Thursday thunder : the queen’s English and a foreign accent


Ça n’a pas loupé, les célébrations des brexiters ont donné lieu à un déferlement de comportements racistes et xénophobes. Sûrs de leur impunité maintenant qu’ils pensent avoir gagné, ces braves gens se déchaînent. Un sombre cretin a eu l’idée de placarder un avis dans un immeuble de logements sociaux proclamant qu’à partir de maintenant, il faut obligatoirement parler anglais et uniquement anglais, et même l’anglais de la reine, le queen’s English pour vivre là.

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Je passe sur le fait que sa prose était bourrée de fautes. Les locaux n’ayant pas eu de cours de grammaire pendant plusieurs générations, les migrants maîtrisent souvent l’anglais mieux qu’eux. C’est du vécu, j’ai même dû expliquer les subtilités de l’apostrophe et du possessif à une instit de primaire, c’est dire! Ça m’étonnerait aussi que la personne qui a écrit ça, parle avec le même accent que Lizzie, surtout au fin fond du Suffolk. Mais passons. Ce n’est qu’un incident de plus dans une longue série qui fait que beaucoup d’origine étrangère ont maintenant peur de parler leur langue maternelle en public, voire de parler tout court, même en anglais, à cause de leur accent. Là aussi, c’est du vécu…je n’osais même plus dire bonjour! Parce que tous les jours ou presque les journaux en UK rapportent des aggressions physiques parfois mortelles contre des personnes qui ont eu le malheur de ne pas parler anglais, entre elles, dans les transports en commun, dans la rue, avec leurs enfants…c’est terrifiant et ça crée un climat de paranoïa difficile à supporter pour les étrangers en U.K.

On ne parle pas sa langue maternelle en public pour narguer qui que ce soit, mais parce que c’est naturel. Quand on répond au téléphone à nos familles ou nos amis compatriotes, quand on parle à nos enfants à qui on essaie d’ailleurs d’apprendre notre langue d’origine…il ne me serait jamais venu à l’idée de parler anglais à Marichéri en public si la conversation n’incluait que nous. Ça aurait juste sonné bizarre, faux, contraint. Pareil entre amies francophones ou avec les enfants à la sortie de l’école si il n’y avait que nous. Après tout, ce sont des conversations privées, pourquoi le raciste à côté veut absolument qu’on les ait en anglais, en quoi ça le concerne? Et pourquoi prend-il ces mots étrangers qui ne lui sont pas destinés comme une attaque? J’avais l’habitude de répondre aux mamans qui faisaient faussement mine de s’inquiéter que je parle français à Wizzboy: « lui, à 2 ans est parfaitement bilingue, et vous, vous parlez combien de langues couramment? « Ça les calmait.

Ce que ces xénophobes oublient, c’est qu’on parle plusieurs langues, c’est qu’on a fait l’effort d’apprendre la leur, en plus de la nôtre. Si on parle anglais avec un accent étranger, c’est un signe d’intégration justement, pas l’inverse! Si on parle sa langue maternelle dans un échange privé, ça ne veut pas dire non plus qu’on ne sait pas passer instantanément à une autre langue si le besoin s’en fait sentir. Maintenant que je suis en France, il m’est arrivé de capter deux ou trois conversations dans une autre langue, ça fait partie du bruit de fond au marché ou dans le bus. La seule raison pour laquelle je tends l’oreille, c’est que j’espère toujours rencontrer des anglophones (ça n’a marché qu’une fois jusqu’à présent). Sinon, franchement, je ne vois pas…mais j’ai remarqué aussi que ça défrise certains. On n’est pas en Brexitland, on ne parle pas d’agression, mais de regards insistants, d’attitudes qui laissent soupçonner une certaine méfiance. Je trouve ça sidérant. Pour moi, quelqu’un qui parle une autre langue dans la rue, c’est quelqu’un qui a une histoire, des choses à m’apprendre, c’est quelqu’un que j’ai instinctivement envie de rencontrer. Je ne comprends pas qu’on puisse se sentir agresser par un accent, des sonorités étrangères ou des mots qui de toute façon, ne nous sont pas destinés.

Pour en revenir à l’incident du début, et sans vouloir verser à mon tour dans les clichés, j’aimerais bien savoir si cet anglais fan de l’accent de Lizzie fait l’effort de parler espagnol quand il va en vacances à Insolacion-y-cervezas? Je dis ça comme ça…oui je suis méchante mais they started it.

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4 commentaires pour Thursday thunder : the queen’s English and a foreign accent

  1. Frédérique dit :

    Quelle quelle tristesse .. mais bon sang , pourquoi ce refus de l’autre si primaire et si ~non-humain~. En ce moment même sur France Culture le livre ( 404) d’un homme d’origine algérienne qui demande que le rejet de la discrimination soit le combat à venir . Je ne comprends pas comment on peut aller visiter en touriste ( ou plus grave ; coloniser ou avoir colonisé) et refuser « l’autre »
    Je suis atterrée. Et bon sang l’Angleterre était une nation soit disant « éduquée » qu’elle chute dans l’abime
    Frédérique

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  2. Christine Cé dit :

    Ces gens la ne vont pas a l’etranger, ca m’etonnerait qu’ils quittent jamais leur village…

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