Sunny Monday #46

Après Penny la semaine dernière pour illustrer la couleur noire choisie ce mois-ci par Bernie, je continue dans le personnel avec un petit bout de notre porte d’entrée, volontairement mal cadrée pour caser la cloche dont j’aime beaucoup aussi. Comme on a restauré toute la maison, on a évidemment consciencieusement lavé, poncé, repeint, ciré cette porte, persuadés qu’il s’agissait de celle d’origine. Et puis, on a appris que la maison était plus vieille qu’on le croyait. La porte nous a soudain paru très moderne pour l’âge de la maison. Effectivement, la porte d’origine a été mitraillée et défoncée un matin de janvier 1944 par la gestapo venue (mais trop tard) chercher le docteur résistant qui vivait ici. Non seulement il avait fui quelques heures plus tôt, mais il a survécu et fait par écrit, lorsqu’il est revenu après guerre, l’éventaire détaillé des dégradations subies par sa maison, (à commencer par la réduction en miettes de sa porte) et des réparations qu’il a entreprises. Il s’agit donc d’une « nouvelle » porte qu’il a fait installer fin 1944. On en est quand même très content.

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Projet 52: pluie

Pour le thème choisi cette semaine par Ma’, il fallait que j’aille dans les archives. Pour nous la pluie, ça évoque forcément nos 10 ans en Irlande. On y est arrivé en octobre, il tombait des trombes d’eau torrentielles à faire passer la saison des pluies mexicaine pour du pipi de chat. Ça ne s’est plus arrêté pendant 6 mois. Bref, j’ai fouillé dans nos photos irlandaises, mais c’est encore Marichéri qui a fini par choisir. On ne voit pas la pluie, mais on la devine à nos capuches. On n’allait pas se laisser abattre par un peu d’humidité, on est quand même allé visiter Kells sous le déluge, nos petits Anglo irlandais n’ont pas été perturbés plus que ça. Je précise évidemment que c’était en plein été.

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Friday feelings #292

Je suis plus ou moins dans les temps pour les états d’esprit (imaginés par ma copine Zenopia)

Fatigue: nerveuse, très nerveuse.

Condition physique: affligée. Si, si, c’est une condition physique, en tout cas, je le ressens physiquement.

Humeur: si je dis guillerette, ça ne fait pas crédible du tout, non? Ben, c’est normal!

Esprit: j’avais promis d’arrêter de faire « bouh! » après halloween mais finalement, c’est encore à propos.

Estomac: heureusement qu’il y a toujours du café, vive le café!

Culture: Wizzboy apprend la géographie grâce au foot, ça compte?

Boulot: j’ai passé trois jours à essayer de me dépatouiller sur le site de la BNF en général et dans leurs archives presse en particulier…c’est pas possible, qui a fait ça? Que le dangereux malade qui a pondu un système de recherches aussi peu pratique se dénonce de suite, que je le morde! Ça m’a très légèrement contrariée. Ou alors, c’est peut être que j’étais déjà énervée et à cours de patience? Nooon, ça ne peut pas être ça…

