nous, c’est à dire chez elle.
Du temps où Capucine refusait de lâcher L’Adulte
Capucine et L’Adulte ont été inséparables pendant des années. Elle vivait exclusivement dans sa chambre (on se comprend, c’était évidemment la chambre du chat, et elle tolérait la présence de son humain, c’est tout), refusant toute communication avec le reste de la maison. Il était le seul à habilité à la caresser, à la nourrir et à répondre à ses moindre caprices, Les deux, le chat et L’Adulte, ont grandi ensembles, ils avaient les mêmes heures, la même passion pour le bordel dans leur chambre, et pratiquement la même vie, à une souris près. Et puis, L’Adulte est devenu étudiant, sans même avoir pensé à demander la permission à son chat. Capucine a dû se faire à l’idée que son humain référent n’était plus à sa disposition de façon permanente. Depuis, il n’arrête pas de disparaître, pendant très longtemps, il revient de manière intempestive, parfois pour un week end, parfois pour des semaines, voir des mois. Capucine s’est décidé, en désespoir de cause, à s’intéresser vaguement aux autres humains de la maison. Elle a bien remarqué qu’ils essaient de se rendre utiles en remplissant sa gamelle. Finalement, elle peut peut-être en tirer quelque chose, puisque L’Adulte l’a laissée lâchement tomber. Elle a une petite préférence pour Mangagirl, même si elle ne vit pas en osmose avec elle comme elle le faisait avec L’Adulte.
Seulement, voilà, le déserteur revient donc, de temps en temps. Dès qu’il arrive, il se jette sur ce qu’il croit être toujours son chat en ignorant totalement le reste de la famille (sale bête et je ne parle pas de Capucine). alors qu’elle le méprise. Totalement. Attention, clairement, elle voit plus ou moins qui c’est, puisqu’elle ne le fuit pas et prend sur elle, au prix d’efforts extrêmement visibles, de ne pas le griffer, mais c’est quoi cet humain qui ose la déranger? Il se prend pour qui, à lui manquer de respect comme ça, avec ses câlins? C’est carrément du harcèlement, tiens! Elle veut bien qu’il lui donne à manger, mais quand il l’attrape de force pour faire un câlin, ça la contrarie vivement et elle ne se gêne pas pour le montrer.
Là par exemple, la charmante bestiole vient de s’installer, après m’avoir engueulée avec son air aimable d’oursin enragé, sur mes genoux, en regardant droit dans les yeux L’Adulte, tout triste qui essayait de l’attirer depuis 10 minutes. Capucine est sans pitié. Et L’Adulte regrette de ne pas l’avoir amenée dans ses pérégrinations. Nous aussi, on regrette, ça nous aurait fait des vacances. Sale bête, et je ne parle pas de L’Adulte cette fois.
Cette semaine, Maricheri a dû aller à Londres, et ça ne nous a pas fait rire.
Marcel a décidé d’hiberner pour protester contre la météo, il a bien raison.
Les poules ont joué dans les branches…il a fallu élaguer plusieurs arbres. Elles se sont courageusement réfugiées dans le poulailler pour fuir la tronçonneuse, mais elles sont venues inspecter la chose dès que les ouvriers sont partis. Ça ne saute pas aux yeux, mais elles sont derriere le tas.
Vu le thème choisi par Ma’ cette semaine, j’étais obligée d’aller voir dans les archives de Maricheri pour ressortir une photo anglaise. Ce n’est pas qu’il fasse très chaud dans le Pas de Calais où on est maintenant, mais on s’est quand même bien gelé pendant 11 ans en Angleterre (et on a bien pris l’humidité avant pendant 10 ans en Irlande…je rappelle que j’aime le soleil et la chaleur, j’attends toujours qu’on s’installe en Espagne…). Je me suis même souvenue d’une photo que j’avais mise, déjà pour un projet 52 de Ma’, pour illustrer le thème « couleur froide ». En fait, Maricheri avait fait toute une série qui va vraiment très bien avec le thème d’aujourd’hui. Il s’agit de l’estuaire de la Colne, dans l’Essex c’est à dire où on vivait exactement, un après midi d’hiver, vers 15 heures. Je précise qu’il n’y a aucun filtre ni bidouillage. Rien qu’à regarder la photo, j’ai encore froid!
