World sepsis day 


Aujourd’hui, c’est la journée mondiale de lutte contre la septicémie et comme d’habitude, personne n’en parle. Il se trouve que c’est un sujet qui me touche beaucoup. Je vous ressors donc un billet écrit en 2014 pour cette même journée de lutte contre la septicémie, qui était passée tout aussi inaperçue que cette année. 

Je ne veux affoler personne, ni faire pleurer dans les chaumières, mais toutes les 4 secondes une personne meurt de septicémie dans le monde. Le taux de mortalité varie beaucoup selon l’âge et la condition physique des malades. Les personnes âgées et les bébés sont les plus à risque. Un bébé a environ une chance sur deux de s’en sortir. La septicémie peut être provoquée par une simple infection comme la pneumonie. Les malades qui en guérissent risquent de nombreuses séquelles. Voilà. Encore une fois, je ne cherche pas à faire peur ou pitié. D’ailleurs GeekAdo puisqu’on parle de lui, est maintenant un grand (très grand) garçon en pleine forme. Mais je voulais juste apporter mon petit témoignage au beau milieu de l’indifférence totalepour cette maladie.

A 16 mois, GeekAdo a eu ce que le médecin a qualifié de gros rhume, comme ça arrive tous les jours à des tas de bébés. Pas de raison de s’affoler pour si peu. Sauf que ce gros rhume était en fait une pneumonie, qui n’a donc pas été traitée à temps. Moins de 48h plus tard, à 6 heures du matin, on était aux urgences, avec un bébé brûlant de fièvre et tout endormi. On avait amené L’Ado avec nous, il était petit. On ne s’est pas particulièrement inquiété, L’Ado ayant de l’asthme, les urgences, on connaissait bien. Même quand on est passé de suite, que la salle d’examens a commencé à se remplir de docteurs, que notre bébé ne s’est pas réveillé alors qu’il était trituré de partout, on ne comprenait pas encore. Personne ne nous disait rien. Et puis, un docteur a dit à Marichéri qu’il ne fallait pas laisser L’Ado là.

Mon bébé a été transporté en soins intensifs. Je n’ai aucun souvenir du trajet dans les couloirs de l’hôpital des urgences à sa chambre. C’est le trou noir. On a installé mon tout petit bonhomme dans un grand lit, il avait des électrodes partout, des sondes, un masque…et il dormait toujours. Il dormait encore quand ces appareils se sont mis à sonner. Il y avait déjà une infirmière et un docteur avec nous, mais plusieurs personnes se sont ruées dans la salle, et on m’a jetée dehors. Je ne sais pas non plus ce qui s’est passé, j’ai dû crier, taper à la porte, puisqu’un infirmier est sorti pour me dire de me calmer. Pas le temps de s’occuper d’une mère hystérique quand il y a un bébé à sauver. J’étais bêtement persuadée que rien ne pouvait arriver à mon petit garçon tant que j’étais avec lui…

Il dormait toujours quand j’ai pu revenir dans la salle. On ne m’a toujours rien expliqué. Marichéri est revenu après avoir déposé L’Ado chez une amie. C’est lui qui a vu le classeur de l’infirmière: « how to deal with critically and terminally ill children ». Je n’ai jamais eu froid comme ça, c’est comme si mon corps se recouvrait de glace, devenait glace…je sentais le gel qui montait de mes membre et arrivait au cœur, comme si on l’enfermait dans un étau de glace qui serrait et serrait encore, jusqu’à exploser. Et notre bébé dormait toujours.

Il a fallu plus de 24 heures et de nombreuses alertes comme la première pour qu’un médecin nous parle. « Septicémie due à une pneumonie ». Premier coup de massue. Et le deuxième, encore plus fracassant: « on a fait tout ce qu’on a pu, il ne reste plus qu’à prier et espérer un miracle ». C’est tout. Pas parce que nous étions en Irlande, la très catholique république. Mais parce qu’ils avaient effectivement tout tenté et que notre bébé ne se réveillait toujours pas. Trois jours avant c’était un petit bonhomme avec un gros rhume mais qui jouait gaiment aux legos avec son grand frère.