Message perso: attention, ça va être long. C’est pour tous ceux qui me reprochent de me mêler de ce qui ne me regarde pas quand je parle des élections américaines. Je vais leur expliquer pourquoi ça me touche de près, en faisant comme eux, c’est à dire en ne voyant pas plus loin que mon petit intérêt personnel. C’est très simple, mais il faut quand même que j’en passe par un peu de macro politique: Boris Johnson, premier ministre britannique, a été très clair sur le sujet. En cas de réélection de Trump, il claque la porte de l’Union européenne sans accord, c’est le brexit dur. Pourquoi? Parce que Trump lui a promis un accord commercial qui lui assure de ne pas couler complètement. Si Trump ne passe pas, pas d’accord (les démocrates y sont farouchement opposés, et l’ont dit haut et fort, car le Brexit remet en cause les accords de paix Nord Irlandais). Johnson se retrouve sans allié, sans débouché économique, sans rien. Il sera obligé de négocier vraiment avec Bruxelles, c’est d’ailleurs pour ça qu’il fait traîner les choses en attendant les résultats américains. Ça ne veut pas forcément dire qu’on échapperait à un brexit dur, loin de là, mais ça change considérablement la position de Londres, prête alors à de mini accords sur des points précis notamment pour régler plusieurs problèmes pratiques (encore une fois, ce sont eux qui le disent, je n’invente rien). En quoi ça me concerne alors qu’on ne vit plus en UK? Alors déjà, on y a beaucoup d’amis, dont certains (je pense à Tata F., qui se reconnaîtra) qu’on considère comme de la famille. Mais aussi parce que le boulot de Marichéri est toujours à Londres, et un brexit dur (sans les assouplissements des mini accords) aurait des conséquences notamment administratives, sur notre vie. Sinon, l’état du monde dans lequel grandissent mes enfants, ça me touche aussi beaucoup…

Avis perso: voir au-dessus.

Loulous: L’Ado découvre les joies des cours à distance en France et la nullité informatique des profs de fac qui ne sont pas fichus d’allumer leur micro. Ça l’a surpris. Il ne dit pas que tous les universitaires britanniques sont plus modernes que tous leurs collègues français, juste que ses profs à UCL étaient plus dégourdis informatiquement parlant, que ses profs à La Sorbonne. Après, il est en langues, pas en sciences…GeekAdo a d’ailleurs plus de chance, ça se passe relativement bien. Sauf que Marcel a décidé de l’aider et de participer à ses cours en ligne (il est déjà mondialement connu, au moins, après avoir squatté plusieurs fois la caméra et le micro de Marichéri, toujours pour aider bien sûr). Bref, la moitié des camarades de GeekAdo ont eu les tympans détruits par les miaulements stridents du chat qui protestait de se faire éjecter. MangaGirl ne décolère pas. Elle exige que les lycées soient confinés aussi, pour de simples raisons de paresse, d’équité avec ses frères, de prudence. Ahaha. PrincesseChipie devient de plus en plus une locale. Il gèle le matin. Je suis emmitouflée sous trois pulls, un gros manteau, et je grelotte. Elle se balade pratiquement en bermuda. Ça me dépasse. Wizzboy a bien compris qu’il ne faut pas échanger son masque à la récré avec les copains. De toute façon, c’est lui qui a les masques les plus cools, il va pas se faire avoir et se laisser refiler un masque trop nul. Je suis rassurée. Un peu.

Divers: clairement. Je veux dire qu’il fait froid, ça sent l’hiver.

Amitiés: toujours virtuelles pour l’instant.

Love: il est persuadé que Marcel fait exprès de faire son intéressant, en sniffant la caméra pour apparaître en gros plan, en passant et repassant, queue en l’air derrière lui, en se vautrant, tête en bas au dessus de l’écran…

Penser à : bien fermer la porte du bureau quand Marichéri est en appel.

Courses: après la folie pré confinement, le village a retrouvé son calme. Comme dit la buraliste, alias la dealeuse de cartes panini de Wizzboy, c’est encore ces c*ns qui travaillent en ville et qu’on voient jamais d’habitude qui sont venus nous faire ch*er. Elle n’a pas tout à fait tort.

Envie de: une vie de chat, ça a l’air sympathique.

Pic: la preuve

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Throwback Thursday thunder: USA 2016

