Thursday thunder: one Britain, one nation, one bullshit


Hier, j’évoquais les résultats du brexit, tombés il y a exactement 5 ans, et j’expliquais que je n’aurais jamais pensé à l’époque que ça allait vraiment nous conduire à quitter l’Angleterre. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce départ n’a pas été facile. Et bien, quand je vois ce qui se passe aujourd’hui en Brexitland, je suis infiniment soulagée. Triste, écœurée, terrifiée, mais tellement soulagée d’être ailleurs. Alors donc demain, tous les écoliers sont invités à célébrer le Obon day, le « one Britain one Nation » day avec fierté patriotique et flonflons. Non, je ne parle pas de la Corée du Nord, c’est bien en Angleterre.

C’est une association d’aspirants fascistes patriotes qui a lancé la chose avec peut-être les meilleures intentions du monde (j’ai dit peut-être) mais elle a depuis été reprise et encouragée avec enthousiasme par le ministère de l’éducation qui demande donc à toutes les écoles britanniques de participer. C’est à dire que déjà, l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni mais pas de la Grande-Bretagne n’est pas concernée, faut pas rigoler non plus. C’est pas parce qu’on a parfois besoin de ces ploucs arriérés d’unionistes pour faire passer quelques lois rétrogrades à Westminster qu’on va les traiter comme des gens comme nous. Un peu de sérieux. Ahaha. De toute façon, les Nord irlandais, grâce à la gestion pétaradante (littéralement, ça explose) du brexit par le grand leader bien-aimé Boris, sont déjà occupés à se taper dessus entre eux, ils n’ont pas le temps pour ce genre de chose. Oh et puis, le ministère de l’éducation de toute la Grande Bretagne ne savait pas que les écossais sont déjà en vacances scolaires. Et le gouvernement Gallois s’est fendu d’un communiqué indigné et refuse de participer à cette mascarade mais c’est pas grave. On se comprend, on dit « one Britain » pour être poli, mais clairement, les autres nations, on s’en fout, c’est bien « one England » qu’il faut comprendre.

Donc demain, dans la joie, la bonne humeur, l’indoctrination (qui doit commencer dès le plus jeune âge) et l’adoration du grand leader Boris, les petits anglais devront venir à l’école en vêtements aux couleurs de l’Union Jack. Les enseignants auront pris la peine de pavoiser l’école et toutes les classes aussi. On commencera par une minute d’applaudissements obligatoires pour rendre gloire à la merveilleuse gestion de la pandémie par le grand leader, qui a permis à l’Angleterre d’avoir le pire taux de mortalité au monde pour un pays développé. Ensuite, les enfants devront chanter l’hymne « one Britain on nation » composé avec les pieds pour l’occasion. Attention, c’est sublime, Kim Jung Un en aurait les larmes aux yeux. Certes on peut détecter un léger plagiat, mais qui se soucie encore de ce que chantaient les petits écoliers allemands dans les années trente, hum? Je ne mets pas le lien pour ne pas faire de pub à cette horreur (facile à trouver en tapant Obon day 21 dans Google), mais je traduis :

« Nous sommes Britain, nous avons un rêve, unir le peuple dans une seule grande équipe. Notre nation a survécu à de nombreuses tempêtes, de nombreuses guerres (…) Nous nous dressons tous ensembles avec fierté, toujours unis, jamais séparés. Nous sommes Britain, nous avons un rêve, unir le peuple dans une seule grande équipe (bis) » et ça finit par « strong Britain, great nation » répète ad nauseam. D’ailleurs effectivement, j’ai envie de vomir.

Les enfants se verront ensuite expliquer les valeurs de la citoyenneté britannique (on ne sait pas lesquelles, mais c’est sûrement édifiant) puis ils devront écrire un poème ou composer une œuvre d’art qui doit inclure obligatoirement les mots « one Britain One nation » et défileront avec fierté (c’est précisé, il ne s’agit pas de défiler n’importe comment non plus) sous les vivats des parents qui auront été invités à participer ainsi que je cite toujours « des dignitaires locaux ». J’étouffe. Selon la brochure officielle, il s’agit de « se re approprier le drapeau national pour qu’il représente les gens de bonne conscience » et de « prêter allégeance à notre grande nation ». Je n’ai plus de mot…

On a montré la chose à nos enfants, qui en ont pleuré d’effroi, vraiment. PrincesseChipie et MangaGirl étaient pétrifiées. Le premier réflexe, pour tous sauf Wizzboy, trop jeune, a été de dire : mais c’est comme les nazis! Oui, c’est bien ça, on en est là. Je leur ai bien dit que si nous n’avions pas quitté brexitland, ils n’auraient pas mis les pieds à l’école pour Obon day, mais ils s’inquiètent pour leurs amis là bas. Un collègue anglais et très peu démonstratif de Marichéri a défailli, livide derrière son écran quand il nous en a parlé. Les RS sont vent debout, mais la chose est maintenue. On savait que l’Angleterre sombrait, on ne pensait pas que ça tomberait aussi bas. Welcome to Brexitland.

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Un commentaire pour Thursday thunder: one Britain, one nation, one bullshit

  1. carrie4myself dit :

    Pas vu aux infos.
    Tres interessant aussi de voir la réaction de tes enfants
    mais le constat est la: horrible, triste, incroyable 😦

    J'aime

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