Wizzboy, artiste peintre

Mercredi, jour des enfants…on est toujours en plein bricolage maintenant que les gros travaux sont finis et que Marichéri est encore en vacances. Il nous manquait des pinceaux: il a eu la bonne idée de suggérer d’aller au magasin de bricolage, qu’on peut pratiquement déclarer comme notre résidence secondaire, tellement on y passe de temps.

-On va y aller vite fait…

-Ahaha, c’est mercredi. Le jour des enfants.

-Oui et alors?

-Et alors, on est obligé de traîner Wizzboy avec nous.

Source

Malgré mes explications, Marichéri n’a pas mesuré toute l’étendue du problème au départ. Il a vite compris. Ça a commencé par un caprice monstre du charmant bambin qui a refusé de mettre ses chaussures: il s’est renseigné, au magasin de bricolage, il n’y a pas de cartes de football. C’est nul, il reste à la maison. Hurlements, bouderies et pugilats pour lui faire enfiler son blouson, et on était parti, lesté d’un gnome boudeur qui refusait d’avancer. On est des parents ignobles. Des tortionnaires d’enfants. Pour montrer sa contrariété dans la voiture, l’adorable enfant a tiré la langue à PrincesseChipie. Qui a répondu aussitôt en braillant. 8 km plus tard, c’est à dire une éternité, Wizzboy a reconnu l’enseigne, ça a l’air rigolo et il a décidé de nous faire un commentaire touristique du parking. Je l’ai trainé à bout de bras jusqu’à l’entrée alors qu’il voulait absolument savoir si il y avait plus de voitures rouges ou de voitures bleues. PrincesseChipie, qui aime les sciences, a suggéré de faire des stats sur les camionnettes aussi. Wizzboy a voulu faire demi tour pour aller voir ça quand soudain, miracle, il est tombé en admiration béate devant les ampoules. Il a tout à coup, vu le potentiel de bêtises possibles à faire dans un magasin de bricolage, c’est plein de jouets trèèès intéressants. Pour lui occuper les mains et éviter qu’il pique une perceuse ou teste toutes les vis, Marichéri lui a confié une mission: Wizzboy, c’est toi le conducteur du chariot. Le gamin n’en pouvait plus. Les mollets du monsieur devant non plus.

On est parti en zigzaguant en tous sens à la vitesse de l’éclair, emboutissant des rouleaux de papiers peints, réorganisant le rayon poignées de porte en coup de vent, littéralement, pilant devant des tuyaux…Wizzboy avec un chariot dans un magasin de bricolage, c’est Attila sous acide. Là où il passe tout n’est plus que dévastation et étiquettes mélangées. Les rares inconscients qui croisent son chemin doivent se réfugier dans les rayons pour ne pas se faire rouler sur les orteils ou embrocher directement dans l’œil droit par une planche qui dépasse du chariot et qu’il propulse inopinément sur le côté en faisant une embardée pour aller examiner les scies sauteuses de plus près. Aïe. Heureusement, mes lunettes m’ont sauvée. N’écoutant que son courage et sa patience limitée, Maricheri s’est jeté sur le char d’assaut l’instrument à roulettes au galop pour limiter les dégâts. Mais Wizzboy a une arme secrète. Sonore. Très sonore.

-ouiiiiiiiiiiinn, papaaaaaaaaa, c’est mon sssariot!

Mais il va se taire, le schtroumpf hurleur! Bon Wizzboy, ça suffit comme ça. Tiens, essaie de trouver la peinture. Ça lui a plu. Il nous a proposé un jaune canari après digestion absolument radieux. Aaah oui, c’est très joli mon chéri, mais on veut dire la même peinture que dans l’entrée, pour continuer la montée d’escalier. Je suis allée chercher avec lui dans le mauvais rayon, en ralant après ces empotés qui avaient dû ranger ça n’importe comment et maintenant Wizzboy doit tout vérifier, pendant que Marichéri prenait tranquillement un pot au bon endroit. Wizzboy l’a bien pris, ah ben ça alors, ils se sont bien trompés, les gens du magasin, hein maman? Absolument. Allez viens, on va payer, et attention, c’est toi qui surveilles pour voir si la dame compte bien, d’accord? Bref, le gamin était très content, et on est reparti sans incident. Il était tellement ravi d’être responsable qu’il a insisté pour ranger lui-même nos achats dans le coffre, Wizzboy, noooon, attention à la peinture!

