La quête du t-shirt


Hier, avec un dévouement maternel remarquable, j’ai accompagné les filles en ville, pour dépenser l’argent qu’elles ont reçu récemment de leur grands parents. Elles ont décidé, en ado et pré ado qui se respectent de, je cite « faire du shopping », ahaha. Ce fut un supplice laborieux, mais surtout révélateur de leur immense différence de goût et de mon inadaptation sociale absolue.

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Bon déjà, je déteste ce cliché hautement sexiste qui consiste à penser qu’une fille adooÔoore parcourir les boutiques de fringues avec délice. J’ai toujours détesté, et pas uniquement par esprit de contradiction, y compris à l’âge des miennes (de filles) où je faisais le désespoir de ma mère et ma sœur. Non seulement je suis asociale, alors aller volontairement dans un endroit où il y a des chances qu’on me parle (quoique, avec le sens de l’accueil des vendeurs/ses français/es, il y a moins de risque), c’est un supplice, mais je suis aussi impatiente. Il faut que ça aille vite, très vite. Je ne comprends pas qu’on passe des heures à traîner de portant à portant, ça me déprime. Mais bon, quand mes enfants ont besoin de ma carte de crédit envie que je les sorte, il n’y a pas le choix…je me suis donc faite traîner par deux gamines décidées à s’acheter un t-shirt. Jusque là, ça va. Sauf que….l’une veut des paillettes, des fleurs, les licornes, des arcs en ciel, il faut que ça brille, que ça respire la joie de vivre, que ça explose de couleurs et d’originalité, tout à la fois. Et l’autre, en pleine période mi emo mi gothique mi artiste maudite, considère que le gris est outrageusement primesautier (comparé au noir) que les imprimés, c’est le mal (ou plutôt le bien, puisque le mal, c’est bien mais que le bien, c’est mal…je ne sais pas si vous me suivez, la logique emo-goth, c’est pas facile à comprendre), déteste avec fougue les paillettes, la dentelle, les fanfreluches et tout ce qui remplit sa sœur de joie. Et bien vous allez rire, on n’a pas trouvé de boutique qui propose les deux à la fois. Mes filles ne se retrouvent que sur une chose (hormis le fait que chacune est persuadée que l’autre a des goûts débiles): elles veulent de l’unique. C’est pas gagné. Bref, selon les magasins dans lesquels on rentrait, deux tiers du groupe faisait la gueule (mais moi, je le cache mieux qu’une ado qui tient à exprimer tout son dégoût pour la société de consommation mais elle veut bien cette marque parce que c’est pas pareil, quoi, et tu peux pas comprendre). Bonne ambiance.

Au bord de l’infanticide, la crise de nerf, j’ai proposé qu’on se replie vers la librairie, ça a plu aux deux, ouf! L’une s’est jeté sur le rayon manga et art, l’autre a dévalisé les bricolages. Ça les a requinqué, et on est reparti à recherche du t-shirt parfait. Et là je me demande de qui elles peuvent tenir… après des heures à errer lamentablement, on a fini par tomber sur un bouge infâme pour gothiques, entre la grotte pour trolls maléfiques et le repère de zombies festifs, c’est dire si c’était guilleret. Et j’avoue, il y a des choses très rigolotes dans la mode goth, j’aime vraiment beaucoup, même si il semblerait que ce soit très mal vu de trouver ça amusant (ça me fait penser à la tête effondrée du pauvre boutonneux gothique en Angleterre quand il avait vu qu’on avait le même manteau, dont je suis très contente, mais je m’éparpille) . Mais le t-shirt beauf du middle west qui se la joue emo avec un aigle…

-euh…mais tu es sûre, tu as vu qu’il y a un aigle?

-Oui, et alors, de toute façon, tu peux pas comprendre, tu n’y connais rien!

-ah bon, d’accord.

Après ça, j’étais heureuse de retrouver la civilisation et de suivre PrincesseChipie dans la lumière. Littéralement, puisqu’elle s’est jeté sur un t-shirt charmant, mi phare en pleine activité, mi ver luisant sous acide.

