Emily Brontë, à peu de choses près


J’ai déjà dit et répété à quel point je suis fan de Jane Austen. Soyons clairs, je ne voue pas la même admiration sans borne aux sœurs Brontë, principalement parce que je trouve toutes leurs histoires déprimantes. Mais avec toute mon incapacité pour, je suis toujours prête à faire l’apologie d’autrices géniales qui ont en plus réussi à se faire publier à une époque où on considérait que les femmes étaient juste bonnes à pondre des gosses et rapiécer des chaussettes ou inversement. Il faut reconnaître aussi que je préfère nettement wuthering heights (les hauts de hurlevent) que Jane Eyre. J’ai du mal avec le côté bluette de la chose (oui, je sais, c’est un chouïa résumé, je n’ai jamais dit que je n’étais pas de mauvaise foi). Bref, à choisir entre ces trois génies de la literature anglaise, je préfère Emily que ses sœurs et ça tombe bien, c’est son anniversaire aujourd’hui! Alors comme il y a longtemps que je n’ai pas massacré sauvagement une biographie, c’est parti. Hop.

Source toute la joie innée de la petite Emily en une phrase.

Alors donc la petite Emily naît le 30 juillet 1818 dans le Yorkshire et une famille nombreuse à moitié irlandaise, ce qui déjà n’incite pas à la rigolade. Là dessus, sa maman meurt, alors qu’elle a 3 ans (Emily, pas sa mère, un peu de sérieux). Leur papa, sous-vicaire et bien embêté avec sa marmaille, se débarrasse des gamines en les envoyant en pension et c’est là qu’on commence à se demander si elles n’ont pas la poisse. Voilà qu’une épidémie de typhus ravage leur pensionnat et on les rapatrie à la maison, où les deux sœurs aînées de Emily en profitent pour mourir aussitôt, probablement pour protester contre les conditions d’accueil de la petite enfance de l’époque ( leur charmant pensionnat servira de modèle à Charlotte dans Jane Eyre, on se sent de suite qu’elles ont dû bien rigoler dans leur bouge infâme charmante colo). Emily et les survivantes (Charlotte et Anne) ont dès l’enfance, de grandes prédispositions au comique avec tout ça. Ce pauvre monsieur Brontë qui a déjà perdu sa femme et deux filles décide que ça suffit comme ça, il garde ce qui lui reste de gamines à la maison, plus d’école et pratiquement plus d’interaction avec l’extérieur, c’est plus prudent. De toute façon, avec la malchance qu’ils ont, ses gosses seraient fichus de provoquer des inondations en plein désert et c’est pas avec son salaire de misère qu’il pourrait payer les compensations. Je résume un peu…

Bref, Emily a une enfance désopilante…heureusement qu’elle s’entend bien avec son frère Branwell et ses sœurs, Charlotte et Anne parce que niveau sociabilité, c’est pas ça. C’est pas qu’ils s’ennuient ferme mais bon, il n’y avait pas la télé et je ne parle même pas du wifi. Encore aujourd’hui, essayez donc de trouver une connection correcte au fin fond du Yorkshire, alors imaginez au début du dix-neuvième…je m’éparpille de plus en plus. Pour ne pas sombrer définitivement dans la neurasthénie, les gamins Brontë lisent tout ce qui leur tombe sous la main, même si ce n’est pas forcément de leur âge, et pour s’amuser (c’est une façon de parler, c’est quand même la famille où on rit quand on se coince les doigts dans un cercueil, et de préférence celui d’un proche), ils écrivent de petites histoires. C’est toujours mieux que de tomber dans l’alcoolisme infantile.