Bref Marichéri est finalement d’accord avec moi. On en avait pour 5 minutes, ça nous a pris la matinée. Mercredi, le jour des enfants, c’est épuisant. Pour les parents.

Publié dans vie de famille | Tagué , , , , , | 5 commentaires

No, no, no, yes, no.

J’ai déjà parlé des séries typiquement britanniques qu’on regardait et qui n’ont pas traversé la Manche. Il y avait entre autres, the vicar of Dibley, une série d’aspect gentillet, centrée autour d’une vicaire femme qui décoiffe et qui débarque dans un petit village idyllique et so middle England. Il n’y a pas l’ombre d’un habitant étranger ou quelque peu coloré. Rien qui dépasse en apparence. Les villageois sont tous blancs et protestants. On suit les aventures du parish council, le conseil paroissial, présidé par le notable du village et regroupant une poignée de retraités divers. La campagne anglaise autour est magnifique, le village, absolument charmant. C’est bon enfant et sympathique au premier abord, mais ça permet aux scénaristes de faire sortir les pires énormités à tous ce petit monde, du zoophile aux obsédés, sans méchanceté mais avec jubilation. Ces caricatures de l’Angleterre profonde, lisse et bien-pensante, balancent des atrocités hilarantes avec l’air benoît. C’est tellement décalé par rapport à leur image et les histoires plutôt mignonnes de chaque épisode, que ça passe comme si de rien n’était. Tout ça pour dire que derrière la jolie image de carte postale à donner un orgasme à tous les politiciens nationalistes passéistes, il y a n’importe quoi, vraiment!

Un des personnages les plus drôles la série, Jim, est connu pour être un pervers gâteux et réjoui de l’être, mais aussi pour ces grandes tirades incompréhensibles du style: no, no, no, no, yes, no. On ne sait jamais ce qu’il veut, quelle est sa réponse ou son opinion. Et bien hier, encore une fois, c’est tout le parlement britannique qui a fait son Jim. Westminster, cette institution multicentenaire, radoteuse et croulante qui n’a plus toute sa tête mais rêve de grandeur passée, avec ses manifestants nudistes en pleine séance et son incapacité à répondre à la moindre question: no, no, no, no, no, yes, no. Jim a pris le pouvoir en Angleterre. C’est clair et net, pour la deuxième fois en quelques jours, les députés ont pris position sur le brexit: ils ne veulent pas du no deal. Ils ne veulent pas du deal. Ils ne veulent pas d’un autre deal. Ils ne veulent pas annuler tout. Ils veulent…ah, ben , on ne sait pas. No, no, no, yes, no. C’est aussi limpide qu’une réponse de Jim. Ils veulent tout et son contraire, en même temps.

Source Banksy a eu la bonne idée de représenter les députés de Westminster en singes en 2009.

May, pour une raison inconnue alors qu’elle se prend une claque à chaque fois qu’elle essaie de faire passer quoique ce soit au parlement, a pris ça comme un soutien à sa stratégie de négociation du brexit. Déjà c’est une surprise: personne n’avait remarqué qu’elle avait une stratégie, à part celle de la moule accrochée à son rocher de Downing Street. Ce matin, elle a organisé une énième réunion d’urgence du gouvernement, on va voir ce qu’on va voir. Comme la dernière fois donc, c’est à dire rien. Entre les ministres qui menacent de démissionner en cas de no deal, ceux qui menacent de démissionner en cas de deal, ceux qui menacent de démissionner en cas de report, ceux qui menacent de démissionner en cas de non report, ceux qui menacent de démission en cas de pénurie de frites à la cantine, May ne peut pas bouger d’un millimètre. La seule chose sur laquelle ils sont d’accord, c’est qu’elle est nulle et qu’il faut la remplacer d’urgence. D’ailleurs ils sont tous candidats. Tous. C’est ce qui sauve encore May, ils sont tous à l’affût et personne n’ose faire le premier geste au risque de se voir griller par un concurrent. Rien ne bouge, rien n’est décidé, rien n’est fait.