Le vendredi c’est états d’esprit, imaginés par ma copine Zenopia.
Fatigue: oscillante. C’est pas malin.
Condition physique: alors attention, à cet instant précis, il ne pleut pas et il fait un chouïa moins froid qu’en début de semaine. C’est à dire que je suis toujours gelée, pendant que mes enfants trouvent qu’il fait carrément meilleur…bande d’anglais tiens.
Humeur: bof
Esprit: de tout cœur avec mon humeur.
Estomac: ça va toujours, tant qu’il y a du café.
Culture: et c’est reparti dans les méandres de Gallica (le site de recherches de la BNF)…on pourrait penser que c’est une allusion aux merveilleuses découvertes historiques qu’on peut y faire par hasard, mais le site est tellement mal conçu que c’est plutôt mon sens de l’orientation numérique qui se cultive.
Boulot: ça avance très moyennement tout ça…voir rubrique au dessus. Rhaaa.
Avis perso: sérieusement, le type qui a pondu ce site ne peut être qu’un dangereux psychopathe.
Message perso: bon courage!
Loulous: L’Adulte vient nous voir la semaine prochaine, youpidoo. GeekAdo commence à prendre ses marques en eramus, c’est à dire qu’il sort beaucoup avec ses collocs, cool tu vois, quoi. Mangagirl songe à se convertir au vaudou, uniquement pour se venger de celui qui a pondu parcoursup, c’est dire si elle est guillerette. Princessechipie se remet du brevet blanc, elle a a-do-ré. Ah. Wizzboy est outré, la malheureuse surveillante qui s’est retrouvé bombarder arbitre de foot par la force des choses et celle d’un troupeau d’élèves excités ne connaît même pas les règles! Et après, on s’étonne si les CM2 les battent 41 à 17. Bon, heureusement, à la récré suivante, ils ont demandé à une autre surveillante d’arbitrer. Elle ne s’y connaît pas plus que la première, mais c’est pas grave puisqu’ils se sont vengés en explosant ces sales tricheurs de CM2, 34 à 8.
Divers: il va falloir que je pense à me renseigner, elles ont l’air longues, ces récrés, non?
Amitié: juste xoxo
Love: scrute les préavis de grèves comme beaucoup de gens, certes, mais plutôt ceux déposés de l’autre côté de la Manche. Bref, il n’a aucune envie d’aller à Londres la semaine prochaine.
Penser à: passer à la pâtisserie, pour une commande spéciale.
Envie de: passé à la pâtisserie pour une commande spéciale…non, je ne bégaie pas.
Pic: je ne suis pas jalouse des chats, pas du tout…en plus Capucine ne peut pas dormir tranquille sans qu’on la dérange, mais elle se vengera, c’est très net.
Il y a des gens merveilleux qui prennent la peine de me lire régulièrement (vous avez toute ma reconnaissance éternelle. Et mon admiration aussi, vu que je me tape moi même sur les nerfs la plupart du temps). A force, ces personnes adorables finissent par connaître mes lubies et paf, elles m’envoient des articles qui les ont fait penser à moi et mes colères du jeudi. C’est très gentil, je suis toute émue. Je vais évidemment me faire un plaisir de piquer une crise (et si d’autres ont des liens à m’envoyer, n’hésitez pas, j’adore m’énerver toute seule faire œuvre de pédagogie comme ça). Il s’agit encore une fois d’un article de Madame Figaro qui se spécialise dans la régurgitation paresseuse de clichés qui ont le don de m’exaspérer (ils avaient fait une série sur les femmes expats que j’avais adorée. Ou pas). Le titre de la chose est tout choupinou, je cite: « les familles nombreuses représentent pour moi un conte de fée » . Non, mais wtf?!?
