Je dis souvent que je n’ai aucune idée au départ quand je découvre le thème hebdomadaire choisi par Ma’, mais je crois bien que cette fois, ça a été pire! J’en étais à me demander si je n’allais pas prendre une photo au hasard dans les archives, mais j’ai de grandes chances de tomber les enfants, ça ne va pas le faire. Je errais lamentablement dans toute la maison, téléphone à la main, prête à photographier n’importe quoi quand je suis arrivée devant la bibliothèque et l’étagère où je range tous les bouquins régionaux. C’est à dire que j’ai acheté pas mal de guides, d’ouvrages touristiques, insolites ou historiques quand on a déménagé, pour découvrir notre nouvel environnement. Dans le tas, il y a une charmante petite brochure intitulée « le Nord Pas de Calais 100% vintage à travers la carte postale ancienne ». Le titre rentre à peine sur la couverture, mais c’est très mignon. Ça m’a donné le début du commencement d’une vague idée. Je n’ai pas été déçue, j’ai trouvé! Bon alors, évidemment, une photo d’une photo, ce n’est pas génial, mais au moins, je n’ai pas besoin d’expliquer le jeu de hasard représenté puisque tout est déjà indiqué.
Le vendredi, c’est états d’esprit! (Imaginés par ma copine Zenopia)
Fatigue: pas plus que ça, c’est à dire que je râle parce que je ne vois pas pourquoi on ne me laisse pas hiberner tranquille.
Humeur: ronchon…ca sert à quoi qu’on se gèle si il n’y a pas un flocon de neige, hum? Il neige dans toute la région, partout autour de chez nous, mais pas ici. Alors certes, je n’aime pas la neige, c’est juste de la pluie qui fait sa maligne, c’est froid et mouillé, mais ça nous aurait fait une bonne excuse pour ne pas aller à l’école. Dans le froid. Beuh.
Condition physique: sans commentaire.
Esprit: refuse de travailler dans ces conditions. Je suis du sud, moi. Du Sud Ouest où il fait bien meilleur en vrai que dans le Sud Est, c’est juste qu’il y a une propagande météorologique outrageuse pour faire croire le contraire, mais on ne s’y trompe pas, dans Les Landes. On est aussi un peu chauvin, mais je m’éloigne du sujet.
Estomac: a décidé de se réconforter en testant le nouvel appareil à raclette.
Boulot: c’est au point mort, cette expo…
Culture: on est obligé de continuer à manger des galettes des rois, pour tester toutes les traditions: la classique à la frangipane, la dunkerquoise avec de la crème au beurre, la briochée du Sud Ouest…c’est bien culturel, non?
Avis perso: le principe de précaution, c’est bien, mais c’est un peu ballot quand on se rend compte qu’il n’y a pas l’ombre du soupçon du commencement d’un début de flocon et qu’on a donc suspendu tous les transports en commun, y compris scolaires, pour rien. C’est les écoles qui sont contentes.
Message perso: joyeux anniversaire!
Loulous: L’Ado est toujours en vacances, la vie d’étudiant, c’est vraiment l’horreur. GeekAdo a fini ses partiels, moitié en distanciel, moitié en presentiel. Pour se remettre, il a une semaine sans cours. Tu veux dire une semaine de vacances? Mais non, ça n’a rien à voir, tu n’y comprends rien, et puisqu’on te dit que la vie d’étudiant, c’est vraiment l’horreur. Ah. Le lycée vient juste de se rendre compte qu’effectivement, ce n’est peut être pas la période idéale pour trouver un stage… MangaGirl et ses camarades peuvent donc remplacer le rapport de stage par un dossier de, je cite, « projet professionnel ». Soyons clairs, à 15 ans, son projet professionnel consiste essentiellement à savoir comment dormir jusqu’à midi sans être déranger. PrincesseChipie a trouvé la parade aux travaux de groupe que ses profs s’obstinent à imposer: elle se met volontairement avec les moins motivés en leur proposant de lui laisser faire tout le boulot. Tout le monde y gagne: eux sont contents de ne rien faire et d’avoir un 20, elle est sûre que personne ne l’ennuie et que c’est bien fait. Tu veux dire que c’est fait à ta façon? Oui, c’est ça, à ma façon bien faite. Je crois qu’elle n’a pas encore exactement saisi le concept de travail de groupe. Wizzboy est dégoûté par la mauvaise volonté de la neige qui ne fait rien qu’à tomber ailleurs. Il est plein d’espoir tous les matins, et non, encore raté c’est juste gely, terme franglais et familial construit sur le mode de frosty, pour dire qu’il y a du gel partout, c’est logique.
