Les méandres de Westminster

J’ai passé la soirée de hier suspendue aux élucubrations du parlement britannique. A 16 jours de la date prévue pour le brexit, la situation est très simple: les britanniques ne veulent pas de l’accord de sortie négocié avec l’Europe à cause d’une clause sur la frontière irlandaise qu’ils ont eux même exigé. Ils ne veulent pas non plus partir sans accord. Enfin, une minorité si, mais les autres non. Pareil pour une annulation pure et simple du brexit, un deuxième referendum ou des élections anticipées. Seule une extension de la période de négociation semble faire ou presque, l’unanimité. Ils continuent à négocier entre eux, oubliant allègrement que c’est à Bruxelles de décider si ils acceptent ou non cette demande d’extension. C’est tellement la pagaille, personne ne sait ce qui va se passer dans le prochain quart d’heure, le pays tangue et vogue à toute vitesse vers on ne sait quel avenir…et le gouvernement et les députés de Westminster continuent à brasser du vent. Pour me changer les idées, et essayer de me rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, je comprenais encore quelque chose au fonctionnement du parlement britannique (avant le brexit donc, avant que les députés petent les plombs), j’actualise un très vieux billet sur Westminster.

Touristiquement parlant, c’est un must, c’est un des plus beaux monuments historiques de Londres. Westminster a été construit en 1099, par le fils de Guillaume le conquérant, lui aussi Guillaume, bref, grâce aux français, ahaha. Un incendie a ravagé une grande partie du bâtiment d’origine en 1834, cependant le great hall, la grande salle principale a survécue, le reste a été reconstruit. Mais Westminster n’est pas qu’un monument historique, il s’y passe aussi des tas de choses de nos jours. La chambre des lords, House of Lords, et la chambre des députés House of Communs (dans le sens commun des mortels, opposés aux lords, c’est charmant), y siègent. D’après la brochure officielle, les Lords passent leur temps à débattre doctement sur des propositions de lois. D’après ce qu’on peut voir à la télévision, ils passent leurs temps à dormir dans les travées ( la moyenne d’âge est élevée) ou à faire des gestes obscènes avec un panache remarquable: la très respectable baronne Trumpington est devenue une célébrité à plus de 90 ans pour un geste que je recommanderais d’éviter aux expatriés tout juste arrivés et qui ne savent pas encore ( une sorte de V de la victoire, mais à l’envers…je ne vais pas vous faire un dessin quand même! C’est extrêmement vulgaire, mais bizarrement délicieux quand ça vient d’une vieille dame, surtout à Westminster). Les Lords sont nommés par la reine, sur recommandation du premier ministre. Les titres sont vendus aux plus offrants ne sont généralement plus transmissibles aux descendants (imaginez, si David Beckham est anobli, au moins ça ne lui survivra pas, on n’aura pas Lord Brooklyn, Lord Roméo ou Lord Passoire ou je ne sais quoi pour décider de la constitutionnalité d’une loi dans 50 ans. Ça rassure).

Les députés de la House of communs eux, sont élus dans une circonscription, un peu comme en France (une constituency). Il y a trois partis principaux, chacun avec ses couleurs, à l’image des équipes de foot, les conservateurs en bleu, ou tories pour les intimes, le labour en rouge et les libéraux démocrates, malheureusement en jaune. Malheureusement, car les représentants masculins de chaque parti, dans un souci pédagogique certain, et pour qu’on puisse les différencier un peu les uns des autres, ce qui n’est pas toujours évident, ni physiquement, ni par leurs discours, portent souvent une cravate à la couleur du parti qu’ils représentent. Pas toujours facile de porter une cravate jaune, on tombe vite dans le canari pétant, ou le fluo scintillant. On peut rajouter les indépendantistes écossais, les verts, les unionistes irlandais du DUP et depuis quelques semaines les indépendants, composés de 12 courageux qui ont démissionné du Labour et des Tories, écœurés par la gestion calamiteuse du brexit de leurs anciens partis. Il n’y a plus de député UKIP, le parti facho brexiteur (leur seul élu venait d’à côté de chez nous à Clacton et il a démissionné), mais ils se rattrapent en ayant infiltré de leurs idées nauséabondes une bonne moitié des tories. Les députés indépendantistes irlandais ont toujours refusé par principe de siéger à Westminster.