Au cas où je n’aurais pas été claire hier, voilà ce que j’ai écris au lendemain de l’election américaine de 2016. Je le pense toujours et même plus. Ce matin là, pour la première fois en réveillant GeekAdo je ne lui ai pas dit bonjour. Je lui ai dit : je suis désolée. Je vous rassure, j’ai dit bonjour après. Mais je suis désolée du monde dans lequel mes enfants grandissent. Je suis désolée parce que c’est ma faute. C’est la faute de tous les adultes qui foutent en l’air l’avenir de leurs enfants sans même s’en rendre compte. Qu’est-ce qu’on a fait pour en arriver là, qu’est-ce qu’on a raté? Quand je vois ma colère face à la génération au-dessus, celle des baby boomers, j’imagine combien mes enfants nous en voudront de n’avoir pas su protéger leurs libertés. Parce que c’est ma faute, ok, mais la majorité des retraités, vous avez fait très fort! Que ce soit en Angleterre avec le brexit ou aux US, vous êtes phénoménaux de racisme, d’aveuglement sectaire et d’imbécillité totale. Les britanniques de moins de 45 ans ont voté pour l’Europe. Ce sont les plus de 45 ans qui ont voté brexit. J’ai vu passer une infographie très intéressante. En tenant compte de la répartition des votes par tranches d’âge, si on enlève les électeurs décédés depuis le 23 juin et si on rajoute ceux qui ont eu 18 ans, le résultat du référendum serait exactement inversé. Qu’est-ce ce qui autorisent les adultes à foutre en l’air sans réfléchir l’avenir de leurs enfants et petits-enfants, ou du moins à laisser faire sans réagir?


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Il paraît qu’aux États Unis, l’élection de Trump était un vote de protestation contre les élites. WTF?!? Un milliardaire, ce n’est pas l’élite? Et puis, ça va pas mieux, on ne vote pas pour « leur » montrer qu’on n’est pas content…C’est sûr, en Angleterre, vous avez bien montré votre colère, et on en voit déjà les résultats, mais montrer à qui? Sérieusement, qui s’en prend déjà plein la tête à cause du brexit? Qui voit son pouvoir d’achat fondre à cause de l’effondrement de la livre sterling? Qui a peur de perdre son boulot parce que les entreprises ferment ou déménagent? Qui a du mal à faire ses courses parce que les prix dans les supermarchés flambent déjà? Qui voit les allocations et les retraites diminuer? Vous croyez que c’est David Cameron? Que ce sera Hilary Clinton aux US? Ou vous bande de décérébrés qui vous tirez une balle dans le pied en criant victoire? Je suis atterrée. Les cons prennent le pouvoir partout. Ils détruisent allègrement toutes les valeurs auxquelles je crois, je ne sais plus où j’en suis. Surtout que je deviens égoïste aussi, comme eux, égoïste et méchante. Je me contrefiche des messages larmoyants reçus ce jour là de la part de gens qui venaient chouiner sur le résultat des élections américaines mais qui me disaient de la fermer avec mon brexit, qu’ils s’en foutent ou que c’est bien fait pour nous, on n’avait qu’à pas partir. Et après, ils venaient pleurer à l’élection de Trump! Mais il a été élu par des gens comme vous. Qui sont aigris au point de condamner les choix de vie des autres sans savoir pourquoi, parce qu’on n’a pas le droit d’être différent, ou juste par paresse. Par laisser-faire.

On a craqué, on est rentré en France. Pas parce que je pense la France à l’abri de la vague de populisme qui submerge le monde, loin de là. Mais ça n’a pas été, comme je le craignais en 2016, un échec complet, bien au contraire. Je reste persuadée que c’était la seule solution. Mais c’est quand même une abdication de mes rêves et de tout ce en quoi je croyais. C’est un peu donner raison à tout ceux qui refusent la tolérance, la liberté, l’ouverture aux autres, à tout ceux qui considèrent qu’être né par hasard quelque part oblige à ne jamais en bouger. Mais les brexiters l’ont dit, et continuent à le hurler d’ailleurs, les électeurs de Trump aussi, le monde se ferme. Alors qu’est-ce qui est le mieux pour mes enfants? On continue à se battre, en pure perte, ou renoncer?

Je suis désolée pour mes enfants. Ils ne grandiront pas avec cet immense espoir en l’avenir que j’avais à leur âge, avec ce formidable élan de liberté et de tolérance que ma génération a connu . Et gâché, par égoïsme ou par paresse. (Je précise par rapport à 2016 que je me contrefiche de qui est en face de Trump. Ça serait une plante en pot, ça serait pareil, je ne fais pas de commentaire sur la politique intérieure américaine, mais sur la symbolique du trumpisme).