Amitié: Skype la semaine prochaine?
Love: il est débordé…sérieusement, ceux qui pensent qu’en télétravail on ne fiche rien, devraient venir faire un tour chez nous.
Penser à: c’est quand, les prochaines vacances déjà?
Courses: j’investirais bien dans une troisième doudoune, mais ça va finir par faire bibendum, à force de les empiler..
Envie de: soleil et chaleur!
Pic: penny et son air intelligent quand on lui demande avec insistance si elle veut manger. Alors que Capucine et Marcel sont capables d’accourir au galop depuis le fond du jardin si on murmure le mot « gamelle » dans la maison.
Le père noël devient de sénile. Ou pervers. Après des années à s’embêter à distribuer des cadeaux à des tas de petits morveux ingrats, il a décidé de se venger au hasard, et c’est tombé sur nous. Je ne vois que ça. Si. Wizzboy a donc eu des boîtes de meccano à noël, sous le prétexte fallacieux que ça rappelait toute son enfance à Marichéri qui s’est paraît-il, éclaté avec quand il avait le même âge, et tu vas voir mon chéri comme on va bien s’amuser. Ahaha.
Wizzboy était donc à fond pour les meccano, yeah ça va être rigolo. Bon déjà, la notice de montage faisant passer celles de IKEA pour des albums de Oui-Oui, le pauvre gamin n’a rien compris. Il s’est précipité, papamaman, je comprends rien. Oui ben, moi non plus. Même Champollion n’y arriverait pas. Quel dangereux lunatique analphabète a pondu une notice de montage aussi obscure? Marichéri, en sa qualité de spécialiste meccano s’est penché sur la chose, en ricanant qu’on était empoté quand même. Bizarrement aussitôt après avoir à peine regardé cette fichue notice, il s’est souvenu qu’il avait un dossier urgent à finir, mais il nous fait confiance, on n’est pas empoté en fait, il disait ça pour plaisanter, on va très bien s’en sortir sans lui et il a couru s’enfermer dans le bureau. Bon. Wizzzboy m’a regardé, plein d’espoir, avec un tas de petites vis et d’écrous microscopiques dans les mains: ça doit faire une voiture. Ahaha. Je reste calme.
