Thursday Thunder: birthing scandals


Pendant des années, comme je pondais régulièrement, je m’intéressais plus ou moins à ce qui avait rapport à la maternité dans la presse britannique. En plus, les anglaises éprouvent le besoin de partager leurs accouchements, en tout cas avec moi, le sujet revenait souvent dans les échanges devant le portail de l’école. J’ai le don pour attirer les confidences, c’est pénible. Mais bon, en tant que mère de 5 enfants, j’ai effectivement une ou deux opinions sur la question, sans en faire une obsession, la béatification de la maternité m’exaspère. Enfin bref, il m’arrivait parfois de lire des articles sur le sujet. Aujourd’hui, je regarde les News anglaises depuis la France et je ne suis plus directement concernée par l’obstétrique, je ne clique jamais sur les articles « maternity ». Sauf aujourd’hui. Quand les médias britanniques titrent sur un rapport officiel sur l’état des maternités en Angleterre (Le Ockenden Report) en estimant que 300 bébés sont morts à la naissance à cause des manquements du système de santé, c’est trop grave pour passer outre.

D’après le rapport, en plus du manque chronique de personnel (aggravé par le Brexit: à force de mettre les étrangers dehors, on se prive aussi d’obstétriciens et de sages femmes nés ailleurs), en plus des conditions matérielles et sanitaires déplorables, l’obsession zélée du NHS (national health service), pour les « natural birth », les naissances naturelles, provoquent des dégâts inadmissibles. Attention, je n’ai rien contre les accouchements naturels (j’ai essayé aussi), on parle des cas où il y a des complications. A ma petite échelle, j’ai rencontré ces aberrations. J’ai eu Wizzboy à 40 ans, après 4 autres enfants et un accouchement assez difficile (je ne vais pas me répandre en détails gore, mais « assez difficile » est un euphémisme) qui fait que les suivants ont été des césariennes obligées. Toutes les explications médicales étaient bien sûr notées dans mon dossier. Eh bien, ça n’a pas empêché un junior docteur, un interne en obstétrique, de préférer suivre aveuglément ce qu’on lui avait dit plutôt que de réfléchir par lui même. Il a tout fait pour tenter de me convaincre de choisir un accouchement naturel (je l’ai laissé dire par curiosité, pour voir jusqu’où il pousserait, fermement décidée à ne pas en tenir compte). C’était pourtant clairement indiqué, noir sur blanc, qu’un accouchement tel que celui qu’il me préconisait avec une insistance frôlant le harcèlement moral, était vivement déconseillé pour raisons médicales. Mais c’est pas grave, pour le NHS, il fallait le tenter, ça coûte mois cher à l’hôpital qu’une césarienne. Le budget, c’est quand même plus important que la survie de la maman et du bébé, voilà.

Je ne sais pas comment ça se passe en France, mais en Angleterre, tout le système depuis le premier rendez-vous jusqu’à la dernière minute en salle d’accouchement, oriente avec insistence les femmes, quelques soient les complications possibles, vers une « natural birth ». Je n’exagère pas, juste avant la césarienne, on m’a collé dans les mains une brochure avec photos bien sanguinolentes de toutes les complications possibles et imaginables, alors vous êtes sûre que vous ne voulez pas tenter l’accouchement naturel? On met une pression énorme sur les mamans, qui n’ont pas forcément les connaissances médicales ni l’assurance nécessaire pour résister à ce matraquage. Les stats de l’hôpital et son équilibre budgétaire, c’est quand même plus important que la santé des femmes. L’accouchement dure 48 heures, ça coince, la maman ne va pas bien du tout? Oui ben, elle n’a qu’à faire un effort aussi, on va tout déchirer (littéralement) et sortir son gamin comme on peut. On ne va quand même pas gâcher notre rapport d’activités mensuel à cause d’une empotée égoïste qui ne pense pas à nos stats! Une césarienne de plus, ça ferait tache sur nos chiffres. Et 300 morts, ça fait quoi? Et les traumatismes, les séquelles physiques et morales pour le bébé et la maman, ça fait quoi? Mais bon, on ne parle que de la santé des femmes, c’est moins important qu’un rapport administratif, n’est-ce pas? Attention, je ne dis pas que tous les hôpitaux et tous les personnels de santé britanniques (qui sont débordés, épuisés et harcelés par leur hiérarchie pour tenir leurs chiffres), suivent aveuglément la doctrine obsessionnelle du NHS en matière d’accouchement naturel. Mais le chiffre de 300 morts cité par le rapport est effarant, et même si toutes ne sont pas causées par des complications évitables d’accouchements naturels qui n’aurait pas dû être tentés, le docteur Ockenden dénonce particulièrement ce point. Ça fait froid dans le dos, qu’un système de santé soit tellement biaisé qu’il en vienne à promouvoir une absence de soin.