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Heureux les simples d’esprit…

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, je ne vais pas me lancer dans un prêche, je ne suis pas en pleine crise mystique. Juste en pleine crise de nerfs. Et ce titre n’est pas non plus méprisant, c’est tout à fait sincère. Je suis même envieuse de la sérénité dont font preuve certaines personnes, qui ignorent totalement ce qui peut bien se passer plus loin que le bout de leur nez. Ils sont heureux, sûrs d’avoir toujours raison, sûrs de leur bon droit, ils ne s’en font pas pour l’avenir et de toute façon, c’est la faute des autres si ils ont un problème. Bref, ils sont heu-reux. Et moi à côté, avec mes velléités intellos ratées, je suis juste stressée. Clairement, je loupe quelque chose.

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Marichéri qui est un grand philosophe, m’a fait remarquer, alors que je m’étonnais de la naïveté d’une personne qui ne comprenait pas pourquoi l’élection américaine me stressait, puisque je ne suis pas américaine, Marichéri donc, m’a fait remarquer qu’on est bien plus heureux en ne sachant rien qu’en se prenant la tête en continu à traquer la moindre bride d’information, la plus petite analyse, la plus microscopique des études. Mieux encore, en ignorant superbement la politique internationale, l’histoire (parce que bon, ce sont bien des parallèles historiques qui démultiplient mon angoisse), l’économie, et même les droits des autres, on ne s’en fait jamais pour les conséquences. On est très content avec deux ou trois buzzwords qui s’adaptent à tout, on ne s’inquiète pas. C’est merveilleux. En tout cas, ça a l’air beaucoup plus confortable que de se laisser ronger en permanence par le doute et une terreur plus ou moins intense de l’avenir.

Regardez Trump qui crie déjà victoire, il ne se pose jamais de question, il ne doute de rien, mais il n’est clairement pas dépressif, lui. C’est beau, cette assurance chez les gens comme lui, ce mépris pour la réalité dès qu’elle ne colle pas à leurs désirs, ces convictions venues d’on ne sait où mais tellement profondes… Bref, comme dit Marichéri, les gens sont cons certes, mais plus ils sont cons, plus ils sont heureux. Ça doit être tellement reposant d’être aveugle et sourd à tout ce qui pourrait déranger ses certitudes, de ne jamais se poser de question, d’être aussi sûr de soi, de ses croyances, de ne jamais chercher à comprendre, de ne pas s’inquiéter de ne pas comprendre. J’insiste parce que je me rends bien compte que ça ne saute pas aux yeux, mais j’envie la sérénité des gens comme ça, tout à fait sérieusement, il n’y a aucune ironie de ma part.

Et là, alors que je suis en apnée, morte de trouille en imaginant tous les scénarios possibles et imaginables, je me dis qu’ils ont bien de la chance, ces soit disant simples d’esprit. L’intelligence (suffisamment pour ce rendre compte qu’on n’en a pas tant que ça, je veux dire) et la connaissance (assez pour savoir qu’on ne connaît rien), c’est clairement surfait.

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Mardi Tourisme: le quartier du Zocalo, Mexico D.F.