L’article, enfin, si on peut qualifier d’article cette lénifiante interview publicitaire d’une starlette quelconque qui vomit péniblement le texte pondu par le service communication de la boîte qui paie l’utilisation de son nom et de sa notoriété éphémère, pour vendre des cosmétiques, des sous vêtements ou des laxatifs, je ne sais plus, à un public d’apprenties poufiasses facilement impressionnables, l’article donc (vous voyez que je peux être gentille: ça fait deux fois que je qualifie d’article cette bouillie marketing indigeste) ne traite absolument pas des familles nombreuses. Ah. L’interviewée balance juste la phrase qui sert de titre tout à la fin de ce chef d’œuvre journalistique. C’est tout. Vous allez me dire, c’est déjà ça, si elle s’était répandue davantage sur les familles nombreuses, vu la qualité de l’entretien au dessus de cette conclusion qui tombe complètement par hasard (en même temps, quand le seul propos d’un interviewé est : »achetez mes produits », j’imagine bien que c’est difficile de tourner ça en article phare du journalisme d’investigation), je me serais encore plus énervée. D’accord, mais quel génie éditorial a pensé que c’était une bonne idée de titre, surtout que ça n’a rien à voir avec le sujet? Balancer un cliché bien niais sur les familles nombreuses, ça fait vendre? Vraiment?
Ça veut dire quoi « les familles nombreuses »? On est toutes pareilles, telle une masse indéfinissable d’utérus sur pattes parce qu’on a pondu plus de 3 fois, c’est ça? Et pourquoi un conte de fée? Certes, je devrais être contente pour une fois qu’on ne nous accuse pas de courir après les allocs, de ruiner la planète ou de juste narguer volontairement et par pure méchanceté celles qui ne peuvent pas avoir d’enfant (ou ne veulent pas, mais ce genre de détail ne rentre pas dans la logique des donneurs de leçon professionnels). Mais je trouve ça extrêmement condescendant. Une famille nombreuse, ce n’est pas un coucher de soleil à Venise ou un bébé panda qui fait des bulles. On n’est pas mignon, on n’est pas tout chou et on n’est pas là pour servir de « conte de fée » à une décérébrée qui ne sait pas quoi dire. On est des gens comme les autres, des familles normales, juste avec un peu plus d’enfants que la moyenne. Ça ne fait pas de nous des curiosités. On ne se donne pas en spectacle pour faire plaisir aux fans de la petite maison dans la prairie ou autres niaiseries du même acabit, dont les fantasmes de familles nombreuses sont aussi navrants que déconnectés de la réalité.
Je sais bien que la pauvre journaliste qui a péniblement essayé de rendre un tant soit peu lisible cet exercice publicitaire imposé n’y est pour rien. Mais vraiment, Madame Figaro (ou Figaro Madame, je ne sais jamais), ça serait sympa de nous lâcher un peu, vu que ce n’est pas la première fois que vous vous en prenez avec autant de subtilité aux familles nombreuses. Tenez, pour rester dans l’argument économique qui a l’air de vous servir de ligne éditoriale: une famille nombreuse, par définition, ça veut dire plusieurs enfants, donc plusieurs futurs abonnés potentiels. C’est ballot de les insulter dès le plus jeune âge, ça risque d’impacter négativement sur votre circulation future, quand ils seront adultes et vous éviteront comme la peste en souvenir des clichés imbéciles que vous aurez publiés sur leur famille pendant leur enfance. Alors, si vous ne le faites pas pour nous, pensez au moins à votre avenir, et allez trouver vos contes de fées ailleurs, merci
Voilà que mes manies sont contagieuses, en tout cas celle de glaner des petites phrases, des bouts d’échange, des réflexions autour de moi, puisque cette semaine, c’est Mangagirll tout contente de participer, qui a ramené la phrase du mercredi du lycée. Il faut dire aussi que la prof de philo a fait très fort avec ça:
On sent tout l’épuisement professionnel de cette pauvre femme qui s’est lâché après deux heures de cours avec un troupeau d’ados pas forcément très réceptifs. D’après Mangagirl, cette sortie désabusée a au moins eu le mérite de réveiller quelques élèves, c’est déjà ça. D’autres commencent à s’inquiéter pour la santé mentale de la prof, dont ils se soucient très peu certes, mais bon, il y a quand même un bac à préparer et ce genre de citation risque de ne pas passer. En tout cas, Mangagirl a bien ri.
