Thursday thunder: where is the brexit unicorn?


Il y a 6 ans, 52% des électeurs britanniques qui prenaient la peine de se déplacer, succombaient aux promesses délirantes et contradictoires des populistes (de droite comme de gauche d’ailleurs, il y avait des brexiters des deux côtés, pareil pour les remainers). Ils plongeaient leur pays, et ma famille, dans une crise totalement évitable, au nom d’illusions de grandeur risibles et d’un racisme qui se cachait à peine.

Source

Déjà, on sait maintenant que la campagne du brexit a enfreint la loi électorale, a dépensé illégalement des millions aux origines plus que douteuses (notamment russes) et a menti sciemment. Ce n’est pas moi qui le dis, mais la commission électorale et la justice britanniques. On a aujourd’hui un premier ministre qui n’a été choisi que par les membres des tories, alors même qu’une moitié s’en mord les doigts mais n’arrive pas à le virer (40% des députés conservateurs ont essayé, en vain). Il a nommé des ministres coupables de parjures devant le parlement, de collusions avec un gouvernement étranger, de harcèlement…et aussi d’incompétence crasse mais ça, ça n’a pas été confirmé par une commission parlementaire. Johnson a suspendu illégalement le parlement, supprimé le code de bonne conduite ministériel et organisé un détournement de fonds publics pour lui et ses potes à grande échelle, au vue de tous, sans que ça donne lieu à aucune poursuite ou démission (notamment pendant la pandémie, la commission des finances estime que c’est 5,3 milliards qui sont partis dans les poches des proches de ministres ou d’amis de Johnson, rien qu’en 2021). Il a recasé ses amis battus aux élections mais aussi ses donateurs, dont certains issus de l’ex KGB, à la chambre de lords. Il balance des lois qui sont contraires au droit international, et il s’en vante. Il s’assoit sur le code électoral, il a purgé son parti d’élus qui n’étaient pas d’accord avec la religion d’état qu’est devenue le Brexit, et a promu des marionnettes incapables mais dévouées à sa personne. Il est empêtré dans des scandales de corruption jusqu’au cou, entre ses beuveries illégales au sein même de Downing Street et les emplois plus ou moins fictifs de sa femme actuelle…mais il paraît que le Brexit, c’était pour restaurer la grande gloire de la démocratie britannique. Ah.

La première ministre écossaise vient de lancer une deuxième campagne pour un référendum d’indépendance, qui a toutes les chances de pencher de son coté cette fois. Les indépendantistes engrangent succès électoraux historiques après succès électoraux historiques depuis le brexit. En Irlande du nord, pour la première fois, le Sinn Fein est arrivé en tête des dernières élections, les unionistes régressent de plus en plus et c’est historique aussi. On n’a jamais été aussi près d’une unification de l’Irlande, le gouvernement britannique attaquant régulièrement Dublin avec une mauvaise foi immonde. Il y a maintenant une frontière en mer d’Irlande, coupant le Royaume Uni, entre la Grande Bretagne d’un côté et l’Irlande du nord de l’autre. Le premier ministre gallois (issu du labour) ne manque jamais une occasion de marquer ses désaccord avec Londres. L’accès au pays de Galles a même été interdit aux personnes venant d’Angleterre pendant le confinement, les règles sanitaires n’étant pas les mêmes. Mais le Brexit, c’était pour le retour triomphal du grand empire britannique. Ah.

L’inflation flambe, elle est à 10 % (contre 5 en France) en UK. Les prix de l’énergie ont augmenté de 54% (c’est 4 en France), ceux des produits alimentaires de 9%. A part la Russie, aucun pays du G20 ne fait pire et n’a de perspective de croissance aussi catastrophique que le UK d’après l’OCDE et la banque d’Angleterre. Un commentateur connu a d’ailleurs fait remarquer que c’est le seul pays au monde à s’être auto imposé des sanctions économiques. Plus de 20% des britanniques vivent en dessous du seuil de pauvreté d’après les statistiques du parlement et ça devrait concerner 1,3 millions de personnes de plus cette année. La fréquentation des food banks (pour l’aide alimentaire donc) a doublé depuis 2015. Un enfant sur 5 ne mange pas à sa faim en UK, un sur 10 vit en situation d’extrême pauvreté. La dette publique a augmenté de 37, 2% depuis 2016 contre moins de 15% en France pour la même période. Je pourrais enchaîner les comparaisons macro économiques, mais elles vont toutes dans le même sens. Pourtant, grâce au Brexit, on allait libérer la puissance économique du Royaume Uni et l’argent allait couler à flots. Ah.

Aujourd’hui, les européens installés légalement, ont du soit partir (par choix), soit accepter de demander un settle status qui leur a enlevé des droits. Aujourd’hui l’état britannique déporte illégalement ses propres citoyens originaires des Caraïbes (le Windrush scandal), tague d’un bracelet électronique les réfugiés dès leur arrivée, et veut les déporter, tous, sans possibilité de retour, au Rwanda. Aujourd’hui, les aggressions racistes et/ou homophobes sont au plus haut jamais enregistré selon les syndicats policiers. Mais le Brexit n’avait rien à voir avec le racisme. Ah. Aujourd’hui, on risque la prison ferme si on manifeste. Mais le droit de manifester n’est pas le seul remis en cause, tous les acquis sociaux sont attaqués. Par contre, grâce à la nouvelle bill of rights, présentée cette semaine par le gouvernement, on va pouvoir se débarrasser des droits de l’homme bêtement défendus par la CEDH (cour européenne qui n’a rien à voir avec l’UE). Il est prévu de limiter le pourvoir judiciaire, notamment en matière de droits de l’homme (ah ben ça, quelle surprise!); de libérer l’expression, c’est à dire les propos racistes, homophones, sexistes ; de supprimer l’obligation des services publics à, vous allez rire, « servir le public »…ça fait rêver, non?

Aujourd’hui, je regarde tout ça depuis l’autre côté de la Manche, atterrée par ce que ce pays que j’aimais tant, est devenu en tout juste 6 ans. Aujourd’hui, je frémis devant les supporters d’un frexit plus ou moins déguisés, devant tous ces populistes qui prennent la même route que les brexiters en 2016, et j’ai des nausées. Le sentiment de déjà vu est terrible. Aujourd’hui, l’Angleterre d’avant me manque encore. Mais pas brexitland.

Cet article, publié dans Les colères, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s