La septicémie est une maladie foudroyante. Il faut agir très vite, d’où l’importance d’en parler et d’informer les parents sur les symptômes. La guérison est aussi rapide. Nous avons eu une chance incommensurable, le miracle a eu lieu. Au bout de presque 72 heures, alors que les médecins n’y croyaient plus, notre bébé a bougé la main. Sa respiration a changé, il a même ronflé doucement! Il s’est réveillé. Moins d’une semaine après il sortait de soins intensifs pour aller en pédiatrie. Il était affaibli, mais guérit. Il jouait, riait, comme si de rien n’était. Il a eu du mal à marcher, il avait beaucoup maigri, mais il était réveillé. Il n’a aucun souvenir de sa septicémie, aucune séquelle, juste une phobie des hôpitaux. Tout le monde n’a pas sa chance.

Ce n’est peut être pas un sujet très médiatique , je ne sais pas. Mais je trouve scandaleux que personne n’en ait parlé au moins pour la journée mondiale de lutte. Si ça vous intéresse vous trouverez des informations sur world sepsis day. On peut choisir la langue et faire un don.

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11 commentaires pour World sepsis day 

  1. Kleo dit :

    Bon sang, ça fait froid dans le dos. Ma fille a fait une pyélonéphrite pas piquée des vers l’an dernier, et j’ai sacrément flippé quand j’ai vu qu’elle était montée à 41° de fièvre. Pourtant, on a à peine passé 6 heures aux urgences, et on a pu repartir avec un traitement de cheval. C’est terrifiant d’y penser, et je te remercie d’en parler, parce que c’est un sujet qu’on estime concerner les pays « sous-développés » où l’accès aux soins est limité / restreint / mauvais.

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  2. carrie4myself dit :

    En effet sujet plus qu’important qui passe aux oubliettes a moins que le magasine de santé sur France5 en ait parle.
    Merci du rappel

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  3. a.d-b@wanadoo.fr dit :

    Poignant votre témoignage, il m’a tordu les tripes et fait verser des larmes. Mon petit garçon de 3 ans, mon premier bébé , avait la rougeole et lui aussi ne se réveillait pas. Aux urgences de l’hôpital on nous a renvoyés mon mari et moi car nous avions une petite fille de quelques mois. Vous pourrez venir demain matin ont-ils dit. C’est le médecin de famille qui, en pleine nuit est venu nous chercher en disant: Venez, c’est la fin. C’est lui qui a pris les coups, les reproches et entendu mes cris. Ma nuit près de mon enfant avec un interne . En matinée voir le petit pouce qu’il avait l’habitude de sucer se mettre à remuer, entendre l’interne me dire il sort du coma. COMA je ne savais même pas ce que c’était, l’affolement est arrivé à ce moment. Comme pour vous ce fut un miracle. La méningite est une des complications de la rougeole, on s’en sort ou pas, si on s’en sort il y a de graves séquelles, seul un cas sur 10 s’en sort indemne. Ce fut mon Stéphane. Il va avoir 50 ans. Voilà ce que votre témoignage m’a rappelé ( de fait, j’y pense souvent) On ne vaccinait pas contre la rougeole à l’époque et je n’entendais jamais parlé de la septicémie.
    Je vous embrasse.

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  4. Claire dit :

    Pfiou… Edifiant… Merci pour ce témoignage.

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  5. Suzanne dit :

    Déjà lu ici et toujours aussi glaçant, merci de nous sensibiliser car je confirme, ici en France je n’ai rien entendu à ce sujet hier. C’est désolant.

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  6. Agdel dit :

    Quelle épreuve pour une maman !
    Je n’ai jamais entendu parler de cette journée… en revanche, les signes de la septicémie, j’ai très bien su les identifier le jour où je suis partie aux urgences en ambulance en laissant mes trois petits sans savoir s’ils seraient ou pas orphelins les jours suivants (j’étais encore loin du coma et ça s’est arrêté là, heureusement)

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