Le syndrome de l’impat


C’est bientôt l’anniversaire de notre brexodus, de notre départ d’Angleterre à cause du Brexit. On a officiellement déménagé le 18 janvier 2018. Ça fait donc 4 ans et je n’arrive toujours pas à me débarrasser de l’Angleterre, à me sentir complètement à ma place ici. Alors que je n’ai jamais eu, enfin j’espère, le syndrome de l’expat, je n’arrive pas à me défaire de celui de l’impat.

Je ne suis pas la seule et ce n’est pas moi qui ai inventé le terme impat (on parle aussi d’impatriation) pour ceux qui reviennent après une expatriation plus ou moins longue. Le blues, la déprime, voire dans les pires des cas, la dépression des ex-expats sont courants. On parle souvent de choc culturel inversé. On ne connaît plus le pays dans lequel on revient et on n’arrive pas à s’y adapter. Il y a aussi ceux qui idéalisaient leur retour et tombent de haut: non seulement tout a changé mais on ne nous a pas attendu. Tout le monde s’en fout de notre expérience à l’étranger, on aurait même plutôt tendance à nous la reprocher. Il y a encore ceux qui sont désagréablement surpris de retrouver intact ce qui leur avait donné envie de partir au départ. Je ne suis ni l’une ni l’autre. Seulement, j’ai laissé une partie de moi en Angleterre et je n’arrive plus à me situer, à me définir. C’est d’autant plus déconcertant que je ne regrette pas une seconde d’être partie, au contraire. Mais même après 4 ans, je n’ai toujours pas l’impression d’être arrivée.

C’est peut être parce que pour la première fois, on est effectivement « parti ». Je veux dire qu’à chaque fois que j’ai changé de pays avant notre brexodus, c’était pour aller quelque part, pas pour quitter où j’étais; je ne sais pas si c’est clair… contrairement à ce que pensent tous ceux qui critiquent les expats, je n’ai jamais détesté la France, je voulais juste voir comment c’était ailleurs. J’ai adoré le Mexique. J’aime toujours profondément l’Irlande, mais après 10 ans, j’étais toute excitée à l’idée de partir découvrir autre chose. J’ai plongé dans la vie anglaise avec délectation jusqu’en 2016… mais cette fois, ce n’est pas la destination qui a motivé notre départ, ni la curiosité. On a fui brexitland, c’est tout. Et on s’est retrouvé en France pour des raisons pratiques, pas pour une (re)découverte alors qu’elle a pourtant été totale, pas par envie mais par nécessité. C’est beaucoup moins fun, comme démarche. Et pourtant, je suis toujours persuadée que c’était la bonne décision. J’aime découvrir ma nouvelle région, repartir dans les landes aussi, notre maison, notre nouvelle vie plus si nouvelle.

Sauf que donc, je n’ai toujours pas l’impression d’avoir vraiment atteri. C’est une image, on n’a pas déménagé en avion cargo, mais en passant sous la Manche et le premier qui dit que c’est normal, vu comme je suis perchée, ça va mal aller! Rhaa, ça se dit toujours « perché »? Voilà, c’est ça aussi le syndrome de l’impat, j’ai encore un français qui date. It still feels so weird.

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6 commentaires pour Le syndrome de l’impat

  1. Anonyme dit :

    Bonjour , je comprends ce que vous voulez dire et cela ne doit pas être facile , en espérant que cela arrivera quand même à disparaître, heureusement que vous ne regrettez pas d’être partie ( en même temps , avec ce que Bojo et son gouvernement font , ce n’est pas difficile 😞) .

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  2. Cecile Puertas dit :

    Avez vous envisagé de repartir ailleurs ?
    Et si oui vers quelle destination ?

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  3. aurel dit :

    « perchée » est une expression que j’emploie et que j’adore…comme mes ados l’emploient aussi j’en déduis que ce n’est pas encore ringard! Nous-même avons quitté la Provence il y a deux ans et demie, pour une région inconnue (on n’a jamais quitté la France!). Et même si c’était notre souhait (on ne s’est jamais senti bien en Provence) et même si nous adorons notre nouvelle région, je me sens parfois bizarre, « les fesses entre deux chaises », ça ne semble pas passer très vite comme sentiment! Mais je pense que l’ambiance covid y est pour une grande part car la vie est de toutes façons devenue étrange quelque soit le lieu je crois: personne n’avait connu une chose pareille!

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  4. Laurence. @lopalomita dit :

    Je comprends tout à fait ce sentiment de choix force qui laisse une drôle d’impression … un mieux sans regrets mais amer …

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