Pendant ce temps, l’Europe attend. Les européens en UK et les britanniques en Europe attendent. Les entreprises, les transporteurs, les supermarchés, les hôpitaux….tout le monde attend. Ce serait risible si ce n’était pas si grave. Les politiques anglais pourraient dire, comme Jim dans the vicar of Dibley: « on est les rois. Les rois sont tous des cretins congénitaux sans cerveau ». Welcome to Brexitland.

Publié dans Les colères | Tagué , , , , , , , | 8 commentaires

Sunny Monday #13

Bernie passe au jaune en avril. Pour une fois, je n’ai eu qu’à aller au fond du jardin pour trouver du soleil et de quoi coller au thème. Les arbres fleurissent de partout, c’est charmant. J’aime beaucoup, j’admire de loin, en croquant des antihistaminiques, histoire d’éviter la myxomatose comme l’année dernière. Pour l’instant, ça va. J’ai donc pris mon courage et mon iPad à deux mains pour traverser tout le jardin, mais je me suis quand même dépêchée, d’où le cadrage raté original.

Bonne semaine à tous!

Publié dans brèves | Tagué , , | 3 commentaires

Projet 52: matin

Cette semaine, Ma’ est matinale. Moi pas. Enfin si, par obligation maternelle. Je suis une lève-tard contrariée. Depuis qu’on est en France, dans un village, on a fait la connaissance d’un autre lève-tard: le coq, deux maisons plus loin. Cette bête, très sympathique, chante bien à tue-tête tous les matins, mais pas trop tôt non plus. On aime beaucoup ce coq, qui s’époumone quand on part à l’école en ce moment, mais jamais avant. En hiver, c’est encore pire, la brave bête n’entame pas ses vocalises avant le milieu de la matinée. On sent le coq à qui on ne la fait pas, il a mieux à faire que de succomber bêtement aux clichés qui voudraient qu’il chante au lever du soleil. Ce coq prend son temps le matin, c’est une vedette, il sait se faire attendre. Il a raison, on adore l’entendre en partant! Comme je n’ai pas osé sonner chez son propriétaire pour demander la permission de le prendre en photo, je me suis rabattue sur un de ses collègues.

Publié dans vie de famille | Tagué , , , | 8 commentaires

Friday Feelings #208

Bon, je vais essayer de ne pas parler du brexit dans ces états d’esprit de Zenopia et Postman. On est le 29 mars, et la date de sortie du royaume uni a été repoussée à on ne sait quand, peut-être le 12 avril, ou le 22 mai, ou dans un an, ou n’importe quand, ou pas du tout. Alors je souhaite juste un happy non-brexit day à mes amis là-bas, courage, accrochez-vous! Pour les autres, je vais tenter d’éviter de vous saouler encore avec ça.

Fatigue: aaah…pas du tout, c’est la forme, youpidoo! C’est fou comme je dors mieux quand Marichéri est en vacances et qu’on peut se lever plus tard pour amener les enfants à l’école.

Humeur: relativement guillerette…ça me fait peur moi-même, toute cette bonne humeur, je n’ai pas l’habitude.

Condition physique: gélatineuse

Estomac: caféiné et croissanté

Esprit: toujours aussi bordélique et partant dans tous les sens, en zigzags.

Boulot: allez hop, c’est parti pour la peinture: une entrée, un couloir, deux montées d’escaliers, deux paliers…tout ça avec 3m40 de plafond, de la rigolade!

Culture: Maricheri fait une cure de documentaires sur l’Égypte. Ça a l’air d’inspirer Capucine qui fait le sphinx devant. Juste devant l’écran je veux dire.

Avis perso: c’est très, mais alors très agréable de retrouver du calme après les travaux. Prochain épisode pas avant plusieurs mois et après, on attaquera l’extérieur.

Message perso: joyeux anniversaire xxx!

