Le jour où j’ai parlé comme une adulte


Je me suis un petit peu laissée déborder aujourd’hui, par les enfants, les copines des enfants, les chats, l’escalier, la ponceuse, les associations municipales, et les texts de L’Ado…bref, je ressors un vieux billet toujours d’actualité qui parle de lui. Un peu. L’Ado était en vacances, il s’éclatait.

L’Ado sort avec ses potes. On ne le voit jamais sauf quand on le croise par hasard au lever, vers 16 heures et qu’on le retrouve en train de ronfler dans le frigo parce que coin, non mais tu vois quoi, il a super mega bûché là, meuh, il doit décompresser. Bien sûr. En même temps, il décompresse depuis fin juin quand même…il va finir à l’état de baudruche avachie. On est évidement ravi de vendre un rein pour lui payer ses études (et encore ça ne couvre que la première année…il en a pour 4 ans ça ne va pas le faire. Il va falloir trouver autre chose), mais bon d’un coup d’un seul on en a eu marre avec Marichéri, de cette larve chevelue qui pille nos réserves avec des grognements de chameau qui se dégonfle, on a décidé de prendre les choses en mains. 


Source je crois que tous les autres gens de mon âge sont adultes alors que moi, je fais juste semblant

Bref hier, on a parlé à L’Ado. C’est décidé, il faut qu’il se trouve un  job d’étudiant. Hop. On ne dit pas ça uniquement parce qu’on est des parents ignobles et qui ne pensent qu’à l’argent (oui, et bien tu ferais bien d’y penser un peu aussi…ouch! qu’est-ce que j’ai dit là? on dirait  mon père! Premier coup de massue sur mes bouclettes qui se croyaient encore juvéniles, ça fait mal). C’est très mal vu ici de ne pas avoir un boulot le week-end quand on est étudiant. Ça compte énormément sur les CV pour la première ‘vraie’ embauche. Et là, on collerait un gros néon avec marqué glandeur sur le CV de L’Ado, ça serait pareil. Ça serait faux aussi, il a quand même bossé un peu,  mais ça n’est pas vendeur…bref, ça ne va pas le faire. Donc hier, Marichéri a décidé d’agir (il repart au boulot demain, dans la joie. Presque). Il a réveillé tout doucement son fils pratiquement au milieu de la nuit,  à 10 heures du matin (tu vas te bouger, feignasse!). On l’a assis gentiment à table devant un café (on n’est pas des monstres quand même). Beuh, non mais ouais, coin, k’ess kiya? (Si,si, ça fait du sens). Alors, L’Ado, qu’est-ce que tu comptes faire de ta vie? 

L’Ado, il va falloir te prendre en main. Meuh? Il faut commencer à avoir le sens des responsabilités. C’est pour ton bien. Tu crois que tu sais, mais tu n’y connais rien, on va t’expliquer. Tu dois apprendre à travailler. La vrai vie, ce n’est pas comme à l’école. Plus tard, tu nous remercieras….rhaaa, je me sens mal! L’Ado était vert, totalement effondré devant nos discours moralisateurs. Il n’a même pas eu la force de nous traiter de fascistes, c’est dire comme il se sentait faible, d’un coup. Et bien, c’était du pipi de chat comparé à moi! J’ai eu un grand moment mystique, où je me suis sentie sortir  de ce corps d’adulte qui débitait des lieux communs avec l’air sentencieux d’un hibou constipé.  » Tu dois investir dans ton avenir » (…j’ai fait une école de commerce, j’ai des restes, je peux vous en balancer plein, des comme ça. On va permuter l’interface paradigmale,  ça va fusionner. Il y a même un terme technique pour désigner ce genre de discours en anglais: le bullshit.). C’est qui cette vieille pie fasciste qui raconte n’importe quoi?…Au secours, c’est moi! 

On est ressorti de là  effondré tous les trois. L’Ado est parti réécrire son CV (‘tu dois valoriser tes compétences’). Marichéri et moi déprimions comme des hannetons suicidaires…on a parlé comme des adultes, rhaaaa! Et c’était L’Ado le jeune, pas nous! On a fait style: on est responsable et on sait. On s’est même moqué avec des rires compassés de la naïveté désarmante de L’Ado qui croit si il va dégoter le job de ses rêves, payé à prix d’or juste comme ça, grâce à son sourire éclatant (c’est une image, vue sa coiffure on ne distingue pas vraiment son sourire derrière ses mèches grasses). Nous, des rires compassés.  Alors que pas plus tard que la veille on s’est tapé une crise de rire tellement délirante sur l’anatomie des bonhommes en papier (ne cherchez pas…vraiment j’insiste, ne cherchez surtout pas) que j’en ai attrapé le hoquet et Marichéri a failli vomir tout son goûter, à force de s’esclaffer. Et bien tout ça, c’est fini, ça y est, on a été vieux…je ne m’en remets pas. C’est la faute de L’Ado, qui passe son temps à grandir bêtement. Il va finir par être plus âgé que moi, à ce rythme. Fils ingrat. C’est trop injuste, je veux avoir 4 ans et demi…

 En attendant, L’Ado cherche un job, de préférence dans les langues. Il ne nous croit pas qu’on lui dit qu’il ne trouvera  que caissier à Lidl ou responsable des extincteurs muraux au McDo (j’ai des références quand même. Pour ceux qui n’en ont pas, c’est du Gaston Lagaffe. Pour ceux qui ne connaissent pas Gaston Lagaffe, je ne peux rien pour vous)…ça y est, je me remets à penser comme une adulte…je n’en peux plus, au secours!.

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Un commentaire pour Le jour où j’ai parlé comme une adulte

  1. laurencemaneramoro dit :

    Ah mais tu as raison : ici à partir de 18 ans les boys ont droit à un mois de vacances et un mois de taf obligatoire… ils apprennent la vie , les horaires chiants , les contraintes et … les vrais gens différents de leur cocon ! Ça forge et ça encourage à … bosser en cours

    J'aime

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