Le premier ministre est le chef du parti qui a la majorité, ou le chef d’une coalition. Si il n’y a pas de majorité, on appelle ça joliment un hunged parliament, un parlement pendu. May, qui s’agrippe au pouvoir désespérément a dû composer avec le DUP pour garder sa place. Ils ne font pas parti du gouvernent mais voté avec lui pour lui assurer une majorité parlementaire, en principe. Dans les faits, la dizaine de députés du DUP tient May en otage et bloque toute avancée possible sur le brexit. Le gouvernement et l’opposition siègent les uns en face des autres et sont donc sensés s’opposer. Sauf qu’avec le brexit, les lignes sont brouillées. Le chef du labour en arrive à obliger ses députés a voté pour des propositions du gouvernement qui sont rejeté par une partie de la majorité gouvernementale. C’est cette bande de guignols qui tient entre ses mains, en partie l’avenir du pays…moins qu’ils ne le croient d’ailleurs puisqu’on les regarde, atterré, depuis Bruxelles et qu’on commence sérieusement à perdre patience devant leur niveau d’incompétence.

To be continued then, jusqu’au 29 mars et peut être après.

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Dans quel pays je vivrai quand je serais grand?

C’est la question que m’a naturellement posée Wizzboy hier sur le chemin de l’école. Ce n’était pas du tout une angoisse, au contraire. Il sait qu’il est né en Angleterre, il y a commencé l’école, il est à moitié anglais. Il connaît l’Irlande aussi, et sait qu’il a des frères et une sœur irlandais (L’Ado, GeekAdo et MangaGirl ont la double nationalité). Il a bien remarqué que chez ses petits copains, on ne parle pas toujours deux langues, en mélangeant tout. Il suit les aventures de L’Ado en Italie et en Espagne. Il sait que Marichéri travaille à Londres qui est la ville cheffe de l’Angleterre…bref, pour lui quand on est grand, on va ailleurs. C’est normal. Il se demande juste où il aimerait aller.

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Quand j’ai rapporté notre conversation à Marichéri, il était aussi content que moi. On a passé notre bougeotte, notre envie d’aller voir ailleurs et de rencontrer les autres à nos enfants. On en est très heureux. L’Ado est en Erasmus et étudie les langues. Il doit repartir à Londres pour un an, finir ses études (on croise les doigts en espérant que son passeport irlandais aide, quelques soient les conséquences du brexit). Et après? Il ne sait pas, peut être étudier en France, ou repartir en Italie. Ou l’Amérique du Sud…GeekAdo n’est pas encore complètement fixé sur ce qu’il veut faire comme études, mais il est fermement décidé à suivre l’exemple de son frère et partir en Erasmus aussi, peu importe où. MangaGirl veut aller vivre au Japon. PrincesseChipie préfère faire le tour du monde. Et donc Wizzboy , qui est en grande section de maternelle, hésite entre l’Allemagne, parce qu’il connaît pas encore ou la Russie à cause de la dernière coupe du monde de foot. Ils en discutent entre eux, c’est naturel. J’en suis toute émue.

Alors que partout les frontières se ferment, que le nationaliste monte, mes enfants regardent le monde avec gourmandise, comme un immense terrain de jeux à aller découvrir. Comme moi à l’âge de GeekAdo. Ils savent aussi que ce n’est pas le cas de tous, que certains préfèrent s’enfermer chez eux, mais ça ne les touche pas plus que ça. Comme dit PrincesseChipie, les gens qui croient que c’est important où on est né, c’est des gens qui doivent s’ennuyer beaucoup, c’est triste pour eux. On est bien d’accord. Quand on demande à mes enfants si ils se sentent français, anglais ou même irlandais, soit ils adaptent la réponse en fonction de l’interlocuteur (pas pour les vexer, pour leur apprendre. Quoique…), soit ils répondent sincèrement « Européen ». PrincesseChipie a même cloué le bec à un adulte bien pensant, du haut de ses 10ans, avec son air innocent, ses grands yeux bleus et ses couettes ébouriffées: tu es française ou anglaise? Je suis humaine. Et toc. Pour reprendre les mots de Zaza, qui croyait que c’était une insulte alors que c’est un compliment, mes enfants sont citizens of nowhere, et ils le vivent très bien.