Loulous: L’Ado était excité comme une mite saoule la dernière fois qu’il nous a appelés: il allait voir un match du Real Madrid au Barnabeù. On n’a pas de nouvelle depuis, on pense qu’il est toujours en état d’extase…GeekAdo passait sa première épreuve du bac, les TPE. Pour ceux qui ont la chance de ne pas avoir de gamin en première, c’est un oral de groupe où ils présentent un dossier sur lequel ils ont bossé toute l’année. Son groupe a fait un truc sur les robots qui imitent les mouvements des poulpes, c’est dire si ça m’a captivé et si je suis capable de vous en dire plus. En tout cas, il était déjà particulièrement stressé quand Marichéri l’a déposé devant le lycée, une demi-heure avant le début de l’épreuve. C’est bon, tu es prêt, tu as tout ? Gniii. 14 minutes plus tard, nos deux téléphones se sont affolés: c’était GeekAdo. Qui avait oublié ses papiers d’identité. Le cher petit. Marichéri et le passeport de l’étourdi sont arrivés juste à temps, le gamin était en train de se décomposer littéralement devant l’entrée du lycée. La bonne nouvelle, c’est qu’après toutes ces émotions, il a oublié d’être stressé pendant l’examen. MangaGirl est désespérée par la nullité de sa prof d’anglais qui n’est même pas fichue de faire la différence entre le vrai anglais et l’American English…c’est effectivement le meilleur moyen de vexer une anglaise. PrincesseChipie a fait carnaval, déguisée en licorne. La différence avec les autres jours était subtile, elle porte naturellement des serres tête de licorne, des t-shirt avec des licornes, des tennis à licorne, des jeans aussi…oui mais là, elle n’était pas habillée avec des licornes, elle était une licorne. Effectivement. WizzBoy, qui était en minion, n’a retenu qu’une chose du carnaval: les crêpes au chocolat. Le reste, c’est pas important.

Divers: évidement, si on ne veut pas que ses parents soient au courant qu’on a une petite copine, on évite d’oublier ses papiers pour aller passer une épreuve du bac…en tout cas, cette gamine est dévouée: elle n’a pas hésité à risquer son propre examen en attendant l’arrivée du passport de GeekAdo avec lui. C’est mignon, inconscient mais mignon.

Amitié: voir l’introduction.

Love: il est toujours en vacaaaances!!!!

Penser à : je ne sais même pas par où commencer…

Course: c’est une catastrophe, le primeur sera en vacances la semaine prochaine!

Sortie: pas avant le week end prochain.

Envie de: vacances à temps plein.

Pic: je râle, je râle, mais je ne me lasse pas du nouveau carrelage…déjà, on peut marcher dessus sans risquer de se blesser, c’est plat, et ça va très bien avec mes chaussures, non?

Publié dans vie de famille | Tagué , , , , , , | 19 commentaires

Throwback Thursday Thunder: to an ex friend

Suite à mon billet de hier, j’ai eu des questions (merci, j’adore les questions!). Avant qu’on quitte Brexitland, j’avais écrit un billet qui se voulait une lettre d’adieu à d’anciens amis anglais. Je précise de suite que j’ai aussi rencontré notamment grâce à mes engagements anti-brexit, des anglais formidables, d’une tolérance et d’une détermination à toute épreuve, et je suis extrêmement flattée que des gens aussi merveilleux qu’eux me considèrent comme une amie. Mais je parlais d’amies, ou plutôt d’ex amies que je connaissais depuis plus de 10 ans et en qui j’avais une confiance totale. C’est ballot de ma part. Celle qui m’a accompagné à une échographie pour Wizzboy, celle qu’on a soutenu quand elle a quitté son mari, celle dont j’ai organisé les 40 ans, celle qui m’a surprise avec une baby shower, celle dont les enfants faisait partie de la maison, tellement on était habitué à les avoir à table, celle que je considérais comme la personne la plus gentille au monde…vous allez me dire, peut-être que je ne sais pas choisir mes amies, c’est tout. Oui, mais en 10 ans, elles auraient quand même eu l’occasion de me montrer que notre amitié les dérangeait, non? Parce que là rien jusqu’au brexit, jusqu’au premier « conseil » hypocrite, suivi de la première insulte. Alors voilà je reposte ce billet aujourd’hui pour répondre à ceux qui m’ont demandé comment j’avais vécu la période post référendum. Je suis toujours en colère après ces britanniques qui étaient les polis, les gentils, les ouverts d’esprit. Ceux qui ont un cerveau en état de marche. Ceux qui étaient mes amis. Ceux qui ont choisi de ne plus l’être. Et oui, c’est du vécu.