Mon obstétricien pour Wizzboy a hurlé sur le stagiaire endoctriné qui ne savait même pas lire un dossier: c’est ça, persuadez la de tenter un accouchement naturel, et c’est vous qui irez dire à ses 4 enfants pourquoi ils sont orphelins! Ça a calmé l’interne (et ça m’a fait hurler de rire. Les hormones probablement…). Je me dis que maintenant, cet interne n’est peut être plus fan à tout prix (y compris la vie du bébé et/ou de la maman) des accouchements naturels, ou qu’il a choisi une autre spécialité, urologie peut être…il y conseille des opérations naturelles à ses patients, sans anesthésie?

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7 commentaires pour Thursday Thunder: birthing scandals

  1. Cecile Puertas dit :

    Et oui cette tendance au naturel revient en force en France aussi … je l’ai vécue de près pour mon 3e enfant (né 20 ans après le premier et 18 ans après le deuxieme)
    Dans les 3 cas j’ai dépassé le terme et dans les 3 cas il a fallu déclencher mais la 3e fois on a tenté des méthodes naturelles pour le déclenchement……… après 24h sans résultat il a fallu passer à la bonne vieille méthode plus efficace pour lancer les contractions et tout le travail !

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    • pomdepin dit :

      Ça me fait penser, après un déclenchement médicamenteux, j’ai eu une sage femme qui ne me croyait pas quand je lui ai dit que le travail avait commencé. C’était « trop tôt ». Sauf que non en fait.
      Le rapport anglais fait froid dans le dos…300 morts qui auraient pu être éviter, c’est terrifiant

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  2. Cilou dit :

    Bonjour, je lis toujours fidèlement et avec plaisir vos articles mais je manque de répartie pour réagir dès les commentaires. Je me permets cette fois car mon expérience en France est plutôt à l’inverse, vers une médicalisation importante et précaution++. J’ai 4 enfants en 3 fois, vu qu’on a commencé par des jumelles. J’avais choisi pour elles (avec l’innocence de la débutante, une maternité parisienne connue pour ses méthodes naturelles et maison de naissance (on accouche « comme à la maison » mais à côté de la maternité). Quand il y a eu des complications pour moi au 3e trimestre de grossesse, j’ai été transférée dans une maternité plus technique sans avoir eu le temps de dire ouf. Et j’ai senti qu’ils étaient soulagés de me voir partir. Les bébés sont nées par césarienne et pour les 2 autres accouchements, c’est plutôt moi qui ai insisté pour tenter l’accouchement par voie basse. Je me souviens que pendant le travail, on est encore venu m’avertir que au moindre ralentissement ce serait une césarienne. Je dirais volontiers que le naturel est tendance mais que cela reste faible au regard de la masse des maternités et des pratiques. Je ne compte plus le nombre de monitorings que j’ai dû faire par pure précaution.

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    • pomdepin dit :

      Merci de commenter 😊
      Le rapport parle en effet des cas avec complications, ceux où la césarienne s’impose mais où on ne l’a pas faite ou pas à temps. Il y a suis d’autres manquements, la lecture du rapport est édifiante et désolante, derrière statistique, il y a des familles endeuillés.
      En France, je ne sais pas comment ça marche, mais en Angleterre, il y a une vraie différence entre le privé, qui surmédicalise pour facturer plus et le public qui fait des économies sur tout même quand c’est dangereux.

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    • michusa dit :

      Moi aussi meme experience en France dans les années 90: médicalisation importante et precautions. Le premier a fini en césarienne parce l’accouchement ne progressait pas donc au bout quelques heures 6 ou 7 pas plus la césarienne a ete effectuée et quand je dis 6 ou 7 heures c’est a partir du tout debut. Pour le deuxième je voulais accoucher normalement et pas sous anesthésie générale, mon docteur était sceptique et n’y croyait pas trop, « on verra » et évidemment comme rien ne se passait ca a fini en césarienne et pour le 3eme ca a ete tout vu on a meme fait la césarienne 2 semaines en avance par precaution comme le bebe était tres gros (et moi aussi pour celui-ci). Donc oui du moins dans les années 90 c’était plutôt precaution et dans le doute césarienne de sécurité. Comme m’a dit mon docteur il vaut mieux une césarienne et être vivante plutôt que laisser mes autres enfants orphelins.

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  3. Cilou dit :

    Ceci dit, quand je découvre ces chiffres effrayants, je me dis que cette médicalisation a du bon

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    • michusa dit :

      oui cela parait inouï de continuer à mourir à l’accouchement au XXIe siècle dans un pays développé et avec toutes les connaissances et infrastructures. Dans nos pays les morts en couches sont censées être une chose du passé qu’on lit dans les livres d’histoire. Mais si le grand capital s’en mêle alors on n’est meme plus certain de ca, ce que l’on croyait acquis ne l’est plus. Et les femmes sont les premieres a en faire les frais comme de bien entendu.

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