Deux heures plus tard, Wizzboy ayant renoncé depuis longtemps, j’hésitais entre foutre le feu aux petites vis qui ne rentrent absolument pas dans les trous de ce foutu machin et f*ck, je l’ai mise à l’envers celle-là, et aux écrous microscopiques qui font rien qu’à tomber par terre alors que je tente de les rattraper de l’orteil gauche, pendant que je maintiens la plaque b12 d’une main, que je coince la tige 34&9% d’une autre et que je glisse le bidule ➰9;728〰️ de l’autre. Ça fait trois mains, ça ne va pas…je vais lui faire bouffer ses meccano par les oreilles, à ce dégénéré de père noël! Mamaaaan, tu peux pas dire ça! T’as qu’à m’aider aussi, c’est ton jouet! Attention, je vais faire un caprice. Ou balancer le meccano par le fenêtre, amicalement bien sûr, juste pour lui faire prendre l’air. Wizzboy, inquiet pour l’avenir de sa petite voiture a consenti à venir jeter un œil sur l’étendue des dégâts. Clairement, le meccano n’est pas prévu pour mes petits doigts boudinés, ça ne passe pas. Ni pour ma patience légendaire. On reste sereine, on respire, WizzBoy, avec tes doigts tout fins, essaie de glisser la plaque #39*🔲 dans l’écrou, le gris à droite de l’essieu. Non, l’autre droite, non, pas le gris foncé, le gris moyen, non ça, c’est le gris clair…
On a terminé la chose aussi persuadés l’un que l’autre que le meccano est une invention démoniaque conçue par une secte sataniste. Je me suis cassé deux ongles, je ne sens plus le bout de mes doigts, WizzBoy déteste maintenant personnellement les vis et les écrous. J’étais en nage, échevelée, avec un début de migraine, WizzBoy était épuisé…c’est là que Marichéri est enfin sorti du bureau, alors c’était fun le meccano, vous allez attaquer la deuxième boîte? Rhaaa.
Il y a exactement trois ans, notre départ de Brexitland, notre brexodus pour reprendre le terme utilisé par les médias britanniques pour parler de tous ceux qui fuient le brexit (et il n’y a pas que des européens!) commençait. Je ressors donc aujourd’hui le billet que j’avais écrit à ce moment, avec tous mes doutes.
Les enfants sont excités, heureux de partir à l’aventure, de découvrir vraiment un pays qu’ils ne connaissent qu’à travers les vacances. Ils sont impatients. GeekAdo se renseigne à fond sur le système scolaire français, il voit tout ça comme une extraordinaire opportunité. Il sait aussi que ça lui ouvre les portes de toutes les universités européennes grâce à Erasmus, portes fermées aux étudiants britanniques. Wizzboy est le seul qui ne soit pas impatient, il ne comprend pas vraiment ce qui se passe et est un peu inquiet. Mais on lui a promis une plus grande chambre et qu’il pourra la décorer avec des stickers de fireman Sam partout. Il est ravi. Maricheri est tout content aussi. La seule qui ne trépigne pas d’impatience, c’est moi. Le problème, c’est que je n’arrive toujours pas à voir notre déménagement comme une arrivée, je suis coincée mentalement sur le départ.
Je l’ai déjà dit, mais c’est la première fois que je pars de quelque part. J’ai changé plusieurs fois de pays, j’ai même fait des études pour ça. J’ai toujours eu envie d’aller voir ailleurs, jamais celle de quitter où j’étais parce que ça ne me convenait pas. J’adore l’Irlande et pourtant on a décidé d’aller en Angleterre. Pour découvrir l’Angleterre, pas parce que l’Irlande ne nous plaisait pas. Cette fois, je pars pour partir, à la limite peu importe la destination du moment qu’on ne reste pas en brexitland. C’est un chouïa moins motivant que nos autres déménagements. Je veux juste partir. Je ne décolère pas de ces derniers mois, devant ce que ce pays que j’avais choisi et que j’aimais devient, devant l’apathie générale, devant la montée des pires xénophobies, devant l’abdication du soi disant plus vieux parlement du monde face à un gouvernement incapable aux tendances antidémocratiques et c’est un euphémisme. Le brexit me bouffe la vie, joue sur ma santé, grignote mes nuits. J’étais déjà une news addict, mais maintenant, je passe mes journées à décortiquer la presse. L’Ado se moque, me traite de keyboard warrior parce que je reste des heures et des heures sur les RS à faire ce que je peux, pas grand chose, mais participer à mon petit niveau. Parce que tout ce que je vous raconte depuis des mois me dégoûte, me révolte, me donne des nausées et qu’on ne peut pas rester sans rien faire.