Finalement, dans un monde qui se ferme de plus en plus, on a réussi à transmettre un peu d’ouverture à nos enfants…ces derniers temps, c’est même sans nous en rendre compte, on avait peur que le brexit, mais aussi ce qui se passe en Amérique et presque partout, leur coupent les ailes. Pas du tout. The world is still their oyster! Je suis rassurée et très fière d’eux.

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Sunny Monday #10

On est toujours sur le thème de l’ouverture pour le défi de Bernie. J’ai bien du soleil aussi, mais je viens juste de récupérer l’électricité, et donc le wifi. La tempête d’hier a eu raison de deux arbres et de notre connexion. C’est heureusement revenu tout à l’heure, et j’ai enfin pu me plonger dans les archives photos de Marichéri, pour vous trouver une ouverture fermée mais qui laisse passer un rayon de soleil. C’est au château de Montaigne.

Bonne semaine à tous!

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Projet 52: roman

J’avais l’idée d’aller photographier le portail roman de l’église du village, mais Ma‘ a pensé à quelque chose de similaire…il a fallu que je me creuse la cervelle pour trouver autre chose et FB est venu à ma rescousse. Je ne m’y attendais pas. Mais il se trouve que FB m’a opportunément rappelé qu’il y a exactement 3 ans Marichéri et moi étions en vacances à deux (nos dernières vacances à deux, avec le déménagement et les travaux, on n’a pas encore pu trouver le temps de partir sans les enfants, ça commence à faire long). J’avais choisi d’aller à Bath, parce que c’est sublime et un peu beaucoup à cause de Jane Austen qui y a vécu et l’a évoqué dans toute son œuvre. J’adore cette auteure que je trouve désopilante, contrairement aux bluettes hollywoodiennes indigestes qui massacrent régulièrement son œuvre. Elle a un humour débordant, un sarcasme juste ce qu’il faut d’acide, une ironie délicieuse et un second degré délirant. Je comprends que ça puisse surprendre ceux qui ne connaissent que les horreurs cinématographiques qui s’en inspirent très vaguement. Je me suis même inquiétée, comme je l’ai lu en version originale, c’est à dire en anglais du début du 19 eme, je me suis demandée pendant un moment si j’avais bien compris. Peut-être que les merveilleux romans de Jane Austen n’étaient en fait que d’infâmes histoires gnangnan à l’eau de rose et pas du tout drôles? Je me suis renseignée, il y a plein de travaux universitaires qui confirment l’humour de Jane Austen et parlent de son ironie mordante, ouf! Bref, j’étais toute émue de suivre ses traces, d’aller dans des lieux qu’elle a visités et qui servent de décors à ses romans. Bon sang, mais c’est bien sûr, merci FB, je vais mettre ça!

Voici la Pump Room (j’ai déjà montré l’intérieur), que Jane Austen a fréquenté et qui figure dans Persuasion et Northanger Abbey (un petit bijoux d’humour, une parodie des romans gothiques qui faisaient fureur). Comme toute la bonne société de l’époque, Jane a sacrifié à la mode des cures à Bath. À partir de la deuxième moitié du 18ème et pendant tout le 19eme, Bath est envahi par des aristocrates et autres, à l’exemple  du Regent qui viennent donc goûter l’eau pestilentielle dans la pump Room et se faire voir à l’Assembly Room. Juste à côté des thermes romains (que je conseille vivement), on trouve donc la Pump room qui doit son nom, vous allez rire à une pompe qui permet de prendre directement son verre d’eau infecte. C’est une sorte de salon de thé, qui était très mode du temps de la régence, à partir de la deuxième moitié du 18eme et pendant tout le 19eme. J’ai traîné Marichéri de force pour y rendre un café, et j’étais toute contente de me retrouver là.

C’est dans la Pump Room que Catherine, héroïne pas très futée de Northanger Abbey rencontre son futur mari. En fait, Catherine passe son temps dans la Pump Room, comme l’a vraiment fait Jane Austen. Elle a d’ailleurs écrit, toujours dans Northanger Abbey  » Every creature in Bath […] was to be seen in the room at different periods of the fashionable hours » (en gros: chacun à Bath se devait d’être vu plusieurs fois dans la Pump Room aux horaires à la mode). C’est dire ma joie d’y avoir été!