Il y a longtemps que je n’avais pas fait de mardi tourisme et comme une charmante lectrice m’a demandé des conseils pour visiter notre ancien coin d’Angleterre, je me suis penchée sur mes souvenirs. Ça m’a permis de ressortir un très vieux billet sur Kentwell hall et comme depuis, je maîtrise un peu mieux la technologie, je me suis dit que ce serait une bonne idée de le reprendre, avec de nouvelles photos. Voici donc Kentwell Hall qui techniquement n’était pas dans notre comté. C’est dans le Suffolk, mais c’est uniquement parce qu’il fait du mauvais esprit. Franchement, c’est juste à la limite de l’Essex. Je ne reviens pas sur l’histoire captivante des Tudors, (c’est là) mais bien sur, Kentwell Hall est un manoir Tudor qui a accueilli les galipettes de ce petit coquin de Henry VIII, comme tout manoir Tudor qui se respecte. Ce roi passait son temps en voyages d’agrément, entre deux décapitations divorces à l’amiable.
Le site de Kentwell existe depuis bien plus longtemps. Il est mentionné dans le Domesday book, l’espèce d’annuaire commandé par Guillaume le conquérant principalement pour surveiller les rentrées fiscales. On y apprend que le premier seigneur local était un certain Frodo de Kentewell et qu’il devait payer pas moins de 4 livres d’impôt par an à Guillaume. Apparemment, c’était une somme importante. Voilà. Le manoir est toujours habité, et j’ai comme l’impression que les habitants payent un chouïa plus que £4 rien qu’en impôts locaux (ils sont calculés par rapport à la taille de la maison, pas par rapport au revenu).
On peut visiter une partie du manoir, on commence par la cuisine très moyen âge, avec une grande cheminée et une énorme broche mais pas l’eau courante, faut pas rigoler. Quelle idée de vouloir un minimum d’hygiène aussi, c’est bien des histoires de chochottes du 21 eme siècle ça! On passe ensuite à la salle à manger et au salon Tudor, puis à la bibliothèque et à la salle de billiard victoriennes. J’aime beaucoup voir l’évolution du manoir au fil des siècles. A l’étage, quelques chambres sont aussi ouvertes au public, les propriétaires ont eu l’idée audacieuse de disposer des mannequins déguisés dans l’escalier. PrincesseChipie, qui courait devant, a eu la trouille de sa vie en se trouvant nez à nez avec un seigneur Tudor en pourpoint, l’épée brandie en avant. Elle s’est vite remise de ses émotions: « pourquoi le monsieur il a des collants et une couche? ».
On peut aussi se promener dans les jardins et le walled garden, le jardin clos. On trouve un walled garden dans presque tous les châteaux et manoirs anglais. Il est généralement plein sud, et protégé de haut murs de briquettes qui gardent la chaleur du soleil. C’est dans le walled garden qu’on faisait pousser les légumes, les plantes médicinales, et plus tard les fleurs. Mais ce qui m’a le plus intéressé, a Kentwell, c’est que les tudors ont conservé tous les bâtiments annexes médiévaux, les granges, les forges, les fours à pain et même l’atelier du brasseur.
Bref, Kentwell hall est charmant, avec un peu de chance, vous pouvez même y voir une reconstitution en costume, un Noël victorien (pendant les vacances de Noël, forcément) ou même une pièce de Shakespeare en plein air. Le seul léger point négatif, c’est la boue. Il y a plein de petits sentiers adorables, du manoir à la ferme, de la ferme au walled garden, du walled garden à une petite tour dans le parc…mais pourquoi, même quand il n’a pas plu depuis des jours est-ce toujours gorgé d’eau?
Cette semaine, Wizzboy a encore mangé de la galette, ni à la maison ni à la cantine, mais carrément en classe. Il était très content, même si il n’a toujours pas eu la fève.
On a fêté le nouvel an chinois jusque dans notre village, à la boucherie et cette fois, c’est Maricheri qui était très content.
Mais ce qui a le plus marqué notre semaine, c’est forcément le départ de GeekAdo pour 5 mois en erasmus. J’étais évidemment calme et sereine, mais je n’ai pas pensé à faire de photo. Par contre, on sait où il est!
Pour le thème choisi par Ma’ cette semaine, j’ai laissé Maricheri choisir tout seul. Il s’est décidé pour Londres sous la neige, et plus précisément le Botero sur exchange square, avec la gare de Liverpool Street sur le côté. On voit bien que c’est l’hiver mais ça ne perturbe absolument pas cette superbe statue qui se prélasse, assez dévêtue, insensible au froid pendant que les rares personnes qui se risquent dehors sont toutes emmitouflées et grelottantes.