Je voudrais retrouver ma vie d’avant, mon Angleterre d’avant, celle où je me sentais si bien. Mais même si le brexit était annulé demain, le charme est rompu. Je n’ai plus confiance. Je n’ai plus envie de vivre ici. Évidemment, si ce n’était que ça, on resterait, on ne s’amuse pas à perturber comme ça la vie de nos enfants pour le plaisir. Je ne vais pas vous embêter avec les détails techniques, chaque cas est particulier, mais nos enfants, même ceux nés en Angleterre ne rentrent pas exactement dans les nouvelles cases du home office, le ministère de l’intérieur qui décide du sort des européens. Alors on préfère prendre les devants. Mais bon, malgré les circonstances, c’est quand même une nouvelle aventure qui commence pour notre famille. Les enfants et Marichéri sont à fond. Pas moi. Ça m’énerve, je suis coincée mentalement sur le départ, je n’arrive pas à me projeter vers la suite. D’habitude quand on déménage (4 pays et 15 logements différents en 22 ans de vie adulte), je suis une vraie sale gosse qui trépigne d’impatience, je fais des tas de plans pas forcément réalistes pour la suite, j’attends avec gourmandise notre nouvelle vie, tout ça. Là, je suis bêtement soulagée de quitter brexitland, un peu inquiète pour la suite, mais sans m’y projeter. Voilà. Ça ne va pas du tout, c’est mou tout ça. Je me contrarie moi même de ce manque d’enthousiasme. Je me sens toute terne. Beuh. Un déménagement, surtout en changeant de pays, ça doit être excitant, plein de possibles, ça doit me faire rêver. Ça m’a toujours fait rêver…pas cette fois, le côté « je suis soulagée », « c’est la moins mauvaise solution », franchement, c’est moyennement inspirant! Je ne me reconnais plus…
Mais bon, si j’ai perdu (momentanément j’espère) mes capacités d’enthousiasme dignes habituellement d’une sale gamine de 4 ans hystérique et bourrée de sucre juste avant Noël, j’ai encore ma mauvaise foi. Tout ça, c’est la faute des brexiters! Na. Ils m’ont tellement fatiguée, stressée, minée, terrifiée, écoeurée, épuisée…ils m’ont gâché la vie et ils me gâchent notre départ. Ça m’énerve…cela dit, je sens quand même que je commence à reprendre un peu d’énergie, non?
Je me décide enfin à aller voir ailleurs qu’au Mexique (mais j’y reviendrai, j’ai encore plein de vieilles photos en réserve). Pour ne pas faire un changement trop brutal, je me suis dit qu’il fallait rester hispanophone, on va donc aller se balader du côté du Palais Royal madrilène et de la cathédrale de la Almuneda à l’autre bout de l’esplanade. C’est particulièrement riant puisqu’on y trouve aussi le tribunal de l’Inquisition, juste en face du palais, sur le côté de la cathédrale…ahaha. Sérieusement, c’est impressionnant, surtout avec le bleu incroyable du ciel madrilène.
On commence par le Palais Royal, construit en 1738 sous Felipe V (sous son règne je veux dire, on n’a pas suspendu le roi en l’air pour lui construire une petite masure en dessous, un peu de sérieux!). On sent de suite que le petit Felipe avait le sens de la mesure et l’esprit guilleret, son palais en impose, alors qu’il n’a même pas pu en profiter. C’est son successeur, Carlos qui a pu inaugurer le palacio real et surtout en assurer la déco intérieure. C’est dommage. Ça se visite, avec un guide et on n’avait pas le droit de prendre de photo, mais j’avoue qu’on n’était pas trop tenté. Je ne sais pas si c’est le très relatif décalage horaire avec l’Angleterre ou l’ambiance légèrement famille Adams baroque, à coup de dorures surchargées et de lourds catafalques sombres, mais j’en garde le souvenir d’une atmosphère oppressante. On va rester à l’extérieur, sous le soleil. Il paraît que le Louvre a servi de modèle à l’architecte, c’est vrai qu’on y trouve un air de famille.
