Les deux ans du petit requin


Il y a deux ans, on récupérait les clés de la maison du petit requin. On n’aménageait pas encore tout à fait en France, il a fallu quelques aller-retour sous la Manche, mais c’était quasi fait. Je me suis dit que pour fêter ça, il fallait revenir sur nos premières impressions mais aussi tout ce qu’on a appris de cette maison qui nous a tellement aidé, en deux ans. L’adaptation n’est pas facile mais elle aurait certainement été plus difficile sans la maison du petit requin, ses travaux, ses mystères et son histoire. On l’a choisie pour ça, et elle remplit très bien son rôle.

Il y a donc deux ans, on achetait une maison en France pour quitter brexitland. Enfin une maison…d’après l’agent immobilier, c’était plutôt un projet plein de potentiel. Soit dans le langage courant, une ruine. J’exagère, il y avait des murs et un toit…du moins on le croyait, on s’est vite rendu compte que le toit ne tenait plus vraiment. Il y avait même un vague chauffage préhistorique et l’eau courante. Bon par contre, niveau électricité…le tableau avec ses plombs en porcelaine a pris feu alors que les travaux de rénovation battaient leur plein, après avoir craché des volées d’étincelles. Ce n’est pas qu’il fallait tout redécorer, il fallait tout restaurer. Ceux qui ont suivi les avants/après, notamment de la cuisine et de la salle de bains comprendront. Vous allez me dire, qu’est-ce qui nous a pris, d’acheter un tel taudis? Ben justement, ce n’était pas un taudis. L’agent immobilier avait raison (ça me surprend moi même d’écrire ça), il y a un potentiel énorme.

Il y a eu une histoire, une âme dans cette maison. Visiblement, un précédent propriétaire, médecin et original patenté avait fait construire un bassin dans le jardin pour son petit requin domestique. Si. D’où le titre, et les cris de joie de Marichéri et moi quand on a appris la chose. Le bassin est toujours là, il a servi de piscine aux enfants qui se sont succédés dans la maison par la suite. Il paraît même que le propriétaire du petit requin a enterré son trésor dans le jardin pendant la deuxième guerre mondiale devant l’avancée des troupes allemandes avant de prendre la fuite. Le trésor n’a jamais été retrouvé et attendrait toujours sagement dans le jardin, ou peut être la cave… deuxième salve de cris de joie. Il y a un grenier, avec une ancienne cuve pour l’eau de pluie, un dédale de salles mystérieuses à la cave, des cheminées de partout, des moulures aux plafonds, l’ancien bureau du médecin original qui se prenait pour un méchant de James Bond par anticipation, des carreaux de ciment d’origine, et un boulot monstre pour remettre tout ça en état mais bon…on a adoré.

On a appris beaucoup de choses depuis: le médecin au requin avait également une volière (pleine!) , un écureuil et même un tigre dans le jardin. C’est une gloire locale parce qu’il était chef d’un réseau de résistants. C’est d’autant plus sympa de sa part que ça m’a permis de retrouver une foule de documents sur lui, y compris ses témoignages lors de différents procès en 1945. L’amoureux des requins venait de Belgique, de Charleroi exactement et il a débarqué ici après avoir fini ses études de médecine à Lille en 1938. La légende locale a raison quand elle affirme qu’il a fuit en catastrophe et nuitamment en 1943 pour échapper aux nazis. Son réseau a été dénoncé, il a fait parti de ceux qui ont pu s’échapper. On sait que c’est lui qui a fait construire un autre bassin en forme de pyramide inversée au beau milieu du jardin. Qu’il cachait des aviateurs anglais à la cave. On n’a pas encore osé percer le mur qui ferme l’entrée de la pièce à la cave qui se trouve sous son bureau, mais on a retrouve la trace de l’escalier qui y descendait directement. On a même des témoins qui se souviennent qu’il fallait passer derrière le fauteuil du médecin pour accéder à cet escalier caché et rebouché depuis. On a découvert une source et d’une cuve assez profonde sous la cave et l’entrée d’un souterrain ressortant dans un ancien puit dans le jardin. On a trouvé une cachette dans la première marche de l’escalier. Et une autre dans le plafond d’une chambre au deuxième, avec une planche qui coulisse…il y a aussi les chaussures de bébés qui sont tombées du plafond de la salle de bain et datent de 1936, alors qu’ il n’y avait pas d’enfant dans la maison à cette époque, puisqu’on a pu remonter au propriétaire précédent le docteur du petit requin, un négociant en fourrage qui a fournit l’armée britannique installée ici pendant la première guerre mondiale. Il vivait dans la maison avec sa femme, sa fille, son gendre, la bonne et un ouvrier agricole. Avant lui par contre, on ne sait…mais on cherche, tout en continuant les rénovations!

Alors voilà on n’a fuit pas bêtement brexitland, on avait un projet, des choses à faire, à prévoir, à attendre, de nouvelles envies. Ça nous a permis de ne plus vivre notre départ comme un échec, un renoncement, mais le début d’une nouvelle aventure, qui continue encore après 2 ans. La maison du petit requin n’a pas fini de nous occuper!

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10 commentaires pour Les deux ans du petit requin

  1. Vous avez bien choisi avec la Maison du Petit Requin ❤ Que l'aventure continue encore longtemps alors !

    Aimé par 1 personne

  2. Anonyme dit :

    Oui c’est sûr , cette maison nous a aussi fait tenir en haleine avec tes billets ,et elle semble avoir tenu ses promesses pour vous faire un peu oublier celle de la côte est de l’Angleterre. En tout cas sacré bonhomme le docteur .. et maintenant une famille qui la fait vivre , la maison doit être contente de tout ce remue -ménage …
    bonne journée
    Frédérique

    Aimé par 1 personne

  3. Sarah Leveaux Martin dit :

    Des cachettes, des escaliers secrets, des trappes dérobées…Tous les rêves de mon enfance peuplés d’Alice et autres club des cinq!

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  4. doublerose dit :

    J’admire les personnes qui se lancent dans de grandes rénovation de maison. De mon côté, tu me donne un truc neuf où il n’y a rien à faire et des pièces bien rectangulaires et ça me convient (mais c’est parce que je suis pas bricoleuse pour un sous ) 😉
    Ceci étant c’est beau aussi de vivre dans une maison qui a une histoire.
    En rénovant la maison de mes parents, nous avions trouvé un mur en torchis qui portait les traces des mains des personnes qui avaient colmaté le torchis. J’avais trouvé ça très émouvant.

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  5. Fugu dit :

    J’ai lu ton billet avec émerveillement, je rêverais de pouvoir acheter une maison comme ça (ignorant sciemment que ça représente des tonnes de boulot à coté…). Merci de nous raconter les aventures de la Maison du Petit Requin ! 😀

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