Throwback Thursday thunder : don’t tell me to calm down


Depuis deux jours, je poste sur FB des billets ou des commentaires d’il y a 4 ans, c’est à dire, datant du référendum sur le brexit. Beaucoup ne comprennent pas que je ne sois pas passée à autre chose alors qu’on est parti. Ils me reprochent de radoter…c’est curieux d’ailleurs, parce que j’ai justement l’impression de ne plus focaliser autant. Déjà parce qu’effectivement, on est parti mais surtout parce que j’ai élargi mon champ d’indignations. C’est à dire que je n’encaisse toujours pas le brexit, mais que je vomis tout ce qu’il représente, en UK et ailleurs, ce qu’il illustre de l’état d’un monde qui se ferme aux autres et d’une haine qui anime une partie de notre société. Ce qui est curieux aussi, c’est que dès le lendemain du référendum, certains trouvaient déjà que je devais me calmer, comme quoi, ils sont aussi entêtés que moi. Du coup, je leur ressors la même réponse, celle d’il y a 4 ans.

Déjà il suffit de me dire d’arrêter, de ne pas en faire tout un plat, de me calmer pour que ça m’énerve encore plus. Je ne supporte pas qu’on me dise ce que je dois faire en temps normal, alors quand je suis déjà dans une colère froide, me demander de rester calme, c’est aussi efficace que d’appuyer sur le bouton d’un lance missile en croyant que c’est la touche pause de sa télé. Ça explose. Vous croyez que je m’énerve par plaisir, pour passer le temps ou juste pour vous contrarier? Ou que vous avez des pouvoirs magiques: il suffit que vous prononciez ‘calme’ trois fois comme dans Beetlejuice (oui, j’ai grandi dans les eighties) et hop, tout se calme instantanément…Il faudrait essayer avec la paix dans le monde alors, et tout ce genre de chose, ça peut être intéressant.

Bon, avant d’aller plus loin je dois préciser que le « vous » plus haut est générique. Parce que je ne m’adresse pas à vous qui lisez et dont les messages, les conseils et les commentaires ces derniers jours m’ont beaucoup touchée. Vous, je vous remercie du fond du coeur… Et je reviens au vous générique de l’intro. Je comprends bien que vu de France, l’état émotionnel dans lequel se trouvent plongés bien malgré eux les expats au lendemain du brexit, est difficile à comprendre (surtout que certains trouvent que c’est bien fait pour nous). On se sent trahi. Pire, on a l’impression d’avoir perdu un ami très cher, quelqu’un en qui on avait confiance, qu’on aimait profondément, qu’on admirait malgré ses défaut. Ou grâce à eux d’ailleurs. Cet ami n’est plus. Pendant que les politiciens cyniques sombrent jour après jour dans le grotesque, pendant que Bruxelles exige que le Royaume Uni dégage, pendant que des incapables à qui je ne confierai pas l’organisation d’une kermesse de quartier vont décider de notre avenir, nous on est en deuil. En deuil de nos illusions, de notre futur tel qu’on s’appliquait à le construire, de l’avenir que l’on avait choisi pour nos enfants. En deuil de notre Angleterre perdue. Bien sûr on ne va pas nous jeter dehors (mais on s’est bien senti poussé vers la sortie quand même), les choses se calmeront et la vie reprendra sûrement comme avant. En apparence. Le choc pour nous est émotionnel. Laissez-nous pleurer en paix, on viendra raisonner avec vous plus tard!

Je suis comme ça pour tout. Je ne parle plus de Brexit, mais de manière générale. Il y a peut-être des gens que ça calme quand on leur dit ‘tu exagères, ça va passer.’ Personnellement, ça décuple mon énervement ou ma tristesse. Ça va merci, je ne suis pas totalement décérébrée, tous les arguments en faveur de votre fameux calme, je les connais. Et alors? Il n’y a pas de place pour l’émotion? En plus franchement demander à quelqu’un en plein crise de nerfs de se calmer, c’est lui dire qu’il n’a aucune raison valable de se mettre dans cet état. Ça revient à lui dire qu’en plus, il est donc débile. C’est sûr, ça aide. C’est comme le petit copain de « calme toi », le célèbre « ça pourrait être pire » …alors là, on arrive dans du lourd. « Ça pourrait être pire »…donc vous dites à quelqu’un qui va déjà mal que sa situation peut encore s’aggraver. Ça, c’est rassurant! Ah non, pardon, vous vouliez dire qu’il ne faut pas s’en faire puisqu’il y a des personnes dans des situations bien pires…non mais WTF, quel genre d’égoïste pathologique trouve du réconfort dans le malheur des autres? 

Chacun son truc. Je ne trouve pas ça sain de garder ses émotions enfermées au plus profond de soi. Je ne dis pas que je ne sais pas me maîtriser en public ou devant mes enfants, mais que j’ai parfois besoin que ça sorte d’une façon ou d’une autre pour passer à la suite. Par exemple là, et j’en reviens au Brexit, ça me ferait un bien fou si je croisais Boris Johnson dans la rue. Vous savez le type qui a fait campagne pour le leave, juste pour devenir premier ministre et qui a ensuite reconnu qu’il avait menti sur toute la ligne? Celui qui a permis au Brexit de gagner? Bref, là maintenant je serais très contente de voir Boris Johnson et ses brexiters. Je suis sûre que ça me calmerait…où est ma kalachnikov?

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Un commentaire pour Throwback Thursday thunder : don’t tell me to calm down

  1. Nathalie Galliers-de Metz dit :

    Pareil…la même chose. 4 ans plus tard, l’émotion à vif s’est un peu érodée mais le choc émotionnel ressenti au matin du 24 juin 2016 est, lui, toujours aussi vif. Comment ‘passer à autre chose’ quand tout nous rappelle que cela a sans doute été le vote le plus ‘influencé’ de l’histoire du RU et que ‘Project Fear’ était sans aucun doute ‘Project Visionary 2.0’.
    Merci pour vos billets que je suis avec avidité et qui me font tour à tour rire, pleurer, grincer des dents et exulter.

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