On enchaine avec la cathédrale de la almuneda, juste à côté. La construction a débuté en 1879 et il a fallu des décennies pour la finir, du coup on a changé d’architectes en plein milieu. Le premier était en plein trip gothique, le dernier était un admirateur du baroque. Ça donne une cathédrale au style assez unique.
Le mélange d’influences est encore plus marqué à l’intérieur de la cathédrale. C’est particulièrement coloré, voire flamboyant et franchement, j’aime bien toutes ces couleurs qui contrastent avec le gris un peu austère de l’extérieur.
Tant qu’à être dans le coin, je recommande un petit tour sur la plaza de Oriente, un petit arrêt devant le teatro real, juste en face du palais et le monastère de la encarnacion, il ne faut pas non plus oublier de flâner vers le campo del moro …enfin bref, il ne faut pas hésiter à se balader un peu, et à lever la tête pour admirer le ciel!
On est toujours en argenté pour le défi de Bernie, et après l’extérieur, je vous amène à l’intérieur du musée Guggenheim de Bilbao. C’est logique, même si ça scintille un peu moins.
Le thème choisi par Ma’ pour débuter ce nouveau projet 52 est d’une logique implacable, mais pas facile à traiter…je me suis finalement décidé pour un commencement très personnel: notre première maison à deux (et rapidement trois d’ailleurs, coucou L’Ado). Bon en vrai, c’est notre deuxième, mais la première ne compte pas vraiment. Déjà, on n’y est resté que 3 mois et on n’y vivait pas, on y campait. Il n’y avait de chauffage que dans deux pièces, et de lumière électrique que dans la salle à manger. Tout tombait en ruine… on a rapidement cherché autre chose, et on s’est retrouvé dans cette maison. La moquette fleurie de partout jusque dans la salle de bain, les fausses moulures en vrai plastique complètement incongrues…c’était le luxe! On y est resté trois ans, c’est là qu’on vivait quand on s’est marié, quand L’Ado est arrivé, qu’on a commencé notre vie de famille. C’est à Swords, près de Dublin.
Youpidoo, c’est la trois centième des états d’esprit (imaginés par ma copine Zenopia)…bon par contre, je n’ai aucune idée festive pour marquer l’occasion. Je vais voir du côté des chats, si j’arrive à coller un chapeau sur l’une, ou si Marcel veut bien lancer des confettis…
Fatigue: j’hibernerais bien tiens…
Humeur: refroidie…et pas que à cause des températures sibériennes. C’est quoi ce début d’année?!?
Condition physique: tout va bien, c’est juste que si ça continue comme ça, je vais finir par perdre un orteil juste en amenant les enfants à l’école. Comment ça, trop frileuse? Moi?
Esprit: maussade
Estomac: curieux, je teste mes recettes médiévales demain! (Je n’ai pas prévenu les enfants et Marichéri, je suis sûre que ça leur fera une bonne surprise).
Boulot: toujours aucune visibilité pour notre prochaine expo…ça sent le report à l’année prochaine.
Avis perso: c’est tellement mignon, tous ces anglais qui s’indignent de Trump et de la tentative de coup d’état à Washington (sérieusement, il faut appeler les choses par leur nom). Alors que les mêmes ne voient pas le problème quand leur premier ministre suspend illégalement leur parlement. Ou que leur gouvernement revendique d’enfreindre les traités internationaux. Ou que leur ministre de l’intérieur agisse en toute illégalité. De manière systématique. Ou que des centaines de neo nazis paradent tranquillement sur Trafalgar Square. Non mais clairement, ce n’est pas du tout la même chose. Ah.
