Brexit diary: Shame on them


Une colère du mercredi…parce que hier soir, dans l’indifférence générale des médias européens (et locaux aussi d’ailleurs), les brexiters ont frappé très fort. Je sais bien qu’il y a plus grave en ce moment dans le monde, mais ça serait quand même sympa que les 27 s’inquiètent un peu du sort de leurs ressortissants en UK. Au risque de les voir débarquer par milliers, expulsés par Johnson et sa clique.

Johnson et sa secte ont la majorité absolue, ils ont le champ libre pour faire enfin tout ce qu’ils veulent. On ne peut dire que l’opposition parlementaire ait été efficace ces dernières années, mais cette fois, il n’y en a plus. Alors Johnson peut y aller, tranquille. Hier soir donc, Westminster a obéi aux ordres et a réaffirmé que les européens installés légalement en UK depuis parfois des décennies doivent demander la permission de rester. Ce n’est pas et ne sera pas automatique, comme le demandaient les parlementaires européens à Bruxelles. Mais on a franchi un, voire deux nouveaux paliers: les européens qui ne seront pas approuvés n’auront pas le droit de faire appel. . Ce qu’on craignait depuis longtemps, ce contre quoi on se bat devient officiel: les européens qui n’auront pas ce settle status deviendront donc, du jour au lendemain, des immigrés illégaux, avec toutes les conséquences que cela entraîne. D’après les chiffres du home office, moins de un européen sur deux a actuellement fait une demande, sauf que les chiffres sont faux, puisqu’ils comptent le nombre de dossiers, pas le nombre de demandeurs (vu les erreurs à répétition, les déconnexions automatiques et autres bugs, une même personne est parfois contrainte de déposer plusieurs demandes). Ah oui, parce que c’est en ligne bien sûr…Les personnes âgées, les malades, les gens isolés, les enfants placés…tous ceux qui n’ont accès ni aux informations ni aux moyens nécessaires pour faire cette demande, ils vont devenir quoi? Sans statut légal plus d’accès aux soins, au logement, à l’emploi, aux allocations. Et non, je n’exagère pas. Encore une fois, tapez « Windrush génération » sur Google et vous verrez ce qui est arrivé à des centaines de gens originaires des Caraïbes, et ayant la nationalité britannique, en Grande Bretagne. Ils ont tout perdu, certains ont été deportés dans des pays qu’ils ne connaissaient même pas. Il y a eu des morts. C’est ce qui attend les européens en UK. Je précise aussi qu’être marié/e à un/e britannique ne change rien à l’affaire. Pas plus que d’avoir des enfants britanniques.

Pour ne rien arranger, l’attribution du settle status est totalement aléatoire. Certains l’obtiennent sans problème en quelques jours, d’autres, fonctionnaires de l’état britanniques depuis 30 ans sont rejetés, après avoir dû fournir des tonnes de renseignements complémentaires. Il n’y a aucune logique. Des gens qui sont là depuis 40 ou 50 ans se voient attribuer le pré settle status, normalement réservé à ceux qui ont moins de 5 ans de résidence, sans qu’on sache pourquoi. On demande à certains de prouver 10 ans de résidence, d’autres 5. Certains n’ont qu’à fournir leur national insurance number, d’autres doivent envoyer des fiches de paie, des relevés bancaires, des avis d’imposition sur 20 ans, alors qu’ils ont des dossiers similaires. Mais même ceux qui obtiennent ce précieux settle status ne sont sûrs de rien. Déjà , il n’y a aucune preuve physique du status, rien. Ils reçoivent juste un e-mail les informant que leur demande a été accepté, mais stipulant noir sur blanc que l’email en question ne constitue pas une preuve. C’est tout. On est bien avancé. Il y a simplement dans les tréfonds du home office, une base de données, que les employeurs et les bailleurs doivent consulter pour savoir si l’Européen en face d’eux risque la déportation imminente ou est toléré. Enfin quand ils connaissent l’existence de cette base de données, savent comment y accéder et comment consulter le statut de l’européen en question, que la base de données le reconnaît, qu’elle n’est pas en maintenance ou inaccessible suite à un des nombreux bugs qui la frappe régulièrement. C’est sûr, si avec ça les employeurs se sentent en confiance pour embaucher des européens…Et la fameuse Windrush génération dont je parlais tout à l’heure avait aussi sa base de données qui a été effacée volontairement par Theresa May quand elle était ministre de l’intérieur, éliminant toute preuve du statut légal de centaine de milliers de personnes. Qui dit que la même chose n’arrivera pas aux européens? Surtout que, toujours depuis hier, le gouvernement de Johnson a maintenant le droit de modifier les statuts des Européens à sa guise, sans en référer au parlement. Voilà, les européens en UK sont officiellement des sous- citoyens, les indésirables vont pouvoir être expulsés et ceux qui resteront seront entièrement à la merci d’un caprice de Johnson, sans aucun recours. Welcome to brexit Britain.

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6 commentaires pour Brexit diary: Shame on them

  1. Emma June dit :

    Je suis ébahie! Je ne suis pas l’actualité j’avoue mais là, comme tu le dis, on a passé un cap de xénophobie tellement dingue, la porte à côté, ça fait peur pour la suite…d’autant quand certains, pensent qu’en France, on devrait faire pareil. Tous ces gens avec leur vie qui bascule, pour rien, sur des décisions de dingues! Scary! 😮

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  2. Emmanuelle Ginn dit :

    Je vis en Angleterre depuis plus de 30 ans et je suis inquiete. J’ai mon Settled Status mais le stress est immense et present. Je n’en reviens pas que ma propre mere qui habite en France trouve ca marrant et trouve le moyen de faire une blague du Brexit. Je trouve trop triste quand j’entends mes compatriotes et autres Europeens dire qu’il vont prendre la nationalite Britannique parce qu’ils ont peur pour leur avenir. Je ne reconnais plus le pays ou j’habite…

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    • pomdepin dit :

      Encore faut il rentrer dans les bonnes cases ( et avoir les moyens) pour prendre la nationalité…sinon, effectivement, ce qui m’a beaucoup marqué à notre retour en France, c’est l’ignorance et l’indifférence totale de beaucoup par rapport au brexit et à la situation des européens en UK. Pourtant, on est à moins d’une heure de Calais, Marichéri met autant de temps pour aller à Londres maintenant que quant on vivait dans l’Essex. Mais ça n’intéresse personne. Bon courage.

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  3. Chouvi dit :

    L’an dernier nous avons organisé un séminaire avec nos différentes filiales européennes et je me souviens encore d’une participante du UK qui disait en substance et en toute décontraction « je ne comprends pas pourquoi les étrangers s’inquiètent, c’est bon c’est pas comme si on voulait les mettre dehors, enfin bon tu comprends de quel côté j’ai voté »… J’ai eu un sourire étranglé puis jai changé de sujet (ce n’était pas le moment de parler politique et puis je ne suis pas assez calée). Mais j’ai eu une pensée pour toi à ce moment là (alors même qu’on ne se connaît pas !)

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