-euh, c’est très mignon, mais tu es sûre, tu as vu comment ça brille?

-Oui, et alors, de toute façon, tu peux pas comprendre tu n’y connais rien!

Bref, cette expédition shopping aura été très utile: j’ai appris que je n’y connais rien, mais surtout que finalement, les deux chères petites ne sont pas si différentes qu’elles veulent bien le croire, malgré leurs goûts vestimentaires opposés. Et que sans ma carte de crédit, elles ne sont rien, allez, on va reprendre des livres plutôt, ahaha, vengeance!

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12 commentaires pour La quête du t-shirt

  1. Sarah Leveaux Martin dit :

    J’avoue, j’ai perdu ce combat, et pour ne plus jouer les cartes bancaires ambulantes, j’ai opté pour un budget global annuel à chacun (pas du grandiose, le necessaire, une liste que j’établis en debut d’année en faisant le tour des placards) à gerer avec leur propre carte bancaire. Et c’est parfait… Enfin, pour moi et eux, ce n’est pas LA recette

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  2. Ma fille aime autant le shopping vestimentaire que moi, c’est dire si on est joie quand il faut bien refaire sa garde-robe (grosse ironie inside). La dernière fois, on y est allées en soirée après les cours et le boulot, il faisait nuit et on a littéralement fait la fermeture de certaines boutiques pour trouver 2 ou 3 t-shirts noirs ou gris, mais pas n’importe quel noir ou n’importe quel gris, et puis avec un motif mais pas trop de motif…. Bref, ça a pris plusieurs heures…
    Et le pire dans tout ça, c’est qu’à part moi au moment de la lessive personne ne voit les t-shirts en question ! En effet, elle porte quel que soit le temps un pull à manches longues par dessus le t-shirt ! Mais quand j’ai suggéré que ce serait plus simple d’acheter des t-shirts unis par lots, elle m’a répondu que non c’était pas possible… et que je ne pouvais pas comprendre puisque je n’y connais rien 😉

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  3. Mathieu dit :

    J’ai vécu cet enfer M’dame DePin: avec mon frère ainé, quand j’étais pré-ado et lui ado. Pour moi, c’était plié en 10 minutes: si je voulais une paire de chaussures, j’allais au magasin avec ma mère, j’essayais une paire ou deux et basta. Avec lui, on devait faire 3, 4 voire 5 magasins, il dédaignait tout, refusait d’essayer, partait obstensiblement vers les produits hors-de-pris, revenait quand rappelé à l’ordre, bougonnait et ça durait des heures, des heures, des heures…
    Encore aujourd’hui (stigmates?), 10 minutes pas plus: bonne taille, couleur me va, dehors

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  4. Stef BD dit :

    Ah ! le « tu n’y connais rien » ! Ça me fait penser à la fois où l’Etudiant a triomphalement sorti ses nouvelles baskets blanches de leur boite pour me les montrer : j’en pleure encore de rire tellement je n’ai pas vu la différence avec ses autres baskets blanches. Sa sœur l’a soutenu, tous les deux étaient consternés par mon fou rire (bien franc pour le coup, il a un job, il se paye ses baskets-blanches-so-different mais hors de prix à mon gout) et mon manque évident d’observation parce que non, Maman, mais regarde, ça n’a RIEN à voir ! Bref, je n’y connais rien mais je rigole bien 😀

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  5. Gaëlle dit :

    Quand j’étais ado je faisais un seul magasin : Décathlon… Au désespoir de ma mère qui aurait préféré des boutiques plus féminines ! Mais au moins ça allait vite ☺

    Et sinon, ta description de ta fille me fait penser à la chanson des Fatals Picards, « Cure Toujours » , qui m’a toujours fait beaucoup rire !

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  6. rose dit :

    « en pleine période mi emo mi gothique mi artiste maudite » : ça fait 1,5 ado, ça. 😀
    Et ceci multiplié par 2 (ados). Dure vie de parents, tu as tout mon soutien !

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