Message perso: on pense bien fort à vous
Loulous: L’Ado, qui je le rappelle est débordé tu vois, quoi, fait des apparitions ensommeillées et affamées vers midi, pas avant. Il est toujours en vacances. GeekAdo lui ne rigole pas, il est en plein partiels, moitié en distanciel, moitié en presentiel, c’est follement pratique. Ou pas. MangaGirl doit toujours faire un stage, dans deux semaines, alors que la moitié des gosses n’ont rien trouvé. Ce n’est pas exactement le meilleur moment pour aller taper aux portes des entreprises en demandant un stage de deux jours alors qu’on ne sait rien faire. En désespoir de cause, je la prendrai avec moi, je suis sûre que ça va être un grand moment de communion mère fille. Ahaha. PrincesseChipie est ravie d’être retournée à l’école, elle avait très peur d’un confinement scolaire, comme en Angleterre. Wizzboy est désespéré par l’absence de neige, c’est un scandale! Ça sert à quoi qu’il fasse froid, si il ne neige pas?
Divers: sans vouloir faire de mauvais jeux de mots (ce n’est pas du tout mon style, du tout…), je me demande si je ne vais pas supprimer cette rubrique tant qu’elle me rappellera les températures polaires dehors. Sérieusement, je suis collée en radiateur, sous un plaid, et je n’arrive pas à me réchauffer, c’est psychologique.
Amitié: courage à celles en Angleterre.
Love: il est aussi déçu que Wizzboy de cette scandaleuse absence de neige.
Penser à: rien. Je vais y arriver…
Courses: j’ai doit refaire entièrement la garde robe de Wizzboy, qui a déjà grandi comme un fou depuis la rentrée, ça devient lassant.
Sorties: ahaha, j’en ris encore.
Envie de: chaleur!
Pic: Bon, ces bestioles ne font aucun effort…clairement, je les dérange.
Je ne suis pas analyste politique, je n’y connais rien aux US, et de toute façon, tout le monde se fiche, avec raison, de mes états d’âme. Personne ne vient ici pour savoir ce que je pense de ce qui se passe à Washington, ça tombe bien d’ailleurs, je ne sais plus quoi penser. Bref, je ne vois pas pourquoi j’irai casser l’ambiance à parler de ce qui s’est passé hier soir…sauf que.
Sauf que pour aussi sidérante que cette tentative dérisoire de coup d’état (je n’ai pas les pudeurs de certains commentateurs français, c’était une tentative pitoyablement ratée, certes, et qui n’a jamais eu la moindre chance d’être autre chose qu’un pétard mouillé, mais une tentative quand même), pour autant qu’elle ne me concerne absolument pas, elle me terrifie. Parce qu’elle est banale. Dans un pays où un président a dû démissionner pour des écoutes illégales, un de ses successeurs fomente un coup d’état et c’est devenu normal. La réalité des faits n’existe plus, encore moins la décence. Le racisme, la violence et le fascisme sont banalisés, tout ça est devenu normal.
Si j’en parle, c’est aussi parce que tout a commencé ailleurs, en Brexitland. On va me dire que je radote, ou que j’en rajoute, mais les marionnettistes de Trump ne s’en sont jamais cachés, ils ont au contraire revendiqué la chose comme un exemple de leur magnifique capacité à foutre en l’air le monde: la campagne du brexit leur a servi de test, pour voir jusqu’où ils pouvaient jouer, en toute impunité, avec la vérité, comment ils pouvaient attiser la haine et s’en servir pour parvenir à leurs fins. Test réussi, ils sont passés à plus grand, aux US donc. Et ils ne comptent pas s’arrêter là. C’est devenu normal de vivre dans une réalité parallèle qu’on s’invente au grès de ses caprices politiques. C’est devenu normal de cracher sur l’autre, qu’il soit d’ailleurs, d’une autre couleur de peau, d’une autre religion, d’une autre opinion sur n’importe quel sujet, aussi trivial soit-il. La haine ouverte, la violence triomphante, le mensonge permanent sont devenus normaux. Banaux. C’est devenu normal de revendiquer avec la pire violence tout et son contraire en même temps et en dépit du bon sens. C’est devenu normal de penser et de se comporter en société comme un sale gamin de deux ans en plein caprice hystérique parce qu’on lui dit de ne pas mettre les doigts dans une prise électrique.