Source

Ceux qui m’énervent encore, ce sont ces amis éclairés, cosmopolitains, qui ont fait parfois campagne très vocalement pour rester dans l’Europe. Qui comprenaient très bien les tenants et aboutissants du vote, qui n’étaient pas dupes des mensonges de certains brexiters qui tentaient de cacher leur xénophobie délirante derrière des arguments pseudo rationnels d’intérêt national. Je pense à ces britanniques qui manifestent contre Trump, qui s’indignent devant les images de guerre, qui pleurent le sort des réfugiés (à condition qu’ils soient loin bien sûr) et qui continuent à poster sur les RS des images de licornes à paillettes bramant des slogans pré vomis d’amour universel, librement inspirés d’une bouillie de citations troquées et massacrées de Martin Luther King, Gandhi ou carrément John Lennon. Ils sont les gentils, les intelligents, les bons…forcément. Et ils se taisent quand on se fait insulter devant eux. Ils détournent les yeux d’un air gêné quand on se fait agresser devant eux. Ils nous ignorent, nous oublient, nous effacent par leur indifférence, par leur lâcheté quotidienne. Surtout ne pas prendre parti, ne pas se faire remarquer, ne pas voir, ne pas entendre, ne pas dénoncer. Et puis, si on te traite de vermine de française devant tes enfants, c’est peut-être que tu l’as bien cherché…il faut comprendre les brexiters, ils n’ont pas tout à fait tort, tu es quand même bien française, non? Sois un peu tolérante!

Ma colère contre ces anciens amis ne faiblit pas. Elle est à la mesure de ma déception. Où sont leur ouverture d’esprit, leur tolérance, ce que je croyais être leur culture british, leur humour? Disparus, envolés, surtout ne pas faire de vague. Accepter tout sans broncher, ou mieux, en se cachant la tête dans le sable. On ne peut pas protester contre ce qui n’existe pas, n’est-ce pas? Alors c’est facile, il suffit de refuser de voir la xénophobie, le racisme, les discriminations officielles, et voilà, problème réglé. Ils sont pénibles ces européens à protester comme ça. Prenez un peu sur vous aussi, au lieu de casser l’ambiance. Vous avez peur d’être déportés alors que vous êtes ici légalement? ah ben oui, mais c’est la vie hein. On n’y peut rien. Chacun ses problèmes. Ce n’est pas poli de râler. En tout cas, ce n’est pas poli ici. Vous n’êtes pas si intégrés que ça finalement, hum? Peut-être qu’effectivement, vous feriez mieux de « go back where you come from », pour votre bien évidemment…et notre tranquillité d’esprit un peu aussi. Puisqu’on vous dit qu’on est les gentils, nous. Arrêtez de vous agiter comme ça, arrêtez de vous faire insulter devant nous, on ne fera rien mais ça dérange notre bonne conscience. C’est votre faute à attendre de nous qu’on se comporte en amis, en gentils, en civilisés. Qu’on applique à notre pays, à nos vies, à notre conduite les grands principes qu’on exige des autres. Sérieusement, vous pouvez pas dégager si vous n’êtes pas contents d’être discriminés? Vous nous gênez en fait. Laissez-nous ne pas voir, ne pas entendre, ne pas comprendre, ne pas protester, ne pas réagir, ne pas compatir, ne pas tendre la main. Laissez-nous nous taire et nous cacher bien tranquilles derrière notre lâcheté ordinaire.

Alors je vous ai laissés. Je sais que vous m’en vouliez, que vous ne compreniez pas pourquoi je me suis vexée quand vous m’avez dit de partir « chez moi », puisque je n’étais plus heureuse en Angleterre . Je pensais que j’y étais chez moi, et je croyais naïvement que vous le pensiez aussi. Je pensais être juste votre amie, pas votre amie étrangère. Votre silence et votre indifférence m’ont fait bien plus mal que toutes les insultes de tous les xenophobes, que toutes les directives délirantes de votre gouvernement pour nous rabaisser constamment. Alors profitez bien de votre brexitland, vous ne l’avez peut être pas voulu, mais c’est votre acceptation passive qui le rend possible. J’ai suivi vos conseils, I went back where I came from. Good luck, you will need it more than me.

