Thursday Thunder: les noeuds


Il y a 4 ans, quand on est arrivé en France après avoir fui brexitland, je me suis sentie légère (c’est une image, je n’ai pas perdu un gramme)…finis l’angoisse permanente, le stress et les nuits blanches, finies les panic attacks qui m’empêchaient de sortir de chez moi. Finies ces interrogations incessantes qui me bouffaient le cerveau à chaque fois que je croisais quelqu’un (c’est un brexiter ou pas? C’est quelqu’un qui veut me foutre dehors ou pas? C’est quelqu’un qui va insulter mes enfants parce que leurs parents sont nés ailleurs ou pas?). Finis les noeuds à l’estomac. Eh bien voilà, ils sont revenus. En force.

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Ils ont attaqué à trois heures du matin, comme ils savent si bien faire, il y a plusieurs nuits. Ils ne me lâchent plus depuis. Bien sûr, ça n’a pas été une surprise totale. Je sais bien qu’ils n’avaient pas complètement disparus, qu’ils attendaient leur moment. La pandémie, la guerre et l’élection et ses possibles conséquences aussi (beaucoup, vraiment beaucoup), ont érodé la santé mentale de beaucoup de monde et ont eu raison de mon semblant de sérénité (il ne faut pas rigoler non plus, je n’ai jamais été particulièrement détendue, je suis une stressée chronique). J’avais presque oublié les crises de panique, cette terreur métallique qui coupe la respiration, qui glace le sang, qui empêche de respirer. Ça ne me manquait pas. Cette fois, les noeuds s’accompagnent aussi d’une honte immense qui n’arrange rien: comment est-ce que je peux me mettre dans des états pareils alors que les malheureux en Ukraine vivent l’enfer, eux? Je suis ridicule.

C’est physique, ça part du ventre, ça me glace, mais avec des bouffées de chaleur en même temps, ça m’étouffe, se répand dans tout mon corps, m’enserre le coeur, me pique les mains et les jambes. Le pire, c’est quand ça me reveille en pleine nuit, avec la sensation de mourir à la fois congelée et brûlée (tiens, ça fait un moment que je n’ai pas rappelé que je suis très logique, en vrai. Je sens que c’est le moment de le replacer), piquée à mort par ma couette. La morsure de couette est une arme de destruction massive, c’est bien connu. Cette fois, il y a aussi un sentiment de déjà vu (par rapport au Brexit) qui me donne des nausées, littéralement. Mais justement, je les connais bien maintenant, ces noeuds, je ne suis plus surprise. Je sais comment les gérer, j’ai appris. J’espère en tout cas.

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4 commentaires pour Thursday Thunder: les noeuds

  1. aurel dit :

    Cela m’arrive aussi, depuis quelques temps. Pas à ce point, mais les insomnies inquiète et l’estomac noué la journée, je connais. Les temps sont difficiles, c’est vrai. Mais y a-t-il eu des « temps faciles »? A nous de poursuivre notre devoir avec courage et charité !

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  2. carrie4myself dit :

    Je te comprends; same situation here
    On verra dimanche soir……

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  3. Joëlle dit :

    Nous sommes expatriés depuis l’an dernier. Hier soir j’ai regardé les résultats dans mon village d’origine et j’ai eu envie de vomir. Pas étonnant que mon époux (étranger) ne se soit jamais senti accepté. J’en ai marre d’angoisser tous les cinq ans. Et je suis inquiète de voir si peu de gens voter.

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