Je me fiche de qui a gagné contre Trump, je n’ai aucune sympathie ou antipathie pour Biden, qui a le charisme d’une endive bouillie. Je me soucie très peu au quotidien de l’état de déliquescence de la société américaine, et je commence même à regarder les gesticulations des brexiteurs d’un œil las…ça n’est pas le propos. Contrairement à tous ces gens, je ne cherche pas à avoir raison, je ne veux pas faire payer à quiconque les aléas de ma vie, je n’ai pas besoin de « revanche », je ne veux qu’une chose: être tranquille. C’est tout. Sauf que cette nouvelle normalité qu’ils m’imposent me terrifie. Hier, je parlais de nos bonnes résolutions et de nos souhaits pour 2021. Mon souhait, ce serait que mes enfants grandissent dans un monde où la norme soit le calme, la politesse et l’ouverture aux autres. Que leur normalité soit apaisée. C’est pas gagné.
Plusieurs m’ont demandé si nous avions fait notre tour de table traditionnel le 31. Si j’ai demandé aux enfants quels étaient leurs meilleurs moments de 2020 et leurs souhaits et résolutions pour 2021…honnêtement, j’ai hésité! Mais comme ils voulaient le faire, pour une fois (c’est une tradition familiale maman, tu vas pas arrêter de nous ennuyer avec ça!), on s’est tous bien creusé la tête, entre les entrées et le dessert. Vraiment pas facile à faire cet exercice, cette fois! Du coup, je ne retrace pas leur conversation, vu que ça a été laborieux et éparpillé pour tous, sauf pour Wizzboy évidemment.
En 2020 Wizzboy a aimé ne pas aller à l’école, retourner à l’école, être en vacances, revoir les copains à la rentrée, s’eclater dans la piscine avec ses frères et sœurs, jouer au foot presque tous les jours avec ses frères et une soeur (MangaGirl refuse de participer), jouer au basket avec eux, jouer avec Marcel, aller à l’école avec papa, voir papi et mamie, fêter noël, avoir toujours papa et L’Ado sous la main à la maison…enfin bref, il a passé une très bonne année. Les autres étaient un peu interloqués: Mais quand même, ça t’a pas dérangé , le coronavirus? Ben non, pourquoi? Le masque ne le gêne pas du tout, au contraire, lui et ses copains en sont très contents, ils comparent les motifs, s’inventent des histoires de héros masqués, c’est fun. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Wizzboy n’est absolument pas traumatisé. D’ailleurs, pour 2021, il veut continuer comme ça, ça lui va très bien. Une bonne résolution…euh…c’est quoi? Un truc que tu veux faire ou améliorer. Je veux que le PSG gagne la ligue des champions! Non, quelque chose que toi, tu va faire. Je vais reprendre du gâteau.
PrincesseChipie était partie dans de grandes considérations philosophiques sur cette année qui nous a appris plein de choses, mais l’enthousiasme et l’énergie de son petit frère ont eu raison de ses velléités moralisatrices. Non mais tu vois, ce qu’elle a préféré cette année, c’est qu’elle a écrasé A à l’école (A est son meilleur ennemi, celui qui croyait qu’il avait une chance d’être premier de la classe, elle en rit encore…). Elle a aimé la piscine et les vacances landaises aussi. Mais ce qu’elle a préféré, c’est qu’on soit tous les sept depuis mars. Elle espère continuer à survoler sa scolarité en 2021, apprendre de nouvelles choses en math (elle en est aux probabilités) et revoir ses copines d’Angleterre, et voir les papis et mamies, et partir en vacances, et qu’on soit encore tous les sept et que papa travaille toujours à la maison…Sa bonne résultion, c’est d’être meilleure en sport, ça plombe sa moyenne.