Marichéri a toujours de bonnes idées. Je cherchais une inspiration pour le mardi tourisme, et il m’a fait remarquer qu’en ce moment, on a besoin de se changer les idées, de voyager virtuellement en attendant de pouvoir à nouveau le faire IRL. Il m’a donc suggéré d’abandonner momentanément les balades locales ou landaises et d’aller plus loin. Justement, le plus loin où je suis jamais allée, c’est le Mexique, et même la capitale, Mexico, ou pour faire local: Mexico D.F (comme Washington D.C.), pour districto federal. J’y ai vécu quelques temps, il y a plus d’une vingtaine d’années, pour mon stage de fin d’études. Comme ça m’a beaucoup plu, et que mon maître de stage a proposé de me garder, j’y suis restée plusieurs mois après, jusqu’au jour exact d’expiration de mon visa, dégoûtée de devoir rentrer en France mais avec la ferme intention de revenir dès que possible. J’avais même une offre de job sur place: mon patron avait essayé de me convaincre de faire un mariage blanc, avec un collègue gay qui ne voulait pas que sa famille le sache, pour régler ce bête problème de visa et m’embaucher directement…euh…c’est peut être une coutume locale, mais ça ira merci, je vais rentrer en France et redemander un niveau visa, ça ira aussi. Et puis, une fois rentrée, j’ai croisé un grand garçon de 6m08, j’ai oublié le Mexique et je me suis finalement retrouvée en Irlande, mais je m’éloigne du sujet. Revenons à Mexico D.F, et plus précisément au quartier du Zocalo, la grande place où se trouve le palais présidentiel et la cathédrale.

Mexico D.F. est immense, elle fait à peu près 1500 km2 (pour vous donner une idée, Paris n’a qu’une superficie de 105 km2). Quand on arrive de nuit, c’est impressionnant: avant d’atterrir, on voit les lumières de la ville à perte de vue, sans fin. Sauf des taches sombres au milieu de l’immensité de la ville, dues aux bidonvilles sans électricité (à l’époque, je ne sais pas maintenant). Même mes collègues mexicains se perdaient dès qu’ils sortaient des delegaciones (un peu comme des arrondissements) qu’ils connaissaient. Il n’y a pas un centre ville, mais des centres ville et même des centres dans les centres. On va donc rester pour aujourd’hui dans un petit périmètre, le centre historique, celui où les conquistadors espagnols ont commencé à s’installer après avoir gentiment rasé la ville aztèque. On commence par la place elle- même, le gigantesque Zocalo, dont le nom officiel est Plaza de la Constitucion, qui fait quand même 240 mètres de long par 195 de large.

On y trouve le palais présidentiel, ou palacio national qui occupe tout un côté. Les conquistadores ne se sont pas embêtés, ils l’ont construit en 1522 sur le site même du palais de Moctezuma, l’avant dernier empereur aztèque. Tout autour de la place, il y a des bâtiments administratifs qui datent aussi des conquistadores, des grands magasins, implantés par des français d’ailleurs, venus de Barcelonnette au dix-neuvième et qui ont amené dans leurs bagages ce modèle de commerce, tout nouveau à l’époque, type Bon Marché. Il y a aussi les hôtels et les cafés, bourrés de touristes américains reconnaissables avant même qu’ils ouvrent la bouche et à qui ont fait payer le double des locaux, ou de la petite française là, qui a droit à un jus d’orange gratuit pour avoir ri aux blagues anti gringos du patron (j’en profite pour expliquer « gringos », terme dérogatoire désignant les américains qui vient de la contraction de « Green go home », popularisé pendant la guerre de 1846 entre Mexico et les US et due aux uniformes verts des soldats américains). Enfin non, on ne me prenait pas pour une française d’ailleurs, mais pour une Argentine. Apparemment, j’avais l’air d’être hispanophone, mais avec un accent argentin venu d’on ne sait où. Sur le zocalo, il y a bien sûr un monde démentiel, une nuée de taxis ignorant superbement le code de la route (qui est probablement une invention maléfique des gringos et qui donc ne les concerne pas le moins du monde), des vendeurs de rue qui vous haranguent en essayant de vous refiler tout et surtout n’importe quoi, des couleurs qui explosent de partout…j’adore. Sur le côté de la place, à gauche en regardant le palais présidentiel, vous avez la cathédrale, construite en 1571 par les espagnols toujours sur les ruines d’un temple aztèque, et même avec les ruines des aztèques, puisque les conquistadores ont réutilisé les pierres, quitte à coloniser un pays et détruire une civilisation autant y aller à fond.