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Friday Feelings #205

On va dire que c’est comme si j’avais une intro récurrente pour les états d’esprit de Zenopia et Postman et on va commencer direct.

Fatigue: Capucine est très printanière en ce moment. En tout cas, on sent qu’elle compose une ode au printemps, elle répète beaucoup. En nocturne. Sale bête.

Humeur: paresseuse

Condition physique: flasque

Esprit: pas mieux

Estomac: de ce côté là par contre, c’est la forme.

Boulot: on n’a plus de plafond dans l’entrée, dans les escaliers et sur les paliers mais plein de poussière partout, youpidoo. Cela dit, j’étais très contente de voir partir les immondes dalles de polystyrène seventies qui recouvraient tout ça. Le plâtrier commence à refaire tout ça, à l’ancienne, à la main et tout en plâtre. Il a compris qu’on veut rénover la maison pas la transformer en quelque chose de moderne. C’est plus long mais plus authentique. Ça nous permet de bouffer plus de poussière de plâtre pendant plus longtemps.

Culture: Marichéri est en pleine période documentaires animaliers, manque de chance, ça m’endort. Ce qui fait que je me réveille en sursaut sur le canapé quand il hurle de rire, qu’il s’étouffe pratiquement tant il n’en peut plus de esclaffer. Mais qu’est ce qu’il y a? Un chat sauvage qui a péché une algue et a le même air de île que Penny. Ah. Il en pleure de rire. C’est bien ce que je disais, les documentaires animaliers, ce n’est vraiment pas mon truc.

Avis perso: à ce stade de déconnexion de la réalité, ça doit être pathologique…je parle de Zaza bien sûr.

Message perso: à tous ceux qui me contactent par e-mail: je suis désolée, j’ai des problèmes avec la boîte mail du blog, si je ne vous réponds pas, c’est que je n’ai pas eu accès à vos messages.

Loulous: L’Ado commence à paniquer un peu pour son retour en Angleterre après Erasmus. Son université londonienne le bombarde d’emails pas forcément très clairs. Comme je disais hier, ils n’ont eux-mêmes aucune idée de ce qu’il devra faire. L’Ado attend, cramponné à son passeport irlandais qui on l’espère, devrait aider. GeekAdo est épuisé par la vie en général et ses cours de biologie en particulier: non mais attends, on parle de la menstruation, les règles quoi! Réponse de MangaGirl (ex KnigthyDiva, c’est elle qui a demandé à changer de Pseudo): ça va, tu te plains parce que t’en parle une heure en cours, c’est pas toi qui les a non plus! Exactement. PrincesseChipie a commencé ses bricolages de Pâques. Les paillettes se mêlent bien à la poussière de plâtre. WizzBoy écrit, en phonétique. Il en est très content, il passe son temps à épeler tout ce qu’il peut. Par contre, il nous a prévenu, autant il est ravi d’apprendre à écrire autant il refuse d’apprendre à lire. Euh, ça va un peu ensemble tu sais…non, moi z’ecris mais c’est toi qui lis, c’est pas moi! Après enquête, il veut juste être sûr que je continue à la lire son histoire du soir.

Divers: le plâtrier qui est très entreprenant a aussi découvert un lambris qui se soulève et donne accès à une cache dans le plafond de GeekAdo. Manque de chance, il n’y avait que des bouts de tissus. Peut être que quelqu’un y planquait ses mouchoirs?

Amitié: je me répète mais vive Skype!

Love: deux semaines avant ses vacances. On espère que ça ira niveau transport. Il a prudemment choisi de prendre une semaine avant et une semaine après le 29 mars à cause du brexit. Et pour après, on est comme tout le monde, on attend de voir ce que ça va donner.

Penser à: acheter un détecteur de métaux, ça devient intriquant toutes ces cachettes dans la maison!

Courses: ça manque de chocolat tout ça…

Sortie: peut être demain mais c’est à confirmer

Envie de: faire chat quand je serais grande, pas pour tomber dans l’eau ni faire des vocalises toute la nuit mais dormir au soleil, près du radiateur. Ça a l’air agréable.

Pic: ça a l’air très agréable même…

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Thursday Thunder: brexit final countdown?