A 17 ans, Emily tente une sortie. Elle suit Charlotte qui devient prof, à la Roe Head’s girls school, mais comme élève. Bizarrement, ça ne provoque aucune catastrophe majeure, mais Emily, en bonne petite asociale pathologique, péte les plombs et repart très vite se terrer à la maison. On sent la fille équilibrée et joyeuse. Ou pas. On tente de s’en débarrasser une nouvelle fois en la casant comme prof dans une autre école à Halifax quand elle a 20 ans. Ça ne loupe pas, elle tombe malade. A parti de là, on ne la sort plus pendant plusieurs mois, elle en est ravie. Sauf que les 3 sœurs ont comme projet de monter leur propre école pour filles, ça veut dire voir de vrai gens, dans la vraie vie. Anne réussit à traîner Emily jusqu’à Bruxelles pour apprendre le français et l’allemand pour leur école. Et paf, pendant que Anne s’éclate et qu’Emily s’enfonce dans la déprime et l’asociabilité en Belgique, c’est leur tante, qui les a élevée, qui en profite pour mourir. Ça faisait longtemps qu’il ne se passait rien dans cette famille de petits comiques. Emily et Anne rentrent dans le Yorkshire et les trois sœurs ouvrent leur école en 1844. Et là, oh surprise, elles n’arrivent pas à trouver d’élève, ah ben ça alors. Non parce qu’une école sans élève, c’est ballot. C’est pas comme si elles vivaient au fin fond du milieu de nul part et qu’elles n’avaient pour ainsi dire aucune connaissance IRL en dehors de leur papa et de leur frère depuis l’enfance…bret c’est un flop et les trois pauvres filles plongent dans la poésie, par ennui.

Charlotte, Anne et Emily publient leur premier recueil de poésie, sous des pseudos masculins, en 1846. C’est un triomphe, elles en vendent …2 copies. En 1847, Emily sort toute seule les hauts de hurlevent et c’est un scandale. Les anglais du dix neuvième sont choqués par l’ambiance légèrement noire de ce chef d’œuvre (sans compter que ça a inspiré un autre chef d’œuvre, musical cette fois et une vidéo culte de Kate Bush). C’est aussi un petit peu violent, graphique, amoral, gore, brut…enfin bref, c’est très frais. Mais tout le monde reconnaît que c’est remarquable. Du coup, on pourrait croire que les choses vont s’arranger pour Emily, mais c’est mal connaître sa nature de boute-en-train. A peine son bouquin publié, voilà que son frère meurt et qu’elle prend bêtement froid à l’enterrement, alors que pourtant, elle est entraînée (aux enterrements familiaux je veux dire. Au froid aussi, le Yorkshire, c’est moins riant que les Bahamas). Emily meurt de tuberculose trois mois après son frère, le 19 décembre 1848. Qu’est-ce qu’on rit.

Les avis divergent sur Emily. Charlotte l’a toujours défendue et a tout fait pour la présenter comme une fille sympa mais juste timide, à tendance écolo avant l’heure. Les rares personnes qui l’ont aussi approchée, parlent plus d’une fille profondément asociale à tendance psychopathe contrariée…je ne sais pas si c’est une bonne idée de lui souhaiter un bon anniversaire du coup…mais d’après ses vrais biographes modernes, c’était une incomprise féministe en avance sur son temps. Ça me plaît.

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3 commentaires pour Emily Brontë, à peu de choses près

  1. La Nébuleuse dit :

    « Les avis divergent sur Emily. Charlotte l’a toujours défendue et a tout fait pour la présenter comme une fille sympa mais juste timide, à tendance écolo avant l’heure. Les rares personnes qui l’ont aussi approchée, parlent plus d’une fille profondément asociale à tendance psychopathe contrariée… » Mais… tout ça n’est pas incompatible, on est d’accord 🙂 ? ça n’est pas forcément pathologique d’être asocial, enfin je le vois comme ça du moins, on peut être profondément angoissé par les relations sociales et être quelqu’un de charmant.
    Merci en tout cas pour cette chronique d’autant plus honnête si tu n’apprécies que peu les soeurs Brontë !^^

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  2. Je me souviens avoir lu leur biographie sous forme de bande dessinée quand j’étais gamine et ça m’avait effectivement déprimée… et ce n’était que la réalité!

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  3. carrie4myself dit :

    Faut que je m’y mette!!!! Pas encore lu!

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