Publié dans Les colères | Tagué , , , , | 16 commentaires

Regrets? Hell no!

Ce n’est pas une surprise pour ceux qui ont la gentillesse de me lire régulièrement (merci mille fois): je continue à suivre de très, très près l’actualité britannique en générale et brexiteuse en particulier. En ce moment, il faut s’accrocher tellement c’est la pagaille générale. Comme j’en parle assez souvent, j’ai eu la surprise d’être contactée par des médias français qui se sont enfin rendus compte qu’il se passait quelque chose de l’autre de la Manche. On m’a demandé plusieurs fois si je regrettais d’être partie. Pas franchement non.

Source

Je scrute l’évolution d’une pétition qui demande purement et simplement la révocation du brexit, mais c’est parce que ça m’intéresse, pas parce que j’ai envie de repartir en Angleterre. Elle a atteint presque 6 millions de signature à l’heure où j’écris (je mets le lien ici au cas improbable où des britanniques ou des européens en UK qui me lisent, ne sont pas encore au courant). On peut voir le pourcentage de signataires par constituency, par circonscription. J’ai donc regardé pour notre ancienne circonscription: 6,2%. Voilà. Il n’y a que 6,2 % de la population qui réclame l’annulation du brexit là où on vivait. Et c’est une circonscription assez rurale, pas très peuplée. Si ça se trouve, je connais personnellement tous les signataires sur place: les européens et leurs conjoints (et encore, je suis sûre que deux ou trois françaises pourtant pas naturalisées et mamans au foyer, donc ne rentrant pas dans les cases pour rester sans problème, que j’ai eu le « bonheur » de côtoyer, n’ont pas signé. Mais je ne dirai pas du mal des gens…). Tant que j’y étais, j’ai aussi regardé ce que ça donnait dans « la capitale du brexit » selon une chaîne d’info française, c’est à dire la circonscription à côté, dans le même borough council (communauté de communes). 2,9%. Soit une poignée de rigolos semi analphabètes (à cet endroit, c’est courant), qui ont probablement dû signer pour faire une blague ou par erreur (mais j’ai promis que je ne dirai pas du mal des gens…). Youpidoo donc.

Parallèlement, une autre pétition a été lancée pour demander au contraire un no deal, une sortie brutale. Elle est beaucoup plus confidentielle et remporte peu de succès. Quelqu’un a eu la bonne idée de faire une infographie pour montrer les endroits où cette deuxième pétition a plus de signatures que celle réclamant l’annulation du brexit. Devinez quoi? Et oui…notre ancienne constituency figure en bonne place parmi les rares où le no deal l’emporte. On avait vraiment bien choisi notre coin! Tout ça pour dire qu’il me suffit de regarder ces chiffres pour me souvenir des insultes, des regards qui se détournent, de l’ostracisme subi par mes enfants. De mon angoisse permanente, de cette peur panique qui m’empêchait de sortir de chez moi, de cette parano sourde quand je croisais quelqu’un. Alors est-ce que j’ai des regrets être partie? Pas du tout! J’ai une vie normale maintenant, enfin aussi normale que possible en sachant que Marichéri doit rester quelques nuits par semaine à Londres. Je ne m’inquiète pas plus que ça pour l’avenir de mes enfants (sauf pour L’Ado qui doit encore faire un an à Londres). C’est à dire qu’en ce moment, je stresse pour le bac de français de GeekAdo, mais je ne me demande plus si on ne va pas l’expulser du pays à 18 ans ou si il ne va pas être roué de coups dans le bus à cause de son nom étranger.