Il y a un moment que je n’avais rien écrit sur le brexit. Pourtant, depuis quelques semaines les gens m’interpellent, ça intéresse un peu plus les médias continentaux et on commence à en parler. On est même tombé sur un reportage sur une chaîne française « dans la capitale du brexit » selon le journaliste, c’est à dire à Clacton, dans notre comté, enfin notre ancien comté qui a voté à 70% pour le leave. Je n’en parle pas parce que, à 22 jours de la date prévue de sortie du Royaume-Uni, je ne sais plus quoi dire tant la situation est sidérante.

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On ne sait pas si dans 22 jours Marichéri pourra continuer à aller bosser. Il a besoin de prendre l’eurostar deux fois par semaine et les répétitions organisées par les douaniers français ont bien montré la paralysie totale et des gares et des ports, notamment Calais, qui nous attende en cas de no deal. On ne sait pas si L’Ado pourra retourner à Londres en septembre pour finir ses études et si oui, après quelles formalités administratives. Il reçoit presque quotidiennement des emails de son université anglaise qui ne sait pas quoi faire. Personne ne sait, surtout pas le gouvernement britannique et Zaza qui se cramponne désespérément à son poste sans se soucier des conséquences. Et chaque jour, je vois passer les témoignages de mes amis, de mes connaissances en Angleterre. Ce matin une grande-mère annonçait que son médecin l’a prévenue, en cas de no deal, il y aura des pénuries de médicaments et traitements. Elle a un cancer, vu son âge (pourtant relativement jeune), elle ne fera pas partie des malades prioritaires qui auront droit à être soignés. Un médecin a dû prononcer ces mots, dire ça, impuissant, à sa patiente. La semaine dernière, un papa dont le fils est lourdement asthmatique racontait que son médecin l’a averti: les médicaments qui sauve la vie de son enfant ne seront plus disponibles en cas de no deal. Quelques jours avant, c’était une maman qui a un fils insulino dépendant qui apportait un témoignage similaire. J’ai envie de pleurer, de vomir, de hurler. Et il ne s’agit que de gens que je côtoie sur les RS, multipliez par l’ensemble de la population et imaginez ce que ça peut donner. Le corps médical crie sa colère et son inquiétude depuis des mois, sans réaction du gouvernement. Il reste 22 jours pour trouver une solution. Comment peut-on jouer de la vie des gens comme ça? Comment May qui se drape régulièrement dans ses habits de fille de vicaire et sa clique de brexiters débiles peuvent encore se regarder dans un miroir? Même si ils arrivent à un accord d’ici 22 jours, qu’est-ce qui peut justifier de faire subir ce niveau d’angoisse à de pauvres malheureux au nom d’un nationalisme aussi déconnecté de la réalité que xenophobe?

Et les gens postent sur FB des photos de leurs piles de boîtes de conserve en demandant si ils ont oublié quelque chose, on vend des « kits de survie » en cas de no deal dans les supermarchés, Zaza nomme un ministre à l’approvisionnement alimentaire. Les entreprises supplient le gouvernement de leur dire ce qui va se passer dans 22 jours. Les exportations pourront toujours partir? Et les importations vitales toujours rentrer? On ne sait pas. La classe politique est trop occupée à négocier avec elle-même pour se soucier du bon peuple. En même temps, une grande partie de ce bon peuple s’en fout et continue à marcher comme des somnambules droit dans le mur sans réagir. Les parlementaires pondent des amendements, le gouvernement va de compromis boiteux en rétropédalages honteux pour ne pas tomber en déliquescence totale. Ils vivent en vase clos, coupés de la réalité. C’est absolument sidérant de les voir débattre, de les voir prendre de grandes postures et s’arrêter sur des décisions qui se veulent historiques en oubliant complètement qu’il s’agit de trouver une solution non pas britannico-britannique mais en partenariat avec Bruxelles. Bruxelles qui a clairement posé des règles depuis le début et s’y tient. A chaque fois que Westminster ou Zaza annoncent que ça y est, ils se sont mis d’accord sur quelque chose, c’est en opposition complète avec ce que Bruxelles peut accepter. Mais c’est pas grave youpidoo, le brexit est réglé. Et paf quelque jours après on se rend compte que l’Europe a dit non. Bouh, les méchants. L’Europe n’a pas dit non, l’Europe vous explique la même chose depuis 3 an, c’est vous qui n’écoutez pas. Le droit international ne se modifie pas au grès des caprices d’une poignée de députés anglais. Et ça continue, le parlement et le gouvernement britanniques, de plus en plus hors sol, repartent pour un tour. Il reste 22 jours pour continuer ce cirque. 22 jours d’angoisse absolue pour ceux pour qui un accord sur le brexit est une question de vie ou de mort.