Cela dit, en marchant un peu, on tombe sur le musée nacional, et là, on voit enfin l’héritage aztèque. Mais soyons clair, c’est génial de mettre en valeur ses racines, de célébrer le génie des aztèques et tout ça…mais bon, l’expo interminable sur la culture du maïs indigène ou celle sur les plans de tomate pré colombiens, honnêtement, ça m’a moyennement enthousiasmé. Alors qu’à côté de ça, il y a des choses sublimes dans ce musée. Et d’autres un peu gore aussi, parce que les aztèques, avant d’être sauvagement massacrés par Cortes et ses potes, avaient un chouïa exterminé ceux qui les gênaient aussi et je ne parlerai même pas des sacrifices, brrr. On va ressortir, et aller plutôt admirer les quelques ruines aztèques du coin qui ont échappé à la destruction totale. Il s’agit de la base d’une pyramide, et juste la base, il fallait bien des pierres aux espagnols pour construire tous les bâtiments autour du zocalo quand même!

D’ailleurs, revenons en arrière. Si on passe derrière la cathédrale, on arrive sur la place des écrivains publics. Je ne sais pas si ils sont toujours là, peut être que l’alphabétisation a fait des progrès, mais j’aimais cette ambiance. Sans compter qu’il y avait beaucoup moins de touristes. En continuant encore, on trouve le palais épiscopal, et son merveilleux patio qui est absolument charmant. Toutes les rues du quartiers méritent une petite balade. C’est évidemment un coin très touristique mais qui reste agréable, et puis, on peut même jeter un œil à l’intérieur du palais présidentiel. C’était formellement interdit, mais qu’on a 20 ans, un grand sourire, un accent argentin qui m’étonnait moi-même et une envie de faire pipi, les militaires armés jusqu’aux dents à l’entrée n’hésitent pas à vous laisser passer et même à faire les guides touristiques jusqu’aux toilettes. C’est la premiere fois que j’ai utilisé cette excuse, qui en l’occurrence n’en était pas une, pour aller fouiner où je n’ai pas le droit. Je m’en suis beaucoup resservi par la suite, j’ai même découvert que c’est encore plus efficace avec un bébé ou une petite fille à couette! Je sens que je m’éparpille encore.

Voilà, les photos datent, elles sont d’une qualité épouvantable, mal cadrées et floues depuis le départ, et jaunies ou bleuies avec les années, mais chargées de souvenirs. Si ça vous dit, j’en ai encore beaucoup en réserve du Mexique (certaines réussies!) et pas que du districto federal, même si je pense déjà à une autre destination pour la semaine prochaine. Marichéri a raison, ça fait du bien de s’évader, même virtuellement. Et viva Mexico!

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Sunny Monday #45

On passe en noir ce mois-ci pour le rendez vous de Bernie. Je suis obligée de commencer ce thème avec Penny la noireaude, malgré son air étonné. Au moins, ce qui est pratique avec elle, c’est qu’elle a la vivacité d’une moule cuite, on peut facilement la prendre en photo sans qu’elle bouge. Le temps qu’elle se rende compte qu’il s’est passé quelque chose, j’ai déjà posté son portrait!

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Projet 52: un peu de moi

Tout le monde sait que le photographe attitré ici, c’est Marichéri. C’est quand même plutôt lui qui participe au projet de Ma’. Quand je lui ai dit le thème de la semaine, il m’a juste répondu: donne ta main, et il a sorti son téléphone. Donc voilà, un peu de nous. Je précise que la main poilue n’est pas la mienne. Et que je n’ai pas des mains ridiculement petites non plus. C’est juste qu’il fait 6m08, forcément, il a de plus grandes mains que moi.

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Friday Feelings #291

Finalement, même pendant les vacances scolaires, j’ai du mal à être en avance pour les états d’esprit (créé par ma copine Zenopia). Ça ne va pas s’arranger la semaine prochaine.

Fatigue: je suis joie! Marcel a froid, il hiberne, même la nuit. Pas de vocalise intempestive dans la cage d’escalier depuis deux nuits, youpidoo!