MangaGirl nous trouve fascistes, c’est carrément malsain d’essayer de sortir quelque chose de positif alors qu’on est en pleine pandémie. On est des monstres. Les deux grands, du haut de leur prestige estudiantin, lui ont expliqué qu’au contraire, c’est important de ne pas céder à l’angoisse et d’essayer de garder le moral en trouvant du positif, même léger. Clairement, ils sont vieux et dépassés, et ils disent n’importe quoi. Espèces de collabos des parents. PrincesseChipie a attaqué sous un autre angle: ben, déjà, tu t’en fiches des autres d’habitude, alors qu’est ce que ça peut te faire, et puis t’étais pas contente de pas aller au collège et de pas passer le brevet? Bon d’accord…mais l’école à la maison, avec papa et maman et même L’Ado (qui était en charge de l’espagnol et a pris sa mission très à cœur) sur le dos, c’était pas de la rigolade. Mais t’es pas contente qu’on soit tous réunis? La mauvaise foi de l’adolescente a craqué devant la petit mine de Wizzboy, bon d’accord, pour nous faire plaisir, elle veut bien admettre que c’est cool. Allez, group hug, gros câlin/mêlée de famille, mais ça va bien, une fois par an, ça suffit. En 2021, elle espère qu’on va la lâcher avec nos questions idioties. Comment ça, il faut aussi qu’elle trouve une bonne résolution? Non mais, on en a pas marre de ces histoires?
GeekAdo était parti pour une grande homélie pas du tout désopilante sur la pandémie aussi, et le besoin de s’entraider et de faire attention aux autres, mais il a été arrêté net par l’attitude négative de sa sœur. Du coup, il a essayé d’être guilleret. Autant qu’il peut. Cela dit, il est très content de ne pas avoir eu à passer le bac et de l’avoir réussi brillamment quand même. D’avoir commencé les études qu’il voulait, d’avoir un peu rencontré de vrais gens dans la vrais vie avec qui le courant passe (il a refusé par avance d’aller à la cérémonie du bac, parce qu’il n’avait aucune envie de revoir ses anciens camarades « 3/4 de tous ces cons qui comprennent rien à rien »…il a eu raison, ça a été annulé). Et il est aussi très content qu’on soit tous les 7, pffff, mgrrzzz, tu vois…dit tout en rougissant comme un fou. Allez, nouveau groupe hug, malgré les protestions pour la forme de MangaGirl qui participe quand même avec un grand sourire, comme quoi… En 2021, GeekAdo espère enfin découvrir cette vie étudiante que son grand frère lui vante. Et comme bonne résolution, il va essayer d’être moins timide.
L’Ado est content aussi de son parcours universitaire en 2020 et d’avoir intégré La Sorbonne, même si il trouve le système universitaire français bizarre. Lui par contre, être coincé chez papa et maman depuis des mois, après 3 ans à vivre en coloc étudiante un peu partout en Europe, il a du mal. Beaucoup de mal. Mais il apprécie de (re)découvrir ses frères et sœurs…il fait l’éducation alcoolisée de GeekAdo, il colle des étiquettes panini avec la passion de son enfance et Wizzboy, il fait des blagues avec PrincesseChipie dont l’humour « mature » le surprend agréablement, il réussit même à tirer MangaGirl de sa chambre pour organiser régulièrement des jeux de société. C’est sympa, il redécouvre sa fratrie, qui a eu le toupet de grandir et d’évoluer sans lui. C’est juste qu’il espère que ça ne va pas s’éterniser en 2021, il aimerait voyager à nouveau et sa bonne résolution…ben, je suis déjà parfait non? Petit sourire en coin…non sérieux: apprendre une nouvelle langue. D’ailleurs, il s’est mis au flamand.
C’est parti pour une nouvelle année! Allez, un autre group hug familial, à l’initiative de MangaGirl qui n’arrive plus à faire semblant de faire la gueule, et on se lance.