Une sombre abrutie, interviewée pendant le reportage de la télé française à Clacton, réclamait que le brexit ait bien lieu le 29 mars, et sans accord. Les conséquences? On s’en fout, on verra plus tard. On verra dans 22 jours. Voilà. Welcome to brexitland.

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Ce qu’il ne faut pas dire à un anglais top 10

Après le top 10 de ce qu’il ne faut pas dire à un français en Angleterre, j’ai décidé de faire la suite, dans l’autre sens. Ça fait un titre un peu long, mais mes enfants sont ravis de participer. Tout est du vécu, comme le top 10 précédent, c’est l’avantage d’être à cheval entre deux cultures et deux pays, on se tape deux fois plus de clichés!

10- « tu viens de quel arrondissement de Londres?  » est le pendant exact de « where in Paris are you from? « . C’est tout aussi énervant. Alors déjà, il n’y a pas d’arrondissement à Londres mais des Boroughs. Pourquoi voulez-vous que les anglais ou qui que ce soit d’autre reproduisent le système administratif français? Et il y a une vie hors de Londres. Il y a même 56 millions de britanniques qui ne vivent pas à Londres, c’est fou ça.

Les boroughs de Londres

9-« tu as déjà rencontré la reine, William-and-Kate, Harry (rayez la mention inutile)?  » Mais carrément, on est pote, Lizzie passait nous faire coucou tous les matins.

8-« c’est vrai que tu manges des saucisses et des haricots sucrés au petit déjeuner?  » alors déjà non, on n’a pas le temps, mais sinon effectivement, un full English beakfast contient des saucisses et des haricots blancs à la sauce tomate sucrée. Et du bacon, des œufs, du boudin, des potatoe waffles, des hash browns…ça y est, j’ai faim. Parce que c’est très bon mais on n’en mange pas tous les jours, sauf à être un touriste en vacances qui teste tous les Bed and Breakfast de l’Angleterre.

7- » ça doit te faire drôle de voir du ciel bleu! ». Ahaha, quel humour. Ou pas. Non, il ne pleut pas tous les jours en Angleterre. C’est bien simple, en arrivant d’Irlande, on a trouvé qu’il faisait positivement caniculaire et sec en Angleterre.

6- « aah, l’excentricité anglaise!  » dit avec un faux enthousiasme et un vrai air dégouté. Alors peut-être que les anglais sont excentriques, mais au moins, ils ont de la personnalité, et se moquent de l’opinion des autres comme dans leur premières doc Martens à fleurs. C’est un exemple au hasard.

5- « vous vivez comme dans Downton Abbey?  » Absolument. Tous les anglais sont soit domestiques soit châtelains et c’est bien connu, il y a un trou dans l’espace temps sous la Manche: on remonte dans le temps en passant sous l’eau.

4-« ça doit vous faire plaisir d’enfin pouvoir manger quelque chose de comestible? » C’est clair, les anglais dépérissent et ne se nourrissent jamais sur leur île maudite gastronomiquement parlant. Sauf que non en fait. Je ne reviendrai pas sur les scones, les shortbreads, les muffins mais aussi le stilton, les saucisses, le bacon, les casseroles…

3- « tu bois que du thé et de la bière, hein?  » bien sûr, comme tous les anglais. Dès le biberon, c’est exclusivement thé et bière. Ou pas.

2- « j’adooore ton accent, tu fais exprès de parler comme Jane Birkin (ou n’importe quelle célébrité anglo-saxonne s’exprimant en français)? » Réponse de ma fille: j’adoooore quand on me fait remarquer comme ça qu’en fait, je parle mal français.