Condition physique: fraîche et pimpante du coup…non, je plaisante, toujours avachie et échevelée.

Humeur: halloweenesque. Je ne céderai pas.

Esprit: bouh!!!! (C’est la dernière)

Culture: je ne vous ressors pas l’histoire d’halloween, mais c’est parce que j’ai peur de lasser. Cela dit, le premier qui vient encore me sortir « fête américaine commerciale », je le mords, en gaélique. Non mais.

Boulot: quand je disais que ça ne s’annonçait pas bien pour notre expo…on continue quand même à bosser, chacun chez soi. C’est très peu pratique.

Avis perso: il faudrait confier la direction de l’ONU à tous ces experts auto proclamés qui pullulent sur les RS et les plateaux télé, puisqu’ils savent tout (et son contraire). Ou les envoyer en mission dans l’espace, loin, très loin. Je suis sûre qu’ils seraient volontaires.

Message perso: bon courage, on pense très fort à vous.

Loulous: L’Ado et GeekAdo n’ont donc plus cours qu’en distanciel. J’avoue très égoïstement que ça me rassure. Ils le vivent plutôt pas mal. GeekAdo commençait juste à se faire des potes à Lille, L’Ado adorait vadrouiller dans Paris, mais ils s’inquiétaient quand même tous les deux, surtout à l’idée de contaminer leurs grands-parents (L’Ado reste dormir chez papi et mamie quand il a cours deux jours de suite). Bref, ils prennent assez bien ce nouveau confinement. MangaGirl par contre, est absolument dégoûtée: pourquoi on ne ferme pas les lycées? Elle est outrée. PrincesseChipie est au contraire rassurée: elle veut aller en cours, absolument. Wizzboy s’en fiche un peu, de ces histoires de grands, et puis d’abord, il a des supers masques de camouflage, ça va être trop cool de montrer aux copains. Comme quoi, les enfants s’adaptent bien plus que les adultes.

Divers: Wizzboy hésite encore entre footballeur-vampire, footballeur-zombie, footballeur-Frankenstein ou savant fou (sur une idée de PrincesseChipie). Parce qu’on va faire Halloween chez nous, entre nous, et qu’on en est très content.

Amitié: c’est officiel, pas de resto à Lille avant un bon bout de temps.

Love: il refuse de se déguiser! Mais comme c’est lui qui a le briquet pour allumer mes Jack O lantern, il participe quand même.

Penser à : rien, éperdument.

Courses: c’était la folie mercredi à la boulangerie et à la boucherie du village. Sérieusement, pourquoi? Ils restent ouverts. Ça s’est très bien passé la première fois. Je ne comprends pas ces gens qui remplissent leur congélateur à raz bord de choses qu’ils finiront de toute façon par jeter quand ça se sera périmé, d’ici un an ou deux. Et sinon, mes tonnes de pommes de terre tout à l’heure, c’est juste pour la semaine, hein, entre les 4 kilos de frites (si, si, 2 pour GeekAdo, le reste pour nous) et la purée maison…je ne fais pas de stock! De toute façon, même si je voulais, je ne pourrais pas: mes morfales se jettent sur tout ce qui est comestible et tout disparaît très vite.

Sorties: bon, je vais supprimer cette rubrique pour les prochaines semaines. Ça ne fera pas une grande différence avec d’habitude de toute façon.

Envie de: ignorer ce qui se passe dehors, résolument.

Pic: pumpkin pie in progress

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Misanthropie et confetti

Il y a vraiment des jours où j’hésite à prendre le clavier. Beaucoup. Je ne sais plus quoi écrire ni pourquoi. Pandémie, attentat, pandémie, Trump, attentat, pandémie…Est-ce que je cède à la panique, ou est-ce que je continue dans le léger, à essayer de (me) faire sourire, parce que ça ne sert à rien de se morfondre non plus? Je ne sais pas. J’ai envie de ne plus rien voir, rien entendre, rien savoir (de l’actualité) et de me blottir dans ma bulle familiale, de ne plus mettre le nez, même virtuellement, dehors où on croise des gens.