On m’a aussi demandé si il n’aurait pas suffit de déménager dans un coin de Grande Bretagne plus accueillant. On y a pensé, brièvement. Déjà, il est beaucoup plus facile et rapide d’aller à Londres depuis le Pas de Calais que depuis certains comtés anglais. Et même si on trouve un endroit où les habitants sont accueillants et ouverts, la loi sera la même dans tout le pays. Le brexit s’appliquera partout, les conséquences économiques seront les mêmes partout, que les voisins soient sympas ou pas. Quand je regarde l’état d’épuisement nerveux de mes amis restés là bas, je pleure pour eux. Je ne sais pas comment j’aurais tenu. Ils sont bringuebalés jour après jour entre espoirs que le brexit soit annulé et terreurs face aux conséquences d’un no deal. Pour chaque petit pas en faveur de leurs droits, ils se prennent une nouvelle révélation catastrophique sur les implications du settle status qu’on leur impose. Ça fait bientôt trois ans qu’on joue avec leur vie comme ça. Ils n’ont toujours aucune idée de ce qu’ils vont devenir. Alors des regrets? Hell no!

Tant que j’y suis, je précise à d’éventuels partisans du frexit qui viendraient faire campagne dans les environs que j’ai déjà tout entendu. Sauf que maintenant, je n’ai plus peur qu’on me foute dehors, j’ai des preuves anglaises que leurs idées sont aussi stupides que suicidaires et je suis beaucoup moins patiente. Maintenant, je mords.

Publié dans vie de famille | Tagué , , , , , , | 7 commentaires

Le petit requin bourdonne

On vit dans une ruche…je ne vois pas d’autre explication possible. Au moment où j’écris, le couloir qui dessert tout le rez de chaussée est en train d’être carrelé. Ça ne lui plaît pas, il résiste depuis 4 jours (ouvrables, il boudait aussi ce week end), à coup de sol qui penche et de murs qui partent en biais. On passe sur les planches soutenus par des piles de briques pour aller d’une pièce à l’autre. Des tas de portes et fenêtres sont ouvertes, sauf celles par lesquelles on pourrait passer. Ça permet à la fois de se geler et de bien profiter du cri mélodieux du carrelage qui crisse de joie à chaque découpe. On y rajoute les coups de maillet pour les mettre à niveau, la scie sauteuse qui comme son nom l’indique, gambade joyeusement sur les plinthes, c’est carrément symphonique. Et poussiéreux.

La poussière s’élève en volutes compactes jusqu’au premier. Elle tombe sur la femme de ménage. Je n’ai pas eu le cœur de lui dire de ne pas venir cette semaine. Elle est très gentille. Elle se bat contre l’envahisseur poussiéreux avec acharnement et inefficacité. C’est carrément Sysiphe, mais avec un aspirateur, lui-même en pleine crise d’asthme vu ses râles d’agonie. La femme de ménage est à fond, surtout que le premier est le seul niveau habitable. Parce que le deuxième est squatté par Marichéri, sa scie, son marteau et son parquet. Il déplace des meubles, qui protestent bruyamment. Il scie des encadrements de portes et des lattes de bois, qui hurlent au scandale. Il s’énerve avec son marteau sur à peu près tout. Je rappelle que Marichéri est très musical, ça s’entend bien, même si malheureusement sa scie sauteuse refuse de s’exprimer en harmonie avec celle du carreleur. C’est pas grave, Penny prend sur elle de faire des vocalises paniquées dans l’escalier (l’acoustique de la cage d’escalier est excellente), pour participer et unifier tout ça.

On passe de la chose de gauche au sol de droite. Le carrelage d’origine était non seulement cassé (ça n’a pas l’air, mais impossible de marcher dessus pieds nus, entre les carreaux qui se soulevaient et ceux qui étaient fendus en deux, sans risquer de se couper une artère), mais la chape était d’époque aussi. C’est à dire qu’on avait une mini couche de plâtre qui ne tenait plus, et une bonne cinquantaine de centimètres de sable en dessous (et donc au dessus des voutes de la cave, je ne sais pas si c’est très clair). Il fallait tout refaire…c’est un long, comme légende de photo non?