1-on termine non pas par une réflexion, mais un réflexe. Je rappelle donc que mes enfants sont anglophones de naissance. L’anglais, c’est leur langue maternelle même si ce n’est pas la mienne. Et bien depuis 14 mois qu’ils sont en France, ils ne comptent plus le nombre de fois où quelqu’un, avec autant arrogance aveugle que d’absence totale de logique a voulu leur traduire des paroles d’une chanson anglaise, leur apprendre à prononcer le nom d’une célébrité Anglo saxonne ou leur expliquer un texte en anglais en étant persuadé de savoir mieux qu’eux et vous allez voir, je vais montrer. Ça peut vous étonner, mais les anglais parlent mieux leur propre langue que les français, ils n’ont pas besoin que vous leur traduisiez, et non, vous n’avez rien compris. C’est encore plus gênant quand ça vient d’un prof d’anglais…

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Le petit requin prend de l’âge

Comme j’ai eu des demandes, je vous tiens au courant de nos dernières trouvailles concernant la maison du petit requin. Encore une fois, il y a un petit château et des maisons plus grandes et/ou plus anciennes dans le village, mais pas beaucoup: il a été bombardé en 1918 car il abritait l’état major britannique et ça a fait d’énormes dégâts. Notre maison a aussi une place à part dans l’histoire du village (ce qu’on ignorait complètement quand on a débarqué) car c’était celle de l’ancien maire et médecin qui lui-même l’avait achetée juste après la deuxième guerre mondiale au médecin de la mine et héros local de la résistance (qui lui élevait un petit requin dans le jardin, d’où le nom officieux de « maison du petit requin »).

(J’ai habilement caché les lieux de naissance…)

On sait plein de choses sur cet original. Il a même une rue à son nom, tellement les locaux en sont contents. On a appris, entre autres, qu’il cachait des aviateurs anglais. Notre cave était le point de ralliement pour tous les pilotes de la RAF tombés dans la région. Nos enfants franco-britanniques ont apprécié. Mais bon, ce qui nous intéresse maintenant, c’est de savoir qui vivait ici avant lui. On croyait qu’il était arrivé en 1936, c’est en fait en 1931. La date de construction indiquée par le notaire est de son propre aveu, une approximation, une partie des archives municipales ayant brûlé (toujours à cause des bombardements, mais aussi ceux de la deuxième guerre mondiale). C’est même une approximation de la rénovation de la maison qui a été touchée en 1918, pas de sa construction. Elle est sur la liste des maisons qui ont reçu des aides pour être réparées après les bombardements, à côté de celles qui ont été rasées parce que trop endommagées. Il n’y a pas à dire, on s’est éclaté dans le coin pendant les deux guerres!

On en était là quand j’ai pris mon courage et le reste des archives numérisées ou pas (et non calcinées je veux dire) à deux mains. Ça a pris un temps certain, j’ai tout épluché, vérifié, recoupé et je suis arrivée à une fourchette de dates: notre maison existait en 1911 mais pas en 1886. Tous les artisans qui se sont succédés depuis un an nous disaient estimer la construction à la fin du dix-neuvième, on est en plein dedans. De 1911 (ou peut-être avant) à 1931, il y avait un monde fou dans cette maison! A partir de 1924, ils étaient carrément 7…oui bon d’accord, nous aussi. Il y avait un monsieur qualifié sur le recensement de « négociant patron » mais on ne sait pas ce qu’il négociait. Il vivait ici avec sa deuxième femme et sa fille unique qu’il a eu avec sa première épouse, morte aussitôt après. Ça ne lui a pas entamé le moral, il s’est remarié au bout de trois mois. On ne perdait pas de temps à l’époque…En 1922, est arrivé son gendre, et donc en 1924 sa petite fille, unique encore. Il y avait aussi la bonne et l’ouvrier agricole. On ne comprenait pas trop ce qu’un ouvrier agricole fichait là jusqu’à ce qu’on apprenne que le champs derrière chez nous faisait partie de la maison jusqu’aux années soixante dix. Le médecin-maire y élevait des chevaux (d’ailleurs si par hasard le propriétaire actuel du champs me lit et qu’il veut vendre, ça nous intéresse). On en est là de l’exploration fastidieuse des archives. J’ai même mis la main sur le recensement militaire et j’ai trouvé une description de ce monsieur. Mais rien de plus précis sur son mystérieux négoce. Je n’ai aucune idée sur sa date d’emménagement exact dans la maison. On ne sait pas si c’est lui qui l’a faite construire (et si oui, quand) ou si il l’a racheté. Mais je cherche.