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Le problème, c’est que je suis de plus en plus misanthrope. Oui, j’y vais carrément, pas la peine de se cacher derrière des euphémismes et autres « asociale contrariée ». Mais en même temps, j’aime parler aux gens, découvrir, rencontrer, échanger. Je suis d’un côté, persuadée comme Marichéri que « les gens sont cons » et de l’autre que tout le monde, même le pire des cretins, a au fond de lui (très profond parfois, il faut vraiment chercher) quelque chose d’intéressant ou de surprenant à dire. Pourtant je passe ma vie sur les RS (par obligation, pas par plaisir, pour une association de défense des Européens en UK) et c’est pas beau à voir. C’est même à vomir, c’est terrifiant tellement ça suinte de bêtise crasse, d’intolérance et d’inhumanité. C’est pas mieux dans les médias où l’on tend complaisamment micros et caméra à ceux qui dégoulinent de haine, de mauvaise foi, d’incompétence, de récupération politique, de complotisme, de racourcis, de populisme, et de conneries toutes plus grosses les unes que les autres. Et ça continue IRL. L’égoïsme, le nombrilisme, l’incapacité à se remettre en cause, l’abêtissement total, l’absence assumée de réflexion. Cons et fiers de l’être, cons et le criant sur les toits, cons et menaçant tous ceux qui osent ne pas penser comme eux. Rhaaa. C’est pas possible, les gens sont de plus en plus cons ou c’est moi qui suis de plus en plus intolérante et misanthrope?

À côté de ça, je me délecte des petites bulles de conversations anodines entendues dans la rue. Je ramène à la maison, la moindre anecdote glanée au détour d’une discussion, comme une petite friandise. Marichéri, écoute ça! Je lui rapporte les derniers potins du village, des anecdotes, des petites histoires… Il s’en fout totalement, mais mon enthousiasme l’amuse. Je suis tout excitée d’en savoir plus sur l’histoire locale, sur les traditions mais aussi sur la vie des gens. J’ai gardé un côté expat qui découvre un nouveau mode de vie et j’adore ça. Un rien m’intéresse. Par exemple, pourquoi la fête de l’ail? Pourquoi cette rue a été baptisée comme ça? Pourquoi un fricandeau mais une fricadelle (ça se mange)? J’ai des tas de questions et les réponses chargées d’anecdotes de mes voisins me ravissent. Mais on est loin de l’actualité et des sujets qui fâchent. J’esquisse les conversations quand ça commence à partir en vrille. Parce que ça part immanquablement en vrille. Je suis en plein émerveillement sur les pigeons voyageurs (grande tradition locale toujours vivace) et paf, les confettis s’évaporent et la conversation dérape. Le charmant vieux monsieur avec ses oiseaux, se transforme aigri abruti de complots débiles au détour d’une simple phrase. Et ma misanthropie qui s’était éclipsée un instant, revient en force me gâcher la vie. Ah ben, j’avais pas vu l’heure, allez je vous laisse , au revoir cher voisin, et je cours me réfugier dans ma bulle, loin des gens.

Je sais que je suis privilégiée. Que j’ai une chance folle et que ces gens qui me hérissent, n’ont simplement pas eu la même vie que moi. Ils n’y sont pour rien. Mais ça n’excuse pas tout, tout le monde a un cerveau et le droit de s’en servir. Je sais aussi que je suis ridicule à me plaindre de l’intolérance des autres alors que je n’ai plus aucune patience (Déjà que je n’en avais pas beaucoup au départ). Je retourne dans ma bulle, avec mes chats, mes enfants et Marichéri. C’est lui qui a raison. Il a une autre maxime, en plus de « les gens sont cons ». Il dit aussi : « ce n’est pas que j’aime pas les gens, c’est que je n’en ai pas besoin ». Il le vit très bien, et je vais bien finir par y arriver aussi, en me forçant un peu…

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