Et moi? Je ne peux pas fuir au fond du jardin, comme Capucine. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas sortir (le carrelage pas sec, tout ça…). J’ai l’air de ne rien faire, mais je passe ma vie à fournir toute la maison (GeekAdo n’a pas cours aujourd’hui) en cafés, et c’est du boulot! Je soutiens moralement Marichéri. J’admire les découpes de carrelage. Je discute avec la femme de ménage. Je retourne faire des cafés. Et j’attends le moment où les nuages de poussière vont se dissiper pour passer à l’attaque. Parce que c’est bien gentil de s’agiter de partout en faisant croire que je ne fais rien qu’à me prélasser sur mon canapé, mais qui c’est qui va devoir se taper la peinture du couloir et des cages d’escalier après? Et vernir les escaliers? Pendant que la ruche, pardon la maison du petit requin se reposera? Voilà. Y aura-t-il seulement quelqu’un qui pensera à m’approvisionner en cafés?

Bref, les travaux avancent bien. Pendant que ça bourdonne de tous les côtés, je culpabilise dans mon coin. Je pense à mes amis en Brexitland, à ceux qui voudraient partir mais ne peuvent pas, je pense à la chance qu’on a eu. Je me trouve grotesque aussi avec mes petits problèmes de privilégiée…je tourne en rond en essayant de me rendre utile. Je me prends pour Mrs Doyle, dans Father Ted (une série hilarante. Pour les non initiés, j’en ai parlé ) mais au lieu de harceler les gens à coup de cups of tea, c’est avec du café. Allez, vous en prendrez bien une autre, histoire que je serve à quelque chose: go on, go on, go on!

Publié dans vie de famille | Tagué , , , , , , | 9 commentaires

Sunny Monday #12

Dernière ouverture pour le défi de Bernie avant de passer au thème d’avril. C’est d’autant plus un défi qu’on ne peut pas ouvrir notre porte d’entrée depuis vendredi, pour cause de carrelage. Enfin si, aujourd’hui, on peut. C’est sec devant la porte. Mais pas le couloir. Donc on peut faire un mètre, admirer la chose, ressortir en refermant la porte et faire tout le tour pour passer par la cuisine. On a des planches montées sur briques pour aller du salon au bureau, de la cuisine à l’arrière cuisine, tout un parcours pour atteindre l’escalier…quand on a mon sens innée de l’équilibre qui me fait me rétamer en montant sur un gravier, c’est la joie. C’est mal fichu quand même, ce couloir qui distribue tout! Enfin bref, je continue mon thème dans le thème avec des ouvertures qui nous font voyager. Cette fois, on passe à Rome.

Bonne semaine à tous!

Publié dans Tourisme | Tagué , , , , | Un commentaire

La phrase de la semaine #26

La citation de la semaine date de vendredi. Le carreleur avait juste commencé l’entrée. Il a même commencé pile devant la porte d’entrée, c’est à dire qu’on ne pouvait absolument pas passer. Quand ça a sonné au portail, j’ai donc fait l’effort admirable de sortir par derrière, de contourner toute la maison et de me dépêcher d’arriver dans des gerbes de graviers dans l’allée (qui monte) pour ne pas faire attendre le ou les sonneurs. Je me trouve bien gentille, tiens. J’ai déboulée, essoufflé et me confondant en excuses, la porte, le carreleur, le temps de séchage, tout ça, pour être accueillie par deux revêches qui n’ont pas hésité à me dire ça:

Et ils m’ont tendu leur polycopié baveux avec un Jésus bizarrement verdâtre nageant au milieu d’une sorte de placenta radioactif. Non pas ça va pas?!? Dans le meilleur des cas, j’ai déjà du mal à être aimable quand on vient me harceler pour me vendre une secte, mais si en plus on m’engueule parce que je ne suis pas arrivée assez vite, je risque d’être très peu réceptive à leur logorrhée verbale. Je ne dis pas, chacun croit à ce qu’il veut, que ce soit témoin de Jéhovah, pastafarian, druide ou Jedi, ça ne me regarde pas, mais pourquoi, pourquoi venir embêter les gens jusqu’à chez eux? Ça a déjà converti quelqu’un? Sérieusement? Et puis, il faut qu’ils revoient leur cours de marketing religieux, ces deux génies incivils, parce qu’on réussit rarement à enfumer quelqu’un en l’agressant dès le départ! Ça a d’ailleurs conduit rapidement au leur. De départ, je veux dire.

Publié dans brèves | Tagué , , , , | 10 commentaires