Pendant ce temps, on continue les travaux de rénovation. Le plâtrier a découvert une niche cachée sous la première marche de l’escalier et qui s’enfonce dans le plafond de la cave. Ça a été construit après, on voit la maçonnerie qui forme une sorte de poche sous la voûte en descendant à la cave. C’est très malin, il suffit d’appuyer sur un clou qui dépasse un peu et ça coulisse tout seul. L’excitation était à son comble quand on l’a ouverte, manque de chance elle est vide. Je suis extrêmement déçue. Le plâtrier ne s’est pas arrêté là. Il est sensé refaire les derniers plafonds qui sont encore recouverts de dalles de polystyrène (c’est la dernière tranche, l’entrée et les deux escaliers). Il vient de découvrir juste au dessus d’une porte, des inscriptions toutes passées et pas vraiment lisibles cachées sous une de ces immondes dalles. Franchement, c’est indéchiffrable. Il pense que le troisième mot serait « boîte » mais honnêtement, je n’y comprends rien à ces hiéroglyphes à moitié effacés. A l’heure où j’écris, le plâtrier est occupé à tapoter tout le plafond pour voir si ça sonne bizarre quelque part…oh, et on a appris grâce à sa femme, passionnée d’histoire locale, et au père de l’électricien qui s’intéresse aussi, qu’on a vraisemblablement un passage qui part de la cave et ressort quelques mètres plus loin à l’endroit de ce qu’on prenait pour une jardinière maçonnée innocente.

C’est ce que j’aime dans la maison du petit requin. Elle n’a rien de bien extraordinaire, il y a des centaines et des centaines de maisons de maître comme ça dans le coin mais elle passionne tous les gens qui y viennent et on est ravi de lui redonner vie. Le beau frère du vitrier qui n’avait rien à faire là, est même passé spontanément (et à ma grande surprise, c’est qui ce type?) pour apporter son expertise: son grand père mineur (le métier, par l’âge!) a été soigné par le docteur du petit requin. C’est grâce à lui qu’on a appris que le deuxième étage avait été aménagé dans les années trente en appartement pour la maman du docteur. On croyait que c’était pour la bonne, mais visiblement, elle n’avait pas droit un étage entier la pauvre fille! Par contre, les pièces existaient déjà au deuxième, en moins bien donc. On se dit que c’était peut-être pour loger la bonne précédente, celle du négociant et son ouvrier agricole. En tout cas, la maison du petit requin n’a pas fini de nous faire faire des rencontres…

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Sunny Monday #9

Nouveau mois, nouveau thème pour le défi de Bernie. Pour mars, on part sur les ouvertures. J’ai hésité, et finalement je suis tombée dans les archives photos de Marichéri sur le puit municipal de Rye, petite ville médiévale charmante du Sussex. Il date de 1851 et les horaires d’ouverture (pour rester dans le thème) de l’époque sont indiqués sur le panneau de droite. Le puit était ouvert de 6 heures du matin à 7 heures du soir, sauf le dimanche.

Bonne semaine à tous!

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La phrase de la semaine #24

La phrase de la semaine nous vient d’un éleveur, maître chien, dresseur, jockey, papa attendant devant l’école primaire. Vu le reste de la conversation, il parlait bien de ses filles quand il a dit cette phrase que j’ai trouvé sidérante:

Alors certes, je suis la première à faire des blagues en parlant de mes enfants: je dis que je ponds, quand on me demande mon métier, il m’arrive de répondre éleveuse d’enfants, mais c’est de l’humour et je ne le fais pas avec tout le monde. Ce monsieur n’avait pas l’air de rire lui, et à en juger par la tête interloquée de la dame en face, elle ne trouvait pas ça drôle non plus. Et qui veut un enfant « docile »? Il a qu’à prendre un caniche! Avoir des enfants, ce n’est pas la même chose que collectionner des timbres, c’est plus vivant! Si on ne veut pas qu’ils bougent, si on espère qu’ils se tiennent tranquilles en permanence et qu’ils obéissent au doigt et à l’œil, il vaut mieux faire de la taxidermie que des enfants. Je ne suggère pas que ce type empaillé ses gamines, mais qu’il se détende un peu, pour leur bien à tous les trois. Enfin bref, ça m’a choqué…

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