Brexodus, one year on


C’est l’heure des bilans en ce moment, et comme ça va faire un an qu’on est ici, je risque d’en faire beaucoup. On a quitté brexitland le 18 janvier, à la fois soulagé et triste de partir. J’y reviendrai. Mais comme je parlais hier de la maison du petit requin, je me suis demandée, devant certains commentaires (que je n’ai pas laissés passer) si je m’y sentais enfin chez moi. Si je me sens à ma place en France. C’est là que j’ai spontanément écrit le titre en anglais. C’est pas gagné…

Source

Je suis infiniment contente de ne plus vivre en brexitland, c’est une certitude. Mais je ne suis pas encore totalement sûre d’être chez moi ici non plus. Je lis beaucoup de témoignages d’européens qui comme nous, sont partis, ont fui un pays qu’ils aimaient profondément et où ils avaient construit toute leur vie d’adulte. Plus de 150 000 européens sont déjà partis et beaucoup s’y préparent, par choix, dégoûtés de la façon dont on nous traite, ou par obligation: leurs entreprises ferment ou se délocalisent, ils suivent. Pour certains, c’est par anticipation, ils savent qu’ils ne rentrent pas dans les cases du home office et ils préfèrent prendre les devants avant d’être contraints de partir. Beaucoup d’autres enfin aimeraient pouvoir partir mais sont coincés en brexitland, on n’abandonne pas comme ça un boulot, un prêt immobilier, sa famille qui ne peut ou veut pas forcément suivre…

Tous ne vont pas dans leur pays d’origine, mais c’est le cas de la plupart. C’est quand même plus facile de trouver du boulot et de reconstruire sa vie quand on parle la langue. Sans compter qu’il y a beaucoup de familles mixtes, le ou la partenaire britannique a plus de chance de parler la langue de son/sa campagne, à force de vivre avec, qu’une troisième langue européenne. Pareil pour les enfants. Certains témoignages sont négatifs, la réadaptation est trop dure, mais la plupart sont positifs, à divers degrés. Tous, on compare avec nos anciennes vies, en Grande-Bretagne. Il fait faire le deuil de ce qu’on a laissé et ça prend plus ou moins ce temps selon les personnes. Ceux qui ont la nostalgie de notre ancien pays d’adoption pré-brexit ont le plus de mal, ceux qui ont été le plus marqués par les événements post-brexit sont généralement soulagés de leur nouvelle vie. On en est à trouver formidable de ne pas avoir peur de dire bonjour dans la rue sans se faire agresser à cause de notre accent. On trouve extraordinaire d’avoir une vie normale…seulement, ça ne suffit pas pour se sentir chez soi. Je suis peut-être trop exigeante, mais j’ai envie de me sentir bien ici, non pas uniquement parce que ce n’est pas brexitland, non pas parce que ça a été un refuge, mais parce que j’y trouve naturellement ma place. Il y a toujours cette impression bizarre d’être en exil dans notre propre pays.

Je suppose qu’il faut du temps. Certains n’ont pas tenu, et sont repartis au bout de quelques mois, pour aller encore plus loin, ou même pour revenir au Royaume-Uni. Beaucoup dans ce cas-là misent sur une éventuelle indépendance de l’Ecosse et décident de s’y installer. D’autres repartent, mais prudemment, sans complètement défaire les valises, sans vraiment s’installer…pour nous, c’est clair, il est hors de question qu’on retourne en Brexitland. Après, non, je ne me sens pas encore complètement chez moi, les derniers événements au goût nauséabond de déjà vu n’aident pas. J’ai toujours l’impression d’être en suspens. Mais j’espère que ça viendra…

Cet article, publié dans société, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour Brexodus, one year on

  1. Je te souhaite de te sentir un jour « au bon endroit », à l’endroit qui te convient vraiment… ❤

    J'aime

  2. Cecile dit :

    Oh combien je vous comprends … Pas facile de se sentir chez soi et à sa place quand on a vécu un tel parcours … Mais cela ne fait q’un an, et la rénovation du petit requin vous a accaparée …
    Dès que vous retrouverez un peu de temps, vous reprendrez des activités sociales plus propices à un vrai ‘nesting’. Je suis certaine que 2019 sera porteur de nouvelles rencontres et de nouvelles amitiés et cela va tout changer.
    Ce que je retiens de positif, c’est que vous avez eu le courage de prendre votre vie en main et de ne pas continuer à subir les conséquences néfastes du brexit. La fuite est parfois la meilleure stratégie et la plus salvatrice. De plus, vous avez la chance d’avoir traversé cette épreuve avec votre famille au complet, une famille restée unie et soudée dans l’épreuve, vos enfants font preuve d’une capacité d’adaptation remarquable et c’est sûrement parce que vous parents, vous avez su leur donner un sentiment de sécurité, de confiance, d’amour qui les aident à grandir et à trouver leur place comme de futurs citoyens du monde.
    Bref, je vous dis : good job, miss Pomdepin, you can be proud of yourself 😉

    J'aime

  3. Joëlle dit :

    Je comprends qu’il te faille du temps pour te réadapter et te réintégrer. La rénovation du Petit Requin y a sûrement aidé.
    Ce qui me met en rage, ce sont ceux qui ne sont jamais sortis de chez eux et qui ne trouvent que du mal à dire de la France. Évidemment notre pays n’est pas parfait (tu en connais un, toi?) mais on y a tellement d’avantages, comme la sécurité sociale, pour n’en citer qu’un!
    Bonne année 2019, Pomdepin!

    J'aime

    • pomdepin dit :

      C’est vrai que quand je compare avec le NHS qui est en faillite totale, le système français est plutôt pas mal. D’ailleurs des anglais viennent se faire opérer ici!

      Aimé par 1 personne

      • Joëlle dit :

        Oui, et même des américains d’après le New York Times, forcément, vu ce que ça coûte là-bas. J’espère seulement que ce n’est pas notre sécu (et donc nos impôts) qui paie les factures!!!

        J'aime

      • pomdepin dit :

        Pour les américains, je ne sais pas. Pour les anglais, la sécu se fait rembourser par le NHS, c’est un mécanisme européen. Par contre, après mars, on ne sait pas comment ça marchera

        Aimé par 2 personnes

      • carrie4myself dit :

        Ma gyneco en region parisienne avait des patientes anglaises qui venaient se faire ausculter en France car mal fait en Gb….

        J'aime

  4. carrie4myself dit :

    Il faut du temps au temps.
    Les conditions d edepart, les travau effectues, le mois de Janvier deprimant, les evenements recents, tout ca n’aide pas pour se dre: Yes we’ve done it, I’m pleased.
    Non, ca laisse un gout amer, un sentiment de gachis….
    It takes time but you’ll